USA : le choix du colistier donne une indication au public

Lundi 13 Août 2012 - 09:37

INTERVIEW - Pour Joel Goldstein, professeur de droit à l'université de Saint-Louis et spécialiste de la vice-présidence américaine, .



USA : le choix du colistier donne une indication au public
LE FIGARO. - Le choix du colistier a-t-il une influence sur le résultat de l'élection présidentielle américaine?

Joel GOLDSTEIN. - Les gens votent avant tout pour le président et pour un parti. Très peu d'entre eux choisissent le président en fonction de son colistier. Il y a une exception notoire: en 1960, le sénateur démocrate du Texas, Lyndon Johnson, a permis à John Fitzgerald Kennedy de remporter l'État et le Sud. Sans lui, Kennedy n'aurait jamais gagné la présidentielle. On peut citer deux autres élections où le vice-président a fait la différence. En 1976, Jimmy Carter n'a gagné que de quelques points face au président sortant Gerald Ford. Son colistier Walter Mondale était très populaire et avait beaucoup fait campagne. En choisissant Al Gore en 1992, Bill Clinton a donné l'image d'une nouvelle génération de démocrates centristes du sud face à George Bush et Dan Quayle. Cela leur a réussi.

L'histoire a-t-elle connu beaucoup de colistiers plus populaires que le candidat lui-même?

C'est rare, il y a eu bien sûr Sarah Palin en 2008 et dans une certaine mesure Lloyd Bentsen sur un ticket démocrate avec Michael Dukakis en 1988 et Edmund Munskie avec Hubert Humphrey en 1968 face à Nixon, mais ils ont tous perdu.

En quoi le choix du colistier est-il important?

Le choix du colistier aide le public à se faire une opinion sur le candidat, sur ses valeurs, sur son bon jugement. En 2008, John McCain avait fait campagne sur la notion de «patrie d'abord» et sur son expérience. Mais il a fini par choisir Sarah Palin.

Le choix de Paul Ryan donne une tournure très idéologique à la campagne. Avec lui, Mitt Romney prend le risque de voir sa campagne définie par la controverse liée à son vice-président. Ils n'ont guère plus de deux semaines pour changer la donne.

La vice-présidence a-t-elle beaucoup changé au fil du temps?

Walter Mondale, premier vice-président à avoir eu un bureau à la Maison-Blanche et avoir institué des déjeuners hebdomadaires avec le président, a fait de la vice-présidence une institution influente sous Jimmy Carter de 1977 à 1981. Depuis, Al Gore a joué un rôle crucial sur les questions d'environnement, la réforme du gouvernement. On peut comparer Dick Cheney à un grand patron d'entreprise avec George Bush comme simple président du directoire. Joe Biden joue lui aussi un rôle très important de conseiller auprès de Barack Obama. Il a été très actif sur le plan de sauvetage de l'économie, le programme d'aide aux classes moyennes, le retrait en Irak. Il voyage beaucoup, en Chine, en Russie, au Proche-Orient, en Europe et joue un rôle clef au Congrès.




Par Adèle Smith



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