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Washington en retrait dans la crise syrienne

le 27 Juillet 2012 à 15:25 | Lu 533 fois

L'Administration américaine est paralysée par l'aggravation de la crise syrienne et globalement inaudible depuis le début de l'insurrection il y a seize mois.


Washington en retrait dans la crise syrienne
Le géant américain sort lentement de sa torpeur. Mais l'absence d'un plan d'action cohérent depuis le début de l'insurrection en Syrie et la méconnaissance des composantes de l'opposition syrienne pourraient le laisser fort démuni si les événements venaient à se précipiter. L'option diplomatique rendue caduque par le veto sino-russe au Conseil de sécurité des Nations unies, Washington continue d'appeler le président syrien, Bachar el-Assad, à négocier une sortie honorable mais semble désormais juger la victoire militaire des rebelles «inéluctable». La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a d'ailleurs appelé mardi la rébellion à «préparer les lendemains» de la chute du régime alaouite, lorsqu'il s'agira de contenir toute violence sectaire.

Cette prise de conscience tardive du nouveau rapport de forces en Syrie a déclenché une cascade de réunions de coordination au plus haut niveau dans la capitale fédérale, toutes visant à définir les priorités de «l'après-el-Assad» et à en identifier les risques majeurs. «Nous en sommes aux balbutiements, confie un haut responsable à CNN, sous couvert d'anonymat. Mais l'intensité des discussions est montée d'un cran, et l'anxiété aussi.» Des concertations régulières seraient également menées avec la Turquie, Israël et la Jordanie, à propos du flot croissant de réfugiés syriens et de l'arsenal chimique de Damas.

Reste l'épineuse question de l'insurrection armée. Jusqu'ici, Washington s'était refusé à aider une rébellion morcelée, constituée de plus de trois cents groupes autonomes, de peur d'être entraîné dans une aventure militaire aux contours mal définis. A contrario, les responsables de l'opposition qui pourraient être amenés à assumer un futur rôle politique en Syrie ne sont toujours pas identifiés.

Succès militaire
La Maison-Blanche en rejette implicitement la faute sur la CIA. La «centrale» de Langley, bien introduite auprès de l'opposition en exil en Turquie, aurait toutes les peines du monde à se renseigner sur la résistance armée et ses motivations. La faute à l'absence totale de ressources humaines sur le terrain, Depuis la fermeture de l'ambassade à Damas en février dernier, elle n'a plus aucuns moyens humains en Syrie et doit se fier quasi exclusivement à ses moyens techniques (interceptions électroniques et surveillance satellitaire), précieux, mais forcément limités.

Le danger, lui, est pourtant bien identifié. «Un quart des groupes combattants se revendiqueraient d'al-Qaida» et du djihad, prévient Mike Rogers, parlementaire républicain et président de la commission sur le renseignement de la Chambre des représentants. En cas d'effondrement subit du régime, ces islamistes pourraient mettre la main sur tout ou partie de l'arsenal chimique, matérialisant le pire des scénarios échafaudés par Langley.

La situation est d'autant plus mal vécue par la communauté américaine