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Une journaliste voilée prise à partie lors d’une cérémonie sur la laïcité

le 29 Octobre 2015 à 11:12 | Lu 3738 fois

Deux personnes ont exigé qu’une journaliste turque ôte son voile lors d’une remise des prix du «Comité laïcité République» organisée à la mairie de Paris . Cette dernière précise à BuzzFeed les avoir «recadrées».


Une journaliste voilée prise à partie lors d’une cérémonie sur la laïcité

La journaliste Asik Suheda était présente à la 10e cérémonie de remise de prix de la laïcité à l’Hôtel de Ville de Paris et a reçu plusieurs pressions pour qu’elle retire son voile. Cette manifestation organisée lundi  par le «Comité laïcité République» a récompensé Samuel Mayol, directeur de l’IUT de Saint-Denis (récemment soupçonné de manipulation), et Fazil Say, pianiste-compositeur turc.

Mais lors de la soirée, la journaliste turque a été prise à partie à plusieurs reprisescomme elle le raconte sur la version française du site turc Zaman. Elle relate ainsi la discussion engagée avec un agent d’accueil membre selon elle, du comité:

«Continuant à marcher à mes côtés, il se rapproche et me demande en “souriant”: 
-“Vous êtes vraiment obligée de garder ça sur votre tête ?”. 
Abasourdie, je pense un instant avoir mal entendu. Je lui demande donc de se répéter.

-“Non mais vous savez, vous êtes à l’Hôtel de Ville ici, il faut respecter. Nous vous avons laissée entrer, vous pourriez l’enlever par égard pour nous, dit-il en désignant mon voile, c’est la moindre des choses”».

«Enlevez votre voile!»

Mais les exigences ne se sont pas arrêtées là. Contactée par BuzzFeed France, Asik Suheda raconte que quelques minutes plus tard, une deuxième personne (toujours membre de l’organisation selon elle), a de nouveau exigé qu’elle retire son voile et ce, même si la loi ne l’interdit pas dans les lieux publics:

«À mon retour dans la salle, je me suis dirigée vers ma place quand une hôtesse d’accueil m’a dit bonjour et m’a lancé:

- “Enlevez votre voile !”».

Et Asik Suheda de poursuivre:

«Après lui avoir répondu que j’étais journaliste, je suis retournée m’asseoir.Mais à chaque fois qu’elle passait avec d’autres invités près de mon siège, elle élevait la voix pour répéter “enlève ton voile”. Elle est ensuite partie chercher un autre organisateur qui m’a contrôlée. Enfin, j’ai dû lui expliquer que oui, un média turc pouvait aborder des sujets sur la laïcité avant qu’il ne me laisse tranquille».

Contacté, le Comité Laïcité République n’a pas donné suite. Mais selon des responsables de l’Hôtel de Ville et la journaliste, ces trois personnes travaillaient pour les organisateurs et non pas pour la ville de Paris.

 

La mairie de Paris «soutient la journaliste»

Joint par BuzzFeed France, le responsable presse de l’Hôtel de Ville confirme le témoignage de la journaliste et livre quelques précisions:

«Les personnes qui ont exigé que la journaliste retire son voile ne sont pas des agents de la ville de Paris, mais probablement des membres de l’organisation du “Comité Laïcité République” ou des invités. Nous avons discuté avec ces personnes pour leur préciser que leurs remarques étaient clairement désobligeantes et que la journaliste pouvait tout à fait garder son voile».

Le responsable ajoute:

«C’est un incident regrettable et nous n’admettons pas cela. Nous soutenons la journaliste et nous avons essayé de la joindre (sans succès) pour le lui dire.»

Bientôt une charte de la laïcité pour les agents de la ville

D’après nos informations, la mairie de Paris a finalement contacté la journaliste ce mercredi midi pour exprimer son soutien. En outre, une charte de la laïcité devrait être prochainement distribuée aux agents de la ville de Paris pour «éviter ce genre d’incident». Et rappeler par exemple la loi sur le port du voile.

Le voile est en effet autorisé dans les lieux publics  et à l’université, mais interdit dans les écoles, les collèges et les lycées publics depuis la loi de 2004 sur le port de signes religieux ostensibles. Pour les agents de service public, le port du voile est interdit au nom du principe de laïcité.

Comme le rappelle Mediapart, «le prix national remis par le CLR, ou les prix spéciaux, ont toujours récompensé les tenants d’une approche dure de la laïcité ces dernières années»: la directrice de la crèche Baby Loup Natalia Baleato (2011), la députée radicale de gauche Françoise Laborde (2012), l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy Jeannette Bougrab (2013), les philosophes Henri Pena-Ruiz et Catherine Kintzler l’an dernier.

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