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'Wade, je dirai au peuple que tu livres ses enfants aux canons...' - Par Abou Abel Thiam

Pour ses déclarations séditieuses qu’il distille depuis son retour au Sénégal, Abdoulaye Wade est passible de poursuites judiciaires. Il ne fait ni plus ni moins qu’un appel à l’insurrection. Lorsque l’ancien président de la République et néo chef de l’opposition dit qu’il lui suffit d’ «un appel» pour renverser le chef de l’Etat, le Président Macky Sall, sa déclaration est une incitation au soulèvement contre un pouvoir légal et légitime.


Rédigé par leral.net le Vendredi 16 Mai 2014 à 16:01 | | 24 commentaire(s)|

'Wade, je dirai au peuple que tu livres ses enfants aux canons...' - Par Abou Abel Thiam
Le fait de s’abriter derrière une pirouette langagière n’enlève en rien à sa responsabilité. D’ailleurs, si cela advenait, ce ne serait pas la première fois que de telles déclarations de sa part induiraient des conséquences graves pour le pays.

Rappel. Dakar, 16 février 1994, Boulevard Général de Gaulle : six (06) agents de l’Etat, sont tués à coups de gourdins et de machettes, sanguinolents dans leurs uniformes, brûlés vifs pour certains dans leur voiture de service, où ils avaient été bloqués...

Ces policiers venaient de faire les frais de la furie dévastatrice d’une foule chauffée à blanc par des déclarations du même Abdoulaye Wade. Quelques instants auparavant, en effet, il avait lancé à une foule qui l’écoutait au Parc à Mazout, non loin de là : «Vous voulez marcher, eh bien allez-y».

Karim Wade, son fils à lui, n’était pas parmi les marcheurs, ni parmi leurs cibles. Protégé dans les langes paternels, il était soustrait de tout risque par son père de chef d’opposition. Il y eut ce jour-là donc des morts, de façon atroce, et des emprisonnés, tous victimes du même homme.

Mais point d’Etat déstabilisé, encore moins de chef d’Etat destitué. Wade se réfugia derrière ses nuances sémantiques pour se dédouaner de ses responsabilités.

Assurément, s’il est une constante chez le pape du Sopi, c’est son mépris pour les Sénégalais qu’il tient pour des hordes au service de sa besogne ; et dont il dit qu’aucun d’eux n’a la dignité ni les compétences de son fils Karim.

Que ce fils se fasse laminer dans les urnes, comme en 2009, Abdoulaye Wade le propulse à des responsabilités ministérielles à l’ampleur jamais égalée... C’était-là une prime à la déroute du fiston à piston ; un pied de nez aux Sénégalais qui avaient eu l’outrecuidance de n’avoir pas voté pour lui.

Hier comme aujourd’hui donc, dans l’esprit de l’ancien Président et néo chef de l’opposition, Karim Wade est un être spécial. Tiens, cela nous rappelle le fameux «Président spécial»... Karim, versus Abdoulaye Wade, doit être soustrait des risques et profiter des fruits, tenu loin des affrontements politiques sur le terrain, hors de portée des lois du pays, avec le bénéfice d’une impunité qu’il tiendrait de son rang de «fils de...».

Comme le dirait le poète, Abdoulaye Wade donne des enfants aux canons et des canons aux enfants. Mais jamais le sien.

Hier 15 mai, c’était l’anniversaire de l’assassinat du juge Babacar Sèye. Les commanditaires de cet acte odieux courent toujours, entre meeting, déclarations, entrée au pouvoir et retour à l’opposition... Mais ce n’est pas notre sujet du jour.

Quand est émise l’idée de demander les comptes de la gestion de l’Agence nationale de la coopération islamique (Anoci), le grand démocrate Abdoulaye Wade trouve tout de suite la parade : «Mon fils n’a rien géré. C’est à Abdoulaye Baldé qu’il faut demander des comptes...»

Une autre fois, il a osé, à l’endroit du président de l’Assemblée nationale d’alors, cette saillie restée dans les mémoires: «Tu as commis une faute politique, celle de demander des comptes à mon fils».... Et de lâcher la bride aux fils des autres pour qu’ils s’en prennent au fils d’un autre, coupable d’avoir demandé des comptes à son fils à lui.

