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Vel d’Hiv : et Hollande se fit l’héritier de Chirac

le 22 Juillet 2012 à 22:13 | Lu 984 fois

Comme son prédécesseur, le président a reconnu la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs. Mais il a aussi projeté ce passé dans l'avenir.


Vel d’Hiv : et Hollande se fit l’héritier de Chirac
"Un crime commis en France, par la France". François Hollande a marché, dimanche 22 juillet, dans les pas de Jacques Chirac en reconnaissant le rôle joué par la France dans la rafle du Vel d’Hiv qui, les 16 et 17 juillet 1942, aboutit à l’arrestation de plus de 13.000 Juifs en région parisienne. Mais il a aussi tenté d'imprimer sa marque en élargissant le débat à l'antisémitisme et en insistant sur l'importance de la transmission.

En évoquant "les heures noires de la collaboration […] et donc la responsabilité de la France", "cette promesse et cette confiance qui furent piétinées il y a soixante-dix ans", le chef de l'Etat s’est voulu l'héritier du virage sans précédent impulsé en 1995 par l'ancien président. Après cinquante années d’un silence embarrassé au sommet de l’Etat, Chirac ouvrait la porte, sur les lieux où se dressait jadis le Vélodrome d'Hiver, à une réconciliation de la France avec une page coupable de son histoire. "Une rupture par rapport à la doxa qui était alors propagée", se souvient Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif).
Le nouveau président, pour qui "le crime du Vel d’Hiv fut commis contre la France, contre ses valeurs", n’a pas manqué de rappeler l’action de l’ancien chef d'Etat : "Le grand mérite du président Jacques Chirac est d'avoir reconnu ici-même, le 16 juillet 1995, cette vérité. 'La France, dit-il, la France, patrie des Lumières et des droits de l'Homme, terre d'accueil et d'asile, la France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable''.

En juillet 2007, Nicolas Sarkozy ne s’était pas risqué à rivaliser avec l'intervention très saluée de son prédécesseur. "Il n'y a rien à ajouter, rien à retrancher à son très beau discours", avait-il glissé. Pour un président, il est en effet "difficile de faire mieux" que cette allocution qui avait marqué les esprits, confiait récemment l’historienne Annette Wieviorka, spécialiste de la Shoah et de l'histoire des Juifs au XXe siècle (*).

De Mitterrand, gardons le meilleur

François Hollande a choisi de relever le défi. Il se savait attendu au tournant par certains, qui, à l'instar de l'avocat de la cause des déportés Serge Klarsfeld, pointaient la position adoptée en son temps par l'ancien mentor comme l'épine dans le pied présidentiel. "Avec le mitterrandien François Hollande, l'incertitude planait". L’ancien président socialiste, pour qui seule la France libre était légitime sous l’occupation, s’était refusé à reconnaître la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs. "Il y a des moments où le recul du temps est nécessaire", relativise Prasquier.

"Hollande n’est pas Mitterrand. Le doute qui a pu être exprimé était pour moi sans fondement", tranche Annette Wieviorka, qui rappelle que l’ex-chef de l'Etat est à l’origine de l’érection du monument commémoratif du quai de Grenelle et du décret de 1993, qui instaura une journée nationale à la mémoire des victimes. Ce que François Hollande n’a pas manqué de rappeler. "On observe aujourd’hui une sorte de continuité qui se crée entre Mitterrand, Chirac, Jospin et Hollande, en laissant de côté les polémiques autour de l’ancien président socialiste et de son rôle sous Vichy", avance l'historienne.

Commémorer le Vel d'Hiv, mais aussi condamner l'antisémitisme

Le nouveau président a signé une allocution "forte, dans la suite de celle de Chirac et qui connaîtra sans doute un certain retentissement", de l’avis du président du Crif. L’exercice était, sans aucun doute, moins périlleux qu’il y a 17 ans, au vu du chemin accompli depuis au niveau national. "Les mémoires sont beaucoup plus apaisées, un travail a été fait : il existe aujourd’hui un consensus", explique Richard Prasquier.

1995, 2012… Le temps a passé, les lignes ont bougé. Et de nouvelles problématiques ont émergé. S’il s’est réapproprié l’avancée décisive permise par Chirac, Hollande se devait de se distinguer de lui, de s'inscrire à sa manière dans l'histoire de la commémoration et d'y apposer sa propre empreinte. "Il a fait aussi bien que Jacques Chirac, mais autrement", analyse Annette Wieviorka. D’abord en se posant en garant de la lutte contre l’antisémitisme, quatre mois après l’actualité sanglante de Toulouse et Montauban. "La sécurité des Juifs de France n'est pas l'affaire des Juifs, c'est celle de tous les Français, et j'entends qu'elle soit garantie en toutes circonstances et en tous lieux. L'antisémitisme n'est pas une opinion, c'est une abjection", a déclaré Hollande.

Instruire, éduquer, enseigner le passé

Et puis, l’enjeu de la mémoire du Vel d’Hiv a évolué au fil des décennies, à mesure que le recul rend possible une nouvelle relation à cet épisode trouble. "L’organisation de la cérémonie, dans sa disposition, montre bien que l’on est passé à une autre période", note Annette Wieviorka. Ce dimanche, les survivants de la déportation, n’étaient pas placés en son centre comme le veut l’usage, mais sur le côté. "On s’adresse davantage, aujourd’hui, à ceux qui n’ont pas connu cette période".

La transmission du souvenir est d’ailleurs apparue au cœur des priorités de Hollande : "L'école républicaine, à laquelle j'exprime ici ma confiance, a une mission : instruire, éduquer, enseigner le passé, le faire connaître, le comprendre, dans toutes ses dimensions". Selon une étude publiée il y a quelques jours, 42% des Français n’auraient jamais entendu parler de la rafle du Vel d’Hiv.

Audrey Salor - Le Nouvel Observateur