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Une présidentielle suspendue au Wisconsin

le 5 Juin 2012 à 08:34 | Lu 396 fois

Le résultat de la bataille pour le poste de gouverneur dans cet État du Midwest va peser sur le duel Obama-Romney.


Une présidentielle suspendue au Wisconsin
Rarement dans l'histoire des États-Unis une élection de gouverneur, celle du Wisconsin - aura eu une telle importance stratégique pour la présidentielle. Le vote de «rappel», mardi, pour déloger Scott Walker, le gouverneur républicain de l'État du Midwest, est suivi de très près par Barack Obama et Mitt Romney car le résultat, baromètre de l'humeur des électeurs, galvanisera le camp du vainqueur en vue de l'élection du 6 novembre prochain. Scott Walker est donné légèrement favori face à son adversaire démocrate, Tom Barrett, maire de Milwaukee. Après avoir été élu il y a dix-huit mois, le gouverneur de cet État pivot a engagé des réformes drastiques qui ont provoqué la fureur des syndicats et du camp démocrate. Des dizaines de milliers de gens sont descendus dans la rue. Près d'un million de personnes ont signé une pétition demandant le «rappel», de Walker, une procédure qui dans l'histoire du pays, n'a conduit au départ que deux gouverneurs: en 1921 au Dakota du Nord et en 2003 en Californie, où Arnold Schwarzenegger a remporté l'élection.

Extrême polarisation de la scène politique américaine
La bataille du Wisconsin symbolise aujourd'hui l'extrême polarisation de la scène politique américaine. Scott Walker, considéré comme un héros par le camp conservateur, en particulier par le mouvement du Tea Party, a réduit les droits des syndicats des employés du secteur public en matière de négociation collective. La législation force désormais les syndicats à se réenregistrer chaque année. Les cotisations annuelles des employés n'y sont plus obligatoires. Les hausses de salaires ont été bloquées. Les fonctionnaires de l'éducation et de la santé ont vu leurs cotisations de retraite passer de 1 % à 5,8 % et celles de santé de 6 % à 12 %. Elles restent bien en deçà de celles du secteur privé, mais la pilule a été très dure à avaler. Le gouverneur maintient que ces mesures sont indispensables pour réduire le déficit budgétaire de l'État. Il se targue aussi d'avoir fait baisser le chômage à 6,7 %, soit un point et demi en dessous de la moyenne nationale et d'avoir créé 30.000 emplois en dix-huit mois. Les syndicats l'accusent de s'en prendre à eux parce qu'ils restent la force vitale du Parti démocrate et lui reprochent une politique fiscale favorisant les riches au détriment de la classe moyenne.



Le débat du Wisconsin reflète celui qui a cours dans de nombreux États et à l'échelle nationale entre Obama et Romney. Dans l'Ohio, les électeurs ont empêché le passage d'une loi visant à réduire la négociation collective, mais dans le New Jersey, le gouverneur a réussi à imposer une hausse des cotisations sociales. Si Scott Walker gagne, d'autres gouverneurs républicains sont prêts à suivre son exemple et à s'attaquer à l'influence déjà déclinante des syndicats. «Si nous gagnons mardi, ce sera une poussée d'adrénaline que nous n'attendions pas», déclare l'ancien gouverneur républicain Tommy Thompson dans le New York Times, «cela va générer la ferveur des électeurs pour la présidentielle». Les observateurs prédisent une participation historique. Bill Clinton a pris la peine de se déplacer vendredi pour soutenir le candidat démocrate. Les leaders influents du Parti républicain en ont fait autant pour Scott Walker.

Le camp d'Obama est d'autant plus inquiet que la campagne du Wisconsin a été marquée par un afflux spectaculaire de moyens financiers. Le gouverneur républicain a levé 30 millions de dollars, dont les deux tiers à l'extérieur de l'État, contre quatre millions pour Tom Barrett. Les frères Koch, deux milliardaires qui ont juré de consacrer leur fortune à la défaite de Barack Obama, ont considérablement investi dans la campagne de Scott Walker. Le président et son rival républicain se sont prudemment tenus à l'écart de la campagne. Bien que critiqué, Obama veut éviter un scénario où un échec du candidat démocrate serait perçu comme un référendum contre lui. Si son camp perd ce mardi, il court le risque de perdre aussi le Wisconsin en novembre, une hypothèse qui n'est pas prévue dans sa stratégie électorale.



Par Adèle Smith