Pourtant, n’eût été le danger des déclarations dont il a le secret, ce serait une indicible délectation que d’avoir Abdoulaye Wade comme opposant, surtout lorsque l’ancien Président, oublieux de tous les méfaits par lui commis, revêt sa robe d’avocat pour tenter de blanchir son fils.

Comment ne pas sourire, et même rire en effet, à la lecture de ses propos contenus dans sa dernière interview parue dans Jeune Afrique ? Le professeur de la démocratie en Afrique ne se gène point d’asséner : «Macky Sall dit qu’il a de la considération pour moi, et il met mon fils en prison».

Ainsi donc, l’ancien vice-président de l’Internationale libérale, professeur de droit, considère que le statut de fils de Abdoulaye Wade devrait soustraire Karim de la sphère de la loi... Loin d’être à une contradiction près, c’est lui-même qui professe, en wolof cette fois-ci, que la qualité de président de la République ne confère pas à Macky Sall de faire tout ce qu’il voudrait.

Choisissez donc, Maître : vous voulez d’un Président qui n’a pas de prérogatives royales ou de quelqu’un qui garantit l’impunité aux turpitudes de votre fils ?

Ah, Abdoulaye Wade ! L’inégalable chez lui, c’est, aussi, sa capacité à afficher des principes flexibles selon ses desiderata. L’homme se suffit à lui- même comme adversaire, pour qui sait l’écouter. Face au même interlocuteur, son intervieweur de Jeune Afrique en l’occurrence, Wade ne se gène point d’étaler ses certitudes variantes.

Ainsi, s’agissant de Karim, le père soutient : «S’il doit être jugé, il faut que ce soit par la Cour de justice de la Cedeao ou en France». Quelques lignes plus loin, sans froncer les sourcils, il avance, la main sur la couture du pantalon, à propos de Hissène Habré : «Je ne pouvais pas accepter qu’un ancien dirigeant africain soit jugé par des Tribunaux non africains»... Karim doit être jugé en France, Habré au Sénégal ! Selon que vous êtes proche de lui ou pas, Wade a des principes différents...

Lequel des Abdoulaye Wade croire? La question a dû se poser à pas mal de gens ayant eu affaire à lui...

Plus il parlera, plus il se révèlera... On ne trouve pas meilleur avocat contre sa propre cause que Abdoulaye Wade. Peu lui chaut que ses dires contradictoires se télescopent, il se complait à s’entendre parler, à défaut d’être écouté.

Le «pape du changement» n’a décidément pas changé. En tout cas pas sur un point : sa conviction que son fils est le centre de l’univers. Karim de son prénom, le garçon de 45 ans est toujours sous la protection de son pater de 87 ans. Au sujet de ce fils-là, le père lance : «Il a réussi là où tous mes ministres ont échoué». Message bien transmis à la centaine de personnalités que Wade a nommées à des fonctions ministérielles, et qui, pour beaucoup, continuent de s’aligner derrière lui : «Vous êtes tous des incapables, seul mon fils est compétent» leur dit-il.

Il aurait pu ajouter : «Allez à l’assaut des institutions pour libérer mon fils, plus digne et plus compétent que vous», puisqu’il est convaincu que ces gens-là ne sont bons qu’à arpenter l’asphalte, pour le porter au pouvoir ou faire libérer son fils.

Un fils qui a fini de perdre son père : quand le Parlement lui demande des comptes, son père de président de la République débarque le président de l’Assemblée nationale ; lorsqu’il s’agit de se battre pour l’avènement de l’opposant Abdoulaye Wade, le père couve le fils au chaud, loin des grenades et des cachots humides ; quand il se fait vitrifier par les électeurs,le chef de l’Etat Wade en fait un ministre du ciel et de la terre ; lorsqu’on parle de gestion l’Anoci, il met Baldé à l’index ; quand la Crei l’inculpe, le néo chef de l’opposition harangue les foules pour... limoger le chef de l’Etat !

Agitateur sous Senghor, agité sous Diouf, narcissique sous lui- même, Wade se découvre maintenant une vocation d’apprenti putschiste sous Macky Sall. C’est une bien triste fin de carrière pour un homme de son âge. Il devrait se reposer...et nous reposer !


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