Universités sénégalaises : Quand l’obscurantisme est leur loi…

Rédigé le Lundi 4 Mars 2013 à 22:11 | | 2 commentaire(s)

Au fond, en plus d’être un Timonier à qui l’on demande de tenir solidement la barre du Sénégal afin de le conduire vers des rivages de prospérité, en plus de faire preuve de compétences manageriales, le président de la République, M. Macky Sall, doit aussi posséder des talents d’artificier. En effet, il lui est demandé aussi, en plus de développer l’économie nationale et de faire du Sénégal un pays émergent, de désamorcer d’abord les multiples bombes à retardement que lui a laissées son prédécesseur. Parmi ces explosifs, on peut citer une situation catastrophique des finances publiques, l’affaissement de l’Etat, la déliquescence des institutions et surtout, surtout, la bombe de l’Education nationale. Et plus particulièrement celle de l’enseignement supérieur. Une bombe qu’à coups de bourses, d’aides, de prolongations de la durée des études, de franchises, de gratuités de toutes sortes, d’immunités diverses, les régimes qui se sont succédé ces 32 dernières années à la tête de notre pays… ont allumée et entretenue. Laissant la mécanique implacable s’égrener. Le compte à rebours ayant commencé depuis longtemps, l’aiguille de l’horloge tourne inexorablement si bien que le moment n’est sans doute pas loin, si la bombe n’est pas désamorcée, où la terrible déflagration se produira. Et c’est à quelques « tic-tac » de l’instant fatidique, que le démineur — un paradoxe pour l’ingénieur des mines qu’il est ! — Macky Sall doit tenter le tout pour le tout pour sauver notre enseignement supérieur et éviter l’explosion redoutée.



