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Un budget pour rien

Pour les sinistrés des zones inondées de la banlieue de Dakar, le budget de l’Etat et les ministres qui sont les principaux acteurs visibles lors de sa préparation ne servent toujours à rien. Mais il n’y a pas qu’un budget et des ministres pour rien. Il y a aussi un honneur qui serait supérieur aux libertés et à la vie de millions de gens.


Rédigé par leral.net le Dimanche 14 Septembre 2008 à 05:09 | | 0 commentaire(s)|

La récente polémique, sur les dépassements budgétaires de l’ordre de 110 milliards de nos francs, permet de plancher sur la question des inondations en invoquant le principal « acteur visible » (le gouvernement) pendant l’élaboration du budget de l’Etat et la modification à la hausse des dépenses inscrites au budget initial en cours d’exécution. Il convient de rappeler que c’est l’ensemble du gouvernement qui participe à la préparation de la loi de Finances. Mais chaque ministre joue un rôle qui lui est propre. Dès que le Premier ministre lance l’opération de préparation par une « lettre de cadrage », contenant les engagements politiques, économiques, sociaux, culturels et internationaux pris par le président de la République, chaque ministre exprime ses besoins de fonctionnement et d’investissement. L’importance de l’expression des besoins, avant l’approbation et l’adoption, sous forme de loi, d’un projet de budget par le Conseil des ministres, est perceptible à travers les conflits entre ministres qu’elle provoque à l’intérieur des gouvernements des pays où les politiques publiques visent le développement équilibré des zones rurales et urbaines, la paix et la cohésion sociale. Au Sénégal, le dénouement des conflits entre ministres – s’ils existent – n’a toujours pas contribué à réhabiliter les zones inondables à usage d’habitation ou à délester définitivement ces zones de leurs occupants pour de meilleurs sites. Le Premier ministre est arrivé samedi dernier en banlieue avec une forte délégation composée de ministres qui n’avaient manifestement pas le souci des zones sinistrées lors de la préparation du budget. Mais il y a pire : la situation des sinistrés ne s’améliore pas pendant que les dépenses, inscrites au budget initial en cours d’exécution, augmentent. Pourtant, la loi ne prévoit de modification à la hausse des dépenses que dans trois cas. Dans le premier cas, un crédit global est ouvert à la demande du ministre de l’Economie et des Finances – rapporteur et ordonnateur principal - pour faire face à une calamité ou à une dépense urgente imprévue. On parle alors de dépenses accidentelles. Dans le second cas, la modification à la hausse des dépenses vise à répondre à une urgence sans que l’équilibre financier, édicté par la loi de Finances initiale, ne soit affecté. Dans le troisième et dernier cas, la modification à la hausse doit correspondre à une urgence et à une nécessité impérieuse d’intérêt national. Dans les deux derniers cas, les crédits supplémentaires sont ouverts par décret d’avance. Du fait de l’augmentation des dépenses qu’il provoque, un décret d’avance doit être approuvé par l’Assemblée nationale dans la plus proche loi de Finances ou au cours de la session parlementaire la proche. Aucun des quinze ministres, sommés par le président de Wade de s’expliquer sur les dépassements budgétaires, à l’insu des députés, n’a été, de près ou de loin, au chevet des sinistrés des zones inondables. Le fait qu’ils soient tous restés en fonction - à l’exception d’un seul - montre que le compte des limogeages – après celui de Farba Senghor pour « haut banditisme » présumé - n’est toujours pas bon. Le Secrétaire général du Parti socialiste Ousmane Tanor Dieng n’a donc pas tort de laisser entendre que « c’est Abdoulaye Wade qui est le cerveau de ces dépenses hors budget et que, ce faisant, il neutralise tous les mécanismes de contrôle administratif, juridictionnel et parlementaire » (Le Populaire, lundi 1er septembre 2008). Au Sénégal, un budget de plus de 1 500 milliards de nos francs est exécuté chaque année pour rien. Les larmes de la vieille sinistrée, implorant de l’aide sur Walf TV pour avoir tout perdu, et la mort, par noyade, d’un enfant de 8 ans suffisent pour le dire.

Et comme si cela ne suffisait pas, le ministre de l’Intérieur Cheikh Tidiane Sy ampute la loi de dispositions majeures concernant la recherche par l’organe exécutif de la commune du bien-être de ses administrés. Le ministre chargé des collectivités locales oublie que le Conseil municipal « doit assurer à l’ensemble de la population, sans discrimination, les meilleures conditions de vie ». Au chapitre des organes de la commune, la loi dit du maire qu’il « est responsable de la mise en œuvre dans sa commune de la politique de développement économique et sociale définie par le gouvernement ». La loi oblige le maire de la commune à « veiller à la protection de l’environnement, de prendre en conséquence les mesures propres, d’une part, à empêcher ou à supprimer la pollution et les nuisances, d’autre part, à assurer la protection des espaces verts et, enfin, à contribuer à l’embellissement de la commune ». Auparavant, la loi dit clairement que « dans le cas où les intérêts particuliers du maire se trouvent en opposition avec ceux de la commune, le Conseil municipal désigne un autre de ses membres pour représenter la commune, soit en justice, soit dans les contrats ». Cheikh Tidiane Sy ne connaîtrait pas son métier. Si tel n’était pas le cas, il privilégierait la coercition, en menaçant de représailles les porte-voix des laissés-pour-compte, au détriment de l’aménagement du territoire. Il ne servirait alors plus à rien.

Mais au Sénégal il n’y a pas que des ministres et un budget qui ne servent à rien. Il y a aussi un honneur – celui du chef de l’Etat – contre la liberté des journalistes et des tous les autres citoyens désireux d’exprimer une opinion par la parole, la plume, l’image ou la marche pacifique. L’offense au chef de l’Etat est partout. La presse n’a d’autre choix que de se taire lorsque près de 12 millions de Sénégalais pâtissent d’une mauvaise conduite au plus haut niveau. La kyrielle de délits (« atteinte à la sécurité publique », « diffamation », « diffusion de fausses nouvelles », « injures publiques », « actes de nature à remettre en cause l’ordre constitutionnel », etc.) vise à acculer le patron du quotidien « 24 Heures Chrono » pour le maintenir en détention alors qu’un démenti - par le truchement d’un communiqué bien rédigé et la prestation d’une cellule de communication aguerrie - aurait largement suffi. Un pouvoir qui n’a ni l’un ni l’autre a toujours des juges pour faire n’importe quoi. Pour le moment, ceux de la Cour de comptes ne disent rien sur les dépassements budgétaires dont personne ne mesure encore toutes les conséquences économiques, sociales et humaines désastreuses. Ni même les parlementaires - au nombre de 250 - des deux chambres réunies ! L’honneur d’un seul homme serait-il supérieur aux libertés et à la vie de millions de gens ?
Par Abdoul Aziz Diop source African global news







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