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Un pays certainement de foi et de paix, mais aussi, malheureusement d’hypocrisie et de mensonge

Voilà quatre ans au moins, notre pays ne bruit que de la prochaine Organisation de la Conférence islamique (Oci). Toute notre vie est réglée, de gré ou de force, comme à l’aide d’un métronome, au rythme de la préparation de cet événement. Nous n’avons plus d’yeux et d’oreilles, la tonitruante et omniprésente télévision y aidant, que pour cette fameuse conférence que notre pays devra bientôt abriter. Outre les intenses préparatifs intra muros, un lobbying sans précédent dans l’histoire politique du Sénégal, est en train d’être mené. De fortes délégations sont envoyées dans tous les quatre coins du monde, y compris jusqu’au lointain Kazakhstan, en Asie centrale, pour convaincre le maximum de pays de se faire représenter et au plus haut niveau à la conférence. Même la Russie est courtisée, cette Russie dont les armées ont réprimé dans le sang, avec une violence rarement égalée, nos pauvres frères musulmans tchétchènes, dont la seule faute a été d’avoir aspiré à l’indépendance de leur pays, à l’instar de nombreuses autres Républiques de la défunte Urss.


Rédigé par leral.net le Samedi 8 Mars 2008 à 21:58 | | 0 commentaire(s)|

Rien, rien n’est donc laissé au hasard, pour faire connaître à l’événement un succès jusqu’ici inégalé. Les organisateurs estiment le nombre d’hôtes attendus à 5 000. Tout est mis en œuvre pour accueillir tout ce beau monde dans les meilleures conditions : location de 2 000 véhicules, de deux bateaux de croisière de luxe et de villas cossues, réquisition de plus de 1 000 chambres d’hôtel, sans compter le Méridien-Président dont l’extension est en cours.
Certes, aucun musulman, aucun Sénégalais ne devrait rester raisonnablement indifférent devant cette fièvre, cette ferveur dite religieuse. Ce devrait être, et c’est certainement un honneur pour chacun d’entre nous, que notre pays ait été choisi pour abriter l’Oci les 13 et 14 mars prochains. Il faut savoir cependant raison garder et garder les pieds sur terre. Wade père et Wade fils, et le monde qui grouille et grenouille autour d’eux risquent de faire des folies, de grosses folies qui, à l’arrivée, peuvent réduire presque à néant toutes les retombées (spirituelles et matérielles) qui devraient être attendues de l’événement. La situation de notre Trésor serait déjà très tendue. Elle pourrait l’être bien davantage quand, demain, les lampions se seront éteints sur la grande conférence internationale. Bien plus tard, à l’heure des comptes après la parenthèse nébuleuse de Me Wade ou celle de son fils s’il arrive à nous l’imposer, nous pourrions nous retrouver devant de grosses surprises, des surprises très désagréables.
En attendant, les effluves qui nous parviennent de la cuisine ne sont pas rassurants : au lieu de nous caresser les narines, ils nous irritent les yeux et nous les font pleurer. Des couacs, des lacunes et des incertitudes se constatent déjà et on peut avancer que, malgré les apparences bavardes et trompeuses qui sont des traits caractéristiques de la gouvernance de Me Wade, l’organisation de la Conférence islamique est loin d’être confiée à des mains expertes. Je passerai sous silence les retards accusés sur les différents délais prévus et les atermoiements et louvoiements de toutes sortes, pour ne m’arrêter que sur les premières affiches qui sont déjà placardées partout dans Dakar et ses environs. La main qui y tient un chapelet n’est sûrement pas le choix d’un islamologue incontesté. Je n’en suis sûrement pas un. Cependant, je crois savoir que cette main pourrait bien être aussi celle d’un chrétien, peut-être même d’un juif. Le chapelet n’est pas un signe distinctif exclusif de l’Islam, comme l’est, par exemple, incontestablement la mosquée.
L’affiche porte aussi le message suivant : « Bienvenue au Sénégal, terre de foi et de paix. » Sans doute que notre pays est bien une terre de foi et de paix. Il n’est malheureusement pas que cela : il est aussi, n’ayons pas peur des mots, terre d’hypocrisie, d’hypocrisie et de mensonge. J’ai eu la chance de lire l’excellente contribution de Monsieur Mame Mactar Guèye , publiée dans l’édition de Walfadjri du 21 février 2 008, sous le titre « Homosexualité et mensonge ». M. Guèye m’a notablement conforté dans mon argumentation, ce qui ne veut pas dire que je prétends qu’il la partage. Dans son texte, M. Guèye s’insurge vigoureusement contre ce qu’il appelle les contrevérités, utilisées pour justifier la déviance sexuelle, la perversité qu’est l’homosexualité. Á ce propos, il cite deux Hadiths du Prophète Mouhamad (PSL), « le meilleur des éducateurs de tous les temps ». Dans l’un, le Meilleur des hommes dit ceci : « (…) C’est un signe d’hypocrisie car l’hypocrite possède trois caractéristiques : il ment, il ne tient pas ses promesses et trahit la confiance. » Dans l’autre, l’Envoyé de Dieu nous parle en ces termes : « Cramponnez-vous à la vérité et écartez-vous du mensonge, car le mensonge mène à la débauche qui mène elle-même en Enfer. » Al Lahou Akbar !