Universités sénégalaises :  Quand l’obscurantisme est leur loi…
Car, encore une fois, l’Université sénégalaise est une bombe. Quelque 100.000 étudiants s’y entassent, l’effectif gonflant année après année, et font semblant d’y étudier. Mais en réalité, entre des amphithéâtres notoirement insuffisants, des dortoirs dans les campus sociaux en nombre plus réduit encore, un taux d’encadrement à ce point faible qu’on se demande s’il ne tient pas du faire-valoir, des étudiants tellement nuls qu’on devrait décréter que leur place est plutôt au primaire… Avec tous ces problèmes, on se demande si l’Université sénégalaise est encore en mesure de remplir sa mission consistant à dispenser du savoir. A l’image de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) avec ses 83.000 étudiants en 2011 dont la devise « Lux mea lex » — la lumière est ma loi — apparaît comme un pied de nez à la connaissance, à la raison et… à la lumière. Des étudiants dont la plupart sont inscrits dans des filières pour lesquelles ils n’ont aucune prédisposition et qui ne peuvent, de toutes façons, être autre chose que des fabriques de chômeurs. Le gouvernement le sait plus que quiconque et la seule solution qu’il a trouvée pour différer le moment de l’inévitable explosion, c’est d’entasser le maximum d’étudiants dans ces campus sans âme où à coups de subventions, ils sont logés — quitte à vivre à plus de dix par chambrette, le phénomène du « clandotage » fonctionnant au maximum —, nourris (le prix du ticket de restau n’a guère changé en plus de 40 ans), blanchis. Des campus où ils ne payent pratiquement pas l’eau et l’électricité. Et où ils peuvent se livrer en toute impunité à toutes sortes de trafics. Dans ces conditions, évidemment, très peu parmi ces étudiants sont pressés de terminer leurs études et de rejoindre la vie active avec ses multiples contraintes. Ils errent donc d’une faculté à l’autre, comme des âmes en peine, s’inscrivant dans un département après avoir cartouché dans l’autre. Aux frais de la princesse et la vie est belle. De temps en temps, et si par malheur le paiement des bourses tarde, ils sortent dans la rue, incendient des bus ou des voitures particulières, caillassent tout ce qui se trouve à leur portée s’ils ne prennent pas en otage les directeurs des centres des œuvres universitaires.
Ainsi va la vie dans nos universités depuis, pratiquement, les années 80, sous le président Abdou Diouf, lorsque le pays avait été soumis à la loi d’airain des programmes d’ajustement structurels dont l’une des conditionnalités c’était, justement, la fin des subventions aux secteurs sociaux comme l’éducation. Conséquence : la construction d’infrastructures scolaires et universitaires avait connu un coup d’arrêt durant toutes ces années-là. Or, dans le même temps, les effectifs d’étudiants s’accroissaient sous l’effet de la généralisation de l’enseignement élémentaire et de l’augmentation du nombre d’admis au baccalauréat. Un diplôme qui, à force d’être distribué à tour de bras, et devant la dégradation incroyable du niveau de notre enseignement, a singulièrement perdu de sa valeur aujourd’hui. Et c’est si vrai que le Pr Souleymane Bachir Diagne, incontestablement l’un des meilleurs produits de notre Education nationale — même s’il a fait ses études supérieures en France —, le Pr Diagne, qui préside le Comité de pilotage de la Concertation nationale sur l’Enseignement supérieur, déclarait récemment ceci à nos confrères du « Soleil » : « Il est établi que le baccalauréat, qui mesurait la capacité à suivre des enseignements supérieurs, n’est plus cet instrument. C’est un fait qu’il ne faut pas se cacher : le bac, qui devait être le premier diplôme universitaire est, au bout du compte, le dernier diplôme de l’enseignement secondaire » ! Encore une fois, l’Etat le sait, qui ferme pudiquement les yeux sur cet état de fait et qui continue malgré tout à faire des pieds et des mains pour orienter dans nos universités des bacheliers qui n’ont manifestement pas le niveau de suivre un enseignement supérieur. Cette politique de l’autruche se poursuit depuis au moins trois décennieset, sauf solutions miracles dont accoucherait la Concertation nationale sur l’Enseignement supérieur, elle a encore de beaux jours devant elle. A preuve, après avoir rempli à ras-bord nos établissements d’enseignement supérieur publics de nouveaux bacheliers, le gouvernement a été obligé d’envoyer le stock restant dans les établissements privés du supérieur. Une sous-traitance qui va lui coûter la somme de cinq milliards de francs rien que pour la cuvée de cette année. Que voulez-vous ? La paix sociale n’a pas de prix. Et ce même si l’Etat sait qu’en agissant ainsi, il ne fait que différer la solution du problème, reculer l’échéance de l’inévitable affrontement. Car il faudra bien un jour se résoudre à affronter le taureau par les cornes, à prendre les mesures rigoureuses que requiert la gravité de la situation. Seulement voilà : les étudiants ayant acquis au fil des années une expertise pointue en matière de… guérilla urbaine, il convient de les ménager pour ne pas avoir à gérer une Intifada interminable.
Le président Wade, pour qui tout était une question d’argent, avait acheté la paix des étudiants. Il avait généralisé les bourses et les aides pour tous les étudiants — le Sénégal est sans doute le seul pays au monde à le faire ! —faisant fi des critères pédagogiques et sociaux qui prévalaient auparavant. Pour ne pas subir leur colère, lorsque certains d’entre eux avaient tué un de leurs camarades du nom de Balla Gaye, il avait préféré faire emprisonner… un policier. La paix sociale n’a pas de prix, on vous dit !
Sur un autre plan Wade avait, c’est un bon point à son actif, ouvert des centres universitaires régionaux (Cur) devenus par la suite des universités à part entière. Et qu’importe si — mais il le savait pertinemment —, la plupart des formations qui sont dispensées dans ces établissements ne feront, à terme, qu’alimenter la grande armée des chômeurs. L’essentiel, pour lui, c’était de donner à tous ces bacheliers qui sortaient de nos écoles l’illusion d’étudier. Avec des bourses et des aides financières à la clef, il escomptait bien que ces enfants gâtés de la République que sont les étudiants n’allaient pas demander, en plus, au bon Dieu sa barbe ! Pour le reste, à son éventuel successeur de se débrouiller…

Que les « Euréka » remplacent les « Allahou Akbar » dans nos labos !

