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Venezuela: comment Chavez a laissé prospérer la violence

le 3 Octobre 2012 à 11:05 | Lu 388 fois

Le pays compte l'un des pires taux d'homicides au monde. Le pouvoir, qui a longtemps nié cette réalité, commence tout juste à s'attaquer au problème.


Venezuela: comment Chavez a laissé prospérer la violence

Dimanche 20 septembre, le directeur du corps d'enquêtes scientifiques, pénales et criminelles a été tué par balles dans un quartier de Caracas. Chaque jour, les médias vénézuéliens rapportent plusieurs assassinats, des enlèvements, des extorsions de fonds ou règlements de comptes. À partir de la nuit tombée, les voitures ne s'arrêtent plus aux feux tricolores pour éviter d'être agressées. La vie des Caraquanos s'arrête à 20 heures.

Les chiffres sont éloquents: les autorités reconnaissent un taux d'homicides de 50 pour 100.000 habitants. Le taux d'homicides en France est de 1 pour 100.000. Seuls la Jamaïque et le Honduras affichent des résultats plus désastreux. Au Brésil, le taux d'homicide est de 24, en Colombie de 32 et au Mexique de 23 pour 100.000.

Très longtemps, les chavistes ont nié cette réalité, accusant les médias de faire le jeu de l'opposition. Le discours officiel décrivait la violence comme la conséquence de «l'agression sociale» que constituent les inégalités. L'une des premières déclarations de Chavez une fois élu président de la République vénézuélienne - pas encore bolivarienne - en 1999 avait été de dire: «Si quelqu'un a faim, il est normal qu'il vole.» La politique volontariste de réduction de la pauvreté suffirait donc à endiguer la violence.

Depuis plusieurs années, le pouvoir chaviste se sent mal à l'aise sur cette question. Revendiquant une diminution de moitié de la pauvreté, il ne peut dans le même temps continuer à la rendre responsable d'un niveau si élevé de violence. «Nous avons peut-être été un peu naïfs, reconnaît un membre de la hiérarchie du PSUV(Parti socialiste unifié du Venezuela). C'est vrai que nous avons concentré toute notre politique sur la prévention et abandonné la répression. Mais aujourd'hui, la politique de sécurité du gouvernement bolivarien a changé.» Une loi a été adoptée il y a quelques mois pour mieux contrôler les ventes d'armes. Un nouveau centre de formation d'officiers de la police nationale a été créé en 2010: l'Université nationale expérimentale de la sécurité (Unes).

La semaine dernière, la seconde promotion de cette école a été l'occasion d'un cadena (retransmission obligatoire par toutes les chaînes de télévision de l'événement), où Hugo Chavez est apparu au milieu d'un stade empli de 8262 nouveaux policiers en uniforme. «Nous n'avons pas été formés pour assassiner le peuple comme dans les années 1980, mais pour construire une patrie juste», a affirmé l'une des nouvelles recrues.
Neuf arrestations pour cent meurtres

Le sociologue Roberto Briceno Leon, qui a analysé les phénomènes de violence au Venezuela, montre que le taux d'homicides n'a cessé d'augmenter sous la présidence de Chavez. Il était de 20/100.000 en 1998 ; il l'évalue à 67/100.000 en 2011 (50/100.000 pour les autorités). «Ce n'est pas la pauvreté qui a provoqué l'augmentation de la violence sous Chavez, mais la remise en cause par les autorités des institutions», estime l'universitaire. Pour lui, la contestation des institutions par le président lui-même a délégitimé le respect de la loi. Le gouvernement de Hugo Chavez ferait souvent la promotion de la violence et de l'utilisation des armes. «Quand des paysans du sud de Maracaibo ont été expropriés, le ministre de l'Agriculture Juan Carlos Loyo a dirigé lui-même les opérations de l'armée un pistolet à la ceinture!, se souvient Briceno Leon. C'est un exemple de la façon dont ce gouvernement passe outre la loi, fait la promotion des armes et finalement légitime la violence hors la loi».

Roberto Briceno Leon dénonce également l'impunité. Selon ses chiffres, pour 100 assassinats en 1998, la police procédait à 118 arrestations. En 2011, il n'y a plus que… 9 arrestations pour 100 meurtres. «Je ne parle que d'arrestation, pas de condamnation!», précise l'universitaire. Il déplore enfin que Hugo Chavez fasse la promotion systématique de la violence. «Il y a une place à Caracas où est érigée la statue de Marulanda, le fondateur des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), note le chercheur. Quand Raul Reyes, le numéro deux des Farc, est mort, Hugo Chavez a observé une minute de silence. On peut avoir une discussion philosophique sur la légitimité de l'usage insurrectionnel de la violence. Mais quand on est chef d'État, cela prend un tout autre sens.»

Trois militants de l'opposition ont été tués par balle samedi 29 septembre lors d'un meeting dans l'État de Barinas, d'où est originaire le président Chavez.


Par Patrick Bèle