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UCAD: Le pouvoir peut-il vaincre sans avoir raison ? Par Nioxor Tine

Il est clair, aux yeux de tous, que les autorités en charge de l’Enseignement Supérieur font preuve d’une incapacité manifeste à prévoir et à prévenir les crises récurrentes au niveau de l’espace universitaire. Le gouvernement, en ne payant pas leurs bourses aux étudiants, porte une grave responsabilité dans la survenue de violences au niveau de l’université, ces derniers jours.


Rédigé par leral.net le Samedi 24 Mai 2014 à 14:30 | | 1 commentaire(s)|

UCAD: Le pouvoir peut-il vaincre sans avoir raison ? Par Nioxor Tine
Ceux qui ont connu le Statut Provisoire (décret n° 71-936 du 28 août 1971), qui a régi l’Université de Dakar pendant près de dix ans et qui sera finalement levé, à la faveur de l’ouverture démocratique du début des années 1980, ne peuvent s’empêcher de ressentir un énorme sentiment de gâchis, d’un grave recul démocratique.

Tout n’est certes pas de la faute du pouvoir actuel.

Avant lui, les gouvernements, socialiste puis libéral, ont entrepris depuis le tournant fatidique de l’année blanche de 1988, qui a consacré la mort des Unions Nationales, à infantiliser le mouvement étudiant, en annihilant toute velléité d’un syndicalisme étudiant progressiste et responsable pour lui substituer un corporatisme étroit, une culture de la violence et l’inféodation à des logiques politiciennes, dont la victime la plus emblématique aura été Balla Gaye !

C’est ainsi que les luttes estudiantines, loin de s’inscrire dans une dynamique de propositions et de prises de position responsables, pour un enseignement supérieur de qualité, enraciné dans nos réalités locales, pour la défense intransigeante des intérêts matériels et moraux des apprenants, étaient parasitées par des guerres de gangs pour se disputer (avec des armes blanches parfois) les directions d’Amicales généreusement subventionnées ou par des pratiques maffieuses, clientélistes et corruptrices avec la complicité des autorités en charge du campus social.

En effet dans leur désir d’acheter, à tout prix, une paix sociale factice, autorités étatiques et universitaires vont instaurer une atmosphère de permissivité, à l’origine de revendications des plus irréalistes, émanant aussi bien des étudiants que de certains groupes d’enseignants.

Au lieu de prendre à bras le corps la problématique de l’accroissement fulgurant des effectifs par la création de nouveaux établissements d’enseignement supérieur et le recrutement de jeunes enseignants, les autorités universitaires subissant le diktat d’officines impérialistes et de lobbies corporatistes ont souvent préféré satisfaire des revendications d’un petit nombre d’″étudiants professionnels″ et de notabilités professorales aux dépens de l’intérêt de l’Université sénégalaise et pour le plus grand malheur d’enseignants vacataires précarisés et d’étudiants issus des couches populaires !

Le nouveau pouvoir de Macky Sall, pour apporter des remèdes à cette situation inextricable, envisage d’étoffer la carte universitaire, ce qui semble aller dans le bon sens, mais demandera quelques années pour se réaliser. Et cela, d’autant que le boom de la démographie estudiantine dépasse de loin les possibilités dont dispose le gouvernement pour créer de nouveaux établissements universitaires aussi bien réels que virtuels.

Ce qu’il faut donc, c’est d’élaborer une vision partagée par l’ensemble des acteurs, en misant sur les plus responsables d’entre eux. Il faut déplorer, à ce niveau, le fait que la majorité des acteurs de la scène universitaire ne se soient pas reconnus dans les conclusions de la Commission de réforme de l’Enseignement Supérieur, comme le prouve l’agitation permanente sévissant au sein des campus social et pédagogique, une sorte de guerre de basse intensité, avec de brusques exacerbations, dont on pense venir à bout par une violation condamnable des franchises universitaires par des forces de répression, qui semblent être «dressées sinon pour tuer», tout au moins pour «casser de l’étudiant» !

Il faudra également restituer au monde universitaire sa fonction d’élite sociopolitique, qui se doit de s’élever au-dessus de contingences bassement matérielles et étroitement corporatistes et accepter une démocratisation des normes académiques, en vue d’améliorer substantiellement le ratio enseignant/étudiant.

En réalité, il en est du monde universitaire comme des autres questions nationales (baisse du prix des loyers, acte 3 de la décentralisation et élections locales…). C’est le refus de mener de véritables concertations avec tous les acteurs et pas seulement avec des obligés, qui empêche de trouver des solutions durables et pérennes.

Avec la tentation d’un leadership très fort à la rwandaise ou le risque d’une déflagration sociale incontrôlée, à la sénégalaise !

www.nioxor.com ; misterno98@hotmail.fr






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