Il semble que le moment soit venu de tout remettre à plat et de faire en sorte que notre politique d’enseignement supérieur se redresse enfin sur les jambes et cesse de marcher sur la tête. C’est en tout cas la tache titanesque, le travail d’Hercule, auquel semble décidé à s’attaquer le président de la République. Un chantier ardu mais inévitable dont le début des travaux ne saurait être repoussé indéfiniment. Le président Macky Sall aura-t-il le courage d’aller jusqu’au bout ? C’est tout le bien qu’on lui souhaite.
Surtout, nos universités ont besoin d’un indispensable aggiornamento. L’époque n’est plus où elles se contentaient de former en série des littéraires. Le monde dans lequel nous vivons est gouverné par le savoir et les connaissances scientifiques. Avoir des littéraires, des spécialistes en sciences humaines, c’est bien, mais former des scientifiques, c’est encore mieux. Un exemple, un seul : les islamistes armés qui occupaient le Nord Mali ne manquent sans doute pas de bravoure et dans ce domaine, ils en ont sans doute à revendre. Seulement voilà : les forces françaises les ont pulvérisés avec des bombes à guidage laser tirées depuis des avions-bombardiers de dernière génération. Larguées à des milliers de mètres d’altitude, ces bombes ou ces missiles « intelligents » se dirigent vers leurs cibles en évitant tous les obstacles qui se dressent sur leur chemin avant de les pulvériser. Ce sont des merveilles technologiques dont la fabrication a nécessité le recours aux toutes-dernières connaissances scientifiques. L’époque des boucheries où les forces ennemies s’affrontaient au corps à corps ou à coups de canons dans les tranchées est donc révolue depuis longtemps. Maintenant, ce sont des drones téléguidés à partir de centres de commandement situés à des milliers de kilomètres des théâtres d’opérations (lire notre dernière édition) qui viennent réduire les chefs terroristes islamistes en chair à pâté. Tout cela pour dire qu’aujourd’hui, c’est le savoir scientifique qui guide le monde. Former, dans ces conditions, des maîtrisards en lettres par centaines, on se demande à quoi ça sert alors que nos pays ont surtout besoin de spécialistes en TIC. Comme le dit fort justement le Pr Souleymane Bachir Diagne, « nous vivons un monde dans lequel il y a une compétition pour le développement du domaine des « Stem » (Science, Technology, Engineering and Mathematics). C’est dans ces domaines-là qu’aujourd’hui, tous les pays, des plus riches à ceux qui sont en voie d’émergence, se sont investis ».Dans notre pays, on continue de former allègrement des bataillons de littéraires et de juristes ! Et de porter au pinacle des lutteurs et des saltimbanques…
Encore faudrait-il, c’est vrai, disposer d’enseignants qualifiés, au fait des dernières évolutions technologiques et en pointe dans leur domaine. Hélas, que ce soit à l’UCAD, à l’UGB et dans nos autres universités, on trouve plus de syndicalistes que de professeurs se distinguant par leurs publications scientifiques. Des enseignants qui revendiquent des primes de recherche, obtiennent une année sur deux des billets d’avion pour aller effectuer des recherches en Europe — avec les frais de mission qui vont avec, bien entendu —, qui sont logés comme des nababs ou qui disposent d’indemnités de logement substantielles mais dont on n’a jamais entendu dire qu’ils ont découvert quoi que ce soit. Drôles de chercheurs qui prétendent chercher et qui ne trouvent naturellement rien. Et pourtant, Wade a plus que doublé leurs émoluments tandis que les cités d’enseignants du Supérieur fleurissent partout ! Plus désespérant : des fenêtres de nos laboratoires de recherche, on entend plus souvent des « Allahou Akbar ! » que des « Euréka ! ». Preuve, s’il en était besoin, d’une recherche qui ne trouve rien…
Pas étonnant, dans ces conditions, que non seulement certains enseignants restent assistants à vie, mais que les étudiants, non plus, ne soient pas des lumières. Alors, entre eux et leurs profs, c’est à qui déclenchera la grève la plus longue, à celui qui fera le plus chanter le gouvernement, à celui qui désespérera le plus les parents d’élèves.
Sans compter que nos campus sont devenus des champs clos de rivalités politiques, en plus des querelles de chapelles qui y font florès. Entre les « dahiras » qui y pullulent, les querelles confrériques, les batailles pour le contrôle de la mosquée, les chants des muezzins, les zikrs et autres « thiant », on se croirait sur l’Esplanade des mosquées à Jérusalem, guère dans un temple du savoir. Bref, nous souhaitons bien du plaisir à qui voudra réformer cette pétaudière et redonner à nos universités leur mission originelle, celle de tous les établissements d’enseignement supérieur à travers le monde, à savoir la propagation du savoir. Car, en lieu et place de temples du savoir, nous, nous disposons de chapelles d’obscurantisme !
Mamadou Oumar NDIAYE
« Le Témoin » N° 1115 –Hebdomadaire Sénégalais ( FEVRIER 2013)

Plus d'informations demain sur leral ( La rédaction )



1.Posté par Dépité le 05/03/2013 09:53 | Alerter
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Tout est dit.
Merci pour l'article et vivement que l'université redevienne une "université" et non ce repère de ripoux (profs et étudiants), d'illuminés (dahiras) qui ne poussent ce pays qu'à la déchéance. On doit tout nettoyer, et y laisser les braves profs et étudiants (il y en a beaucoup quand meme) qui se battent pour exceller dans ce merdier.


2.Posté par Eh!Oui le 05/03/2013 10:45 | Alerter
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Et Abdou Diouf avait tout commencer: DFM,BAC en deux parties, Double flux.....
Les gens apprenaient pour passer les examens et non pour le plaisir de savoir.Wade lui, comme le piètre Etudiant et professeur qu'il a été a cru tout banaliser....

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