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Une enclave africaine au cœur de Tokyo

Rédigé par (Plus d'informations demain sur leral .net) le 29 Juillet 2010 à 21:57 | Lu 683 fois

Notre carnet de voyage au Japon, commencé lundi passé, se termine. Avant de prendre le long chemin du retour, ambiance africaine dans un maquis de la capitale nipponne. Un peu comme si on était à Ouaga, Dakar ou Accra.


Jeudi 15 juillet 2010, 21 heures, quelque part dans le sous-sol d’Hamamatsucho building. Le mur est tapissé de bogolan et d’une multitude de calebasses de toutes les formes et de toutes les tailles. Ici, un tambour d’aisselle (le « lounga » des Mossis), là, quelques masques et statuettes africains qui semblent souhaiter la bienvenue à ceux qui viennent d’arriver. Nous sommes au restaurant africain « La calebasse », tenu par … un Japonais. Corps ramassé, moustache abondante, Fusahiro Kumazawa trône au comptoir, savourant des ailes de poulets. Rien à voir, vous vous doutez bien, avec le « télévisé » ou le “flambé” de Ouaga.
Professionnel du voyage (il a une agence de tourisme, “The travalers Guardian Inc.”) qui a bourlingué un peu partout en Afrique, notamment au Burkina où il s’est déjà rendu au moins cinq fois, c’est en fait pour lui une activité annexe, cadre de retrouvailles entre les Africains vivant au Japon, principalement à Tokyo. On y rencontre aussi, parfois en tenue pagne et tresses ou natte “tropicales”, beaucoup de Nippon(e)s africanisé(e)s, la plupart du temps après un séjour sur le continent noir.
On peut y manger des plats de chez nous comme le tô (sauce gombo) à la texture toutefois assez particulière ; du mafé, du yassa ou du tiébou-djène en sirotant une bière ghanéenne, kényane, sud-africaine ou nigériane. Pas mal, cette idée de bières africaines ! Car rien que pour se rappeler le goût du nectar-pays, certains effectuent le pèlerinage. Mais point de Sobbra ou de Brakina. En tout cas, pas pour le moment.
Un Bissa de Garango aux fourneaux


Le personnel est également multinational. S’y côtoient en effet Japonais, Mauritaniens, Sénégalais et Burkinabè. Derrière les fourneaux, Mathias Bansé, un Bissa de Garango, s’affaire à honorer les différentes commandes. Il a suivi il y a deux ans sa compagne, une ancienne volontaire japonaise qui rentrait définitivement, et espère prendre bientôt quelques jours de vacances pour venir au Faso. « C’est pas facile ici. Au pays on dit que viima ya kanga (1) mais il faut trouver une expression plus dure pour nous… On lutte », confie-t-il pendant qu’il mitonne un petit plat.
Les minutes s’écoulent et la petitesse des lieux ajoute à la chaleur ambiante. On se laisse bercer par la musique d’artistes de renom tel l’incontournable Salif Kéita ou les airs qu’égrène la kora du Malien Mamadou Doumbia. A 45 ans, il fait un peu partie du décor avec son pantalon bouffant et ses babouches. Marié à une Japonaise, père de trois enfants, « dont un hors mariage », confesse-t-il, un rien espiègle, voilà vingt ans qu’il vit au « pays du Soleil-Levant ».
« J’ai fait aussi l’Europe, mais c’est tellement différent ici : la mode de vie, l’honnêteté, l’amour du travail, la ponctualité. C’est également des valeurs qui manquent chez nous en Afrique », affirme celui qui estime, entre deux cuillerées de mafé, que « le Burkina est l’un des pays les plus corrects d’Afrique ». Et savez-vous tout ce qu’il connaît du mooré, capté jadis dans son patelin de Koulikoro où, enfant, il a côtoyé de jeunes Mossi ? « Liguidi ka yé » (2).
Koro Doumbia a un projet qu’il espère pouvoir exécuter bientôt, avec ou sans soutien : organiser à Bamako un « Festival griot » dédié aux instruments traditionnels africains à cordes. La date est même déjà choisie, ce sera, sauf report, du 12 au 20 février 2011. « Avec ou sans sponsor, on va y aller. Il faut parfois commencer seul sinon personne ne vient », laisse-t-il échapper, visiblement déterminé, tout en rangeant ses instruments. Comme pour dire aux spectateurs qu’il est temps de rentrer n

Ousséni Ilboudo, l’Observateur