Un autre compatriote, dont je lis toujours « Le regard » avec plaisir et intérêt, m’a immensément facilité la tâche. Il s’agit de Monsieur Fallou Mbacké Diallo, dont je vais citer de larges extraits de son excellent « Regard » de l’édition du 11 février 2 008 de L’Observateur. Dans ce « Regard de Fallou », il a été beaucoup question d’agissements hypocrites et de mensonges. M. Diallo rappelle que « lorsqu’on a demandé (un jour) au Prophète Mouhammad (PSL) si un musulman pouvait consommer de l’alcool, voler, commettre l’adultère…, invariablement, il a répondu : " Il y a des musulmans qui le font". Mais, à la question de savoir si un musulman pouvait mentir, sans équivoque, il a répété à trois reprises : " Un musulman ne ment jamais !" » Al Lahou Akbar !
Et M. Diallo d’enfoncer le clou en commentant les réponses du Meilleur des hommes en ces termes, qui devraient avoir un grand écho dans le cœur de chacun d’entre nous : « Car, le mensonge, c’est la négation par l’homme de sa propre nature. Et pour le musulman, le refus de la Vérité qu’est le Coran ». « Or, poursuit notre ami, depuis toujours, nos politiciens ne font que dire le contraire de ce qu’ils pensent, en laissant entendre le contraire de ce qu’ils disent. » Tout le monde suit mon regard et ma plume !
Revenons sur les paroles du Prophète (PSL) rappelées plus haut par Monsieur Mame Mactar Guèye et flétrissant l’hypocrite : « Il ment, il ne tient pas ses promesses et trahit la confiance. » Que de menteurs, que d’hypocrites dans notre pays qui se targue de ses 95 % de musulmans ! Et souvent, à des niveaux les plus élevés ! Que de mensonges, de promesses et d’engagements non tenus, de trahison de la confiance de tout un peuple, du 1er avril 2 000 à nos jours ! Pour être plus concret, la seule présence, honteuse et tonitruante, autour de Me Wade et au niveau le plus élevé de nos institutions, d’hommes et de femmes comme Abdoulaye Diack, Djibo Ka, Abdourahim Agne, Babacar Diagne, Aïda Diongue, Aïda Mbodj, Sada Ndiaye, Adama Sall, Ousmane Ngom, Me Babou et de nombreux autres, est la pire des hypocrisie, le pire des mensonges, la pire des trahisons, la pire des forfaitures, si tant est qu’il existe un mal au-dessus de la forfaiture. La détestable transhumance ne choque plus personne : nous nous en accommodons parfaitement et certains d’entre nous n’hésitent même plus à s’en glorifier. Ainsi, le maire de Vélingara, un certain Oury Baïlo Diallo a osé déclarer sans ambages et sans état d’âme ceci : « Je vais aux locales, je gagne et je transhume chez Karim. » Ces propos abjects n’ont apparemment choqué personne, pas même ses électeurs potentiels et il est fort probable que l’individu Diallo va gagner son pari : se faire réélire et transhumer tranquillement.
Nous nous accommodons aussi de plus en plus des promesses et engagements sans lendemain de Me Wade. On leur trouve même parfois des vertus. Invité avec son confrère Bouna Manel Fall à l’Émission « Remue-ménage » du 3 février 2 008 de la Radio RFM, Monsieur Alioune Fall, interpellé sur les promesses rarement tenues de Me Wade, répondait que celles-ci ne sont en général que des os jetés par Njomboor à l’opinion pour se sortir d’affaire. Et M. Fall d’en conclure que c’est l’homme politique qu’il trouve le plus talentueux. Qui y a-t-il de vraiment talentueux dans cette fâcheuse habitude prise par Me Wade de nous faire des engagements et des promesses qu’il ne respecte presque jamais ? Quand même ! Notre pays tombe vraiment chaque jour un peu plus bas.
Nous nous souvenons que lors du fameux ndogu présidentiel auquel nous avions consacré une contribution (Walfadjri 10 octobre 2 007), un prétendu chef religieux comparait, « pour ses hautes qualités », le président Wade au Prophète Souleymane, un autre au Prophète Daouda. Un troisième chantait « sa piété et sa foi vigoureuse ». Il lui disait notamment sans retenue et en le pointant du doigt : « Yaw, ku gëm Yalla nga, te loo def rek, Yallaa tax. » En d’autres termes, « vous êtes très croyant, très pieux. Et tout ce que vous entreprenez, vous le faites pour la Seule Face de Dieu ! » C’est incroyable ! Comme si ces gens-là étaient en mesure de jauger la foi et les intentions insondables du politicien Wade !
