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Un « complot terroriste » démantelé au Liban

le 13 Août 2012 à 11:21 | Lu 508 fois

L'ancien ministre Michel Samaha, proche du régime syrien, est accusé d'avoir fomenté des attentats au nord du Liban.


Un « complot terroriste » démantelé au Liban
L'ancien ministre Michel Samaha, arrêté jeudi dernier, pourrait être inculpé pour «complot terroriste» et tentative d'assassinat. Selon des sources judiciaires citées par les médias libanais, cet homme politique chrétien, ministre dans plusieurs gouvernements, connu pour son engagement prosyrien et son amitié personnelle avec le président Bachar el-Assad, serait impliqué dans un complot visant à déclencher une nouvelle guerre confessionnelle au Liban par une série d'attentats à la bombe et d'assassinats de personnalités. La justice libanaise a aussi accusé le chef du bureau de la ­Sûreté nationale syrienne, Ali Mamlouk, d'avoir été l'auteur de ce plan.

Michel Samaha, ancien député et ex-ministre de l'information, a été arrêté jeudi au saut du lit par les Forces de sécurité intérieures libanaises (FSI) dans sa résidence du Metn, près de Beyrouth.

Un dossier accablant
Homme politique grec, chrétien, catholique, Samaha est connu pour ses sympathies syriennes et sa proximité avec le régime de Damas, partagées par le gouvernement actuel et une partie de la classe politique libanaise. L'affaire est aussitôt dénoncée comme une machination politique. D'autant plus que l'enquête, comme l'arrestation et les perquisitions, a été menée par les FSI et que cet équivalent libanais de la gendarmerie compte de nombreux officiers sunnites, réputés proches de l'opposition.

Son chef, le général Ashraf Rifi, jouit cependant d'une réputation de professionnel et s'était notamment illustré en mettant au jour, voilà quelques années, un réseau d'espionnage israélien au ­Liban. Le dossier, dont les principaux éléments ont largement fuités dans la presse libanaise, serait accablant pour l'ancien ministre.

Michel Samaha aurait été chargé par le directeur de la Sûreté nationale syrienne, Ali Mamlouk, d'organiser une série d'attentats dans le nord du Liban, notamment dans la région montagneuse du Akkar, où vit une importante minorité alaouite. Des bombes, explosant au sein de la communauté sunnite, auraient déclenché des représailles contre les Alaouites, faisant basculer le Liban dans une nouvelle guerre civile et noyant la révolution syrienne dans un vaste conflit régional confessionnel.

Michel Samaha, plus intellectuel qu'homme d'action, aurait recruté un exécutant pour transporter les explosifs et les détonateurs et organiser les attentats. Mais ce comparse serait aussitôt allé dénoncer le complot aux FSI. Retourné par les services de sécurité, il aurait accepté de filmer grâce à une microcaméra la remise des explosifs à Michel Samaha, dans le parking de son appartement à Achrafieh, quartier chrétien de Beyrouth. Confronté à ces preuves filmées, Samaha aurait lui-même reconnu les faits qui lui sont imputés.

De nombreuses questions demeurent. Pour certains commentateurs, l'amateurisme de l'opération, surtout de la part de services secrets syriens qui disposent de nombreux agents au Liban, rend l'affaire suspecte. D'autres avancent au contraire que l'ancien ministre était un intermédiaire insoupçonnable et que son appartenance à une communauté chrétienne ne le rendait que plus fiable pour jeter les uns contre les autres Sunnites et Alaouites.

Risque d'embrasement régional
Peu de doutes subsistent, en revanche, quant à l'intérêt d'un régime syrien aux abois de susciter des troubles au Liban. La dictature syrienne, qui refuse d'admettre la dimension nationale de la révolution qu'elle tente en vain d'écraser depuis dix-sept mois, a toujours préféré expliquer par des complots régionaux les événements se déroulant sur son territoire. Le Liban est l'endroit idéal pour faire de cette théorie une réalité.

De façon plus générale, le régime baasiste syrien, qui se présente comme le seul recours face au chaos et la seule protection des minorités religieuses, a tout intérêt à un embrasement régional. La Syrie a longtemps utilisé les rivalités confessionnelles libanaises pour assurer sa mainmise sur son voisin et connaît cette carte pour l'avoir déjà maintes fois jouée.

S'y ajoute aussi un intérêt plus immédiat, puisque le Liban-Nord sert de base arrière aux révolutionnaires syriens de la région de Homs et que des troubles interconfessionnels les priveraient de leur voie de ravitaillement principale.

La tentative a cette fois échoué, mais l'inquiétude des Libanais demeure. L'arrestation de Samaha est interprétée comme un signe de faiblesse de Damas, naguère capable de protéger ses affidés de la justice libanaise. Mais un régime syrien aux abois, prêt à tout pour enrayer sa propre chute, représente un réel danger pour son voisin, longtemps habitué à être le champ de bataille de tous les affrontements régionaux.


Par Adrien Jaulmes