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[Vidéo] Mali : reportage exclusif à Tombouctou, ville «libre»

Rédigé le Mardi 29 Janvier 2013 à 15:20 | | 0 commentaire(s)

La cité des 333 saints est sortie de sa torpeur. Les enfants déambulent. Les adultes aussi. Ils peuvent de nouveau sortir sans crainte de se faire frapper. Certains mettent les pieds dans la rue pour la première fois depuis des mois. Scènes de liesse ! Mais attention : si Tombouctou renaît, les cendres restent. Ce sont celles des manuscrits du centre Ahmed Baba, détruits par les islamistes avant leur fuite.



[Vidéo] Mali : reportage exclusif à Tombouctou, ville «libre»
« Vive la France ! », « Vive le Mali ! » Drapeaux maliens, français, pancartes à la gloire des soldats, fête et musique dans les rues de la ville, restées si longtemps silencieuses... Terminé, le noir des islamistes ! Tombouctou a retrouvé des couleurs.

"Nous sommes rentrés dans Tombouctou, où nous avons été très chaleureusement accueillis par la population, qui nous a fait un accueil mémorable. On sentait vraiment cette libération pour eux, qu'ils attendaient depuis un certain temps. Pour eux, c'était la fin de l'oppression, et ils nous ont exprimé leur joie de nous voir arriver, et de voir, surtout, arriver l'armée malienne, en tête", dit le Colonel Paul Gèze du 21e régiment d'infanterie de marine.

Niafata ne pense qu’à une chose : fêter sa liberté retrouvée. « L’ambiance est bonne, c’est très bon, toute cette liberté. Maintenant, on ne risque pas de prison, on ne nous frappe pas, la vie est belle. » « Maintenant, nous sommes à l'aise », renchérit son amie.

Doundai Touré savoure aussi ce moment de joie. Il sort enfin de sa concession, après des mois de calvaire. « Aujourd’hui, c’est une liesse de joie, parce que tout le monde est là, se réjouit-il. Les gens étaient pressés de voir l’armée française et l'armée malienne rentrer. Mais heureusement, ça a été très rapide, et aujourd’hui nous sommes contents. Aujourd’hui c’est la liberté, la chose la plus chère dans le monde.

"D'ici cent ans, on est libre ! On est libre de fumer, on est libre de boire, on est libre de manger, on est libre de dormir. On a la paix aujourd'hui. On est libre de tout ! Oui, on a la liberté totale", témoigne Doundai Touré.

« Les islamistes ont couru, et les "Toubabs" sont venus »

Les femmes ont délaissé le voile imposé par les islamistes. « Oui, c’est la fête, parce qu'on est libre ! On peut faire ce qu’on veut », exulte Niama Maye, tout simplement heureuse. Elle revient sur cette dernière année, si dure « parce qu’on nous frappait, qu'on nous obligeait à faire ce qu’on ne voulait pas faire. On remercie François Hollande. »

Ibrahim, 5 ans, coupe la parole aux adultes. « Les islamistes ont couru, les militaires sont venus, et les "Toubabs" sont venus aussi », raconte-t-il avec ses mots, en parlant des Blancs. Avant de reprendre, enthousiaste : « Je suis content ! Aujourd’hui, on va fêter, on va danser et on va crier : "Vive la France !" Que dieu donne à la France tout ce qu’elle veut ! »

Pour Mohamed, l'oppression des islamistes était une véritable prise d’otages. « Neuf mois de prison, nous étions des otages, confie-t-il. La France a des otages, nous, nous en étions aussi. Maintenant, on sent la liberté, on est libre. Aujourd’hui et demain, nous sommes libres. Nous avons la paix, aujourd’hui. »

« Ils avaient le pouvoir, alors ils faisaient ce qu'ils voulaient »

L'ambiance est à la fête, mais pas partout. L'euphorie des uns tranche avec le désarroi des autres. Car jusqu'au bout, les islamistes ont meurtri la ville (voir ci-contre, à droite, notre reportage réalisé en décembre 2012).

Dans leur fuite, les islamistes s'en sont pris aux réseaux téléphoniques, et à certains bâtiments comme les locaux de l'ORTM, la télévison nationale. Plus grave encore, de nombreux manuscrits du célèbre centre Ahmed Baba ont été brûlés.

Situé au cœur de la ville, ce centre avait récolté, depuis des années, des milliers de documents, dont certains très anciens. Ces manuscrits venaient de toute l'Afrique de l'Ouest. Leur perte est inestimable. Il n'en reste qu'un tas de cendres et quelques boîtes en carton éventrées puis jetées au sol.

Yehia Tandina, journaliste réputé à Tombouctou, était présent, caché dans un coin, lorsque les islamistes ont tout brûlé. « On ne pouvait rien, on avait rien à leur dire, c'était la terreur, raconte-t-il. Ils avaient un pouvoir, un pouvoir incontestable, alors ils faisaient ce qu'ils voulaient. Il y avait là au moins 180.000 manuscrits. Tout est détruit. »

« Ce qui n'a pas été détruit a été emporté »

Mahmoud aussi, est venu constater l'ampleur de la destruction. Les larmes viennent, il n'arrive pas à croire que ce fabuleux patrimoine est parti en fumée. « C'est grave, commence-t-il, c'est grave pour nous, vraiment, ça me choque. Les habitants de Tombouctou ont pleuré. Beaucoup, même ! Beaucoup, beaucoup... »

El Hadj est enseignant. Il venait souvent au centre, avant que les islamistes n'en interdisent l'accès. « Ce sont des manuscrits très sacrés qu'on vient de brûler, toute la ville de Tombouctou se repose sur ça, rappelle-t-il. C'est comme une bibliothèque qui brûle maintenant. En tant que future génération, on nous a brûlé notre moral. Sur tous les plans. »

A l'instar du journaliste Yehia Tandina, les habitants de Tombouctou sont formels : « Ce qui n'a pas été détruit a été emporté ». Autrement dit, certains manuscrits ont été volés par les islamistes. Ils ont une valeur historique, mais aussi une valeur marchande.

RFI







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