Pour revenir au « Regard » de notre ami Fallou Mbacké Diallo, ces « chefs religieux-là », à l’image de celui dont ils chantent inlassablement les louanges, « ne font que dire le contraire de ce qu’ils pensent, en laissant entendre le contraire de ce qu’ils disent ». Pour l’argent, le pouvoir et les honneurs, pourtant futiles et périssables.
Voilà où nous en sommes, dans ce pays qui s’apprête à accueillir avec beaucoup de bruit la prochaine Oci. Ce pays certainement de paix et de foi, mais aussi, malheureusement, rongé et miné de façon sournoise par les plus vilains défauts. Un pays où on ne croit plus à aucune autre valeur qu’à l’argent et aux honneurs et où, plus gravement, personne ne croit plus à la justice. Revenons, pour en avoir le cœur net, au succulent « Regard de Fallou » qui écrit : « Au Sénégal, depuis quelque temps, à la violence brutale des bandits de tout acabit, se superpose celle plutôt douce et désinvolte de tous ces nouveaux "intouchables". Pour qui la loi ne sert plus qu’à légaliser leur comportement hors-la-loi. »
M. Diallo a mille fois raison. Aujourd’hui, dans notre pays, dans les affaires les plus louches et surtout celles qui touchent à la gestion "gabégique" de nos pauvres deniers publics, le non-lieu est devenu la règle et la condamnation l’exception. Les portes de nos prisons donnent de plus en plus l’impression de n’être ouvertes que pour les pauvres voleurs de poules, de chèvres, de petit linge, etc. Plus gravement, les bénéficiaires des non-lieux surprenants et frustrants comme Assane Diagne et Salif Ba, traitent impunément les inspecteurs généraux d’État et les juges financiers de la Cour des Comptes de tous les noms d’oiseaux. Nous avons donc le sentiment, et de plus en plus la conviction, que chez nous la justice est injuste. Et pourtant, il semble que Dieu nous ait bien avertis que tout ce qui est jugé ici-bas, le sera dans l’au-delà. En tout cas, Serigne Touba Khadim Rassoul a toujours eu de sérieuses réserves et réticences vis-à-vis des kaadi de son époque. Son père en était un, et pour attirer discrètement son attention sur les gros risques qui s’attachaient à l’exercice d’une telle fonction, il lui aurait laissé, un jour, sur son lit, une note avec le terrible avertissement qui suit : « Le plus juste des kaadi aura des comptes à rendre à Dieu. » Al Lahou Akbar ! Il avait également fait une dernière réponse au Damel Lat Dior Ngoné Latyr Diop, qui avait envoyé auprès de lui de nombreux émissaires, pour le convaincre de venir vivre dans sa cour et d’accepter éventuellement les fonctions de kaadi, en ces termes qui ne laissaient place à aucune équivoque : « Muhammad Ibn Maslama a dit : "Le savant musulman qui brigue les faveurs d’un souverain ressemble à une mouche qui se nourrit d’excréments".»
Sans doute, le contexte n’est-il plus le même et n’est-il pas donné au commun des mortels d’être comme Cheikh Ahmadou Bamba. Cependant, quand, dans ses fonctions, on se réclame de Dieu et de Son Prophète (PSL), on ne devrait pas se comporter d’une certaine manière devant les représentants du pouvoir temporel. Quelle que soit, par ailleurs, leur générosité !
Il était bon, du moins c’est mon point de vue, de faire les rappels que voilà, à quelque jours de la tenue chez nous de l’Oci. On réduit cet événement à l’Islam ; on en fait un prétexte pour mobiliser. S’agit-il de l’Islam authentique, dont Dieu nous a gratifiés par l’intermédiaire de son Prophète ? De cet Islam pour la défense et la promotion duquel l’Oci a été créée en 1969 ? Cet Islam-là, si c’est bien de lui qu’il s’agit, ne risque-t-il pas d’occuper la place congrue dans la grand-messe que Wade père et Wade fils sont en train de nous préparer ? Ne sera-t-il pas submergé par le folklore, la politique politicienne, l’étalage de l’argent et du luxe ? Qui peut, par ailleurs, nous garantir que cet Islam-là, le Vrai, sera sain et sauf, dans les suites somptueuses et les chambres de luxe des bateaux de croisière et des hôtels de Dakar et de Saly Portudal, ainsi que des villas cossues louées ça et là à Dakar ? Qui peut nous donner l’assurance que les liqueurs n’y couleront pas à flots et que les prostituées n’y seront pas de la partie ? Qui sont en vérité ces 5 000 hôtes que nous nous apprêtons à accueillir ?
Avec le gigantisme qu’on nous prépare et qui ne fait pas forcément bon ménage avec l’Islam, nous ne pouvions raisonnablement pas ne pas nous poser ces questions-là. Me Wade nous a habitués à la politique politicienne, à la manipulation, à l’amalgame et à la récupération. Toute sa gouvernance est marquée du sceau de ces maux-là. Le Sommet de l’Oci y échappera-t-il ? Rien n’est moins sûr. C’est, du moins, mon sentiment. Peut-être même, ma conviction.
MODY NIANG, e-mail : modyniang@arc.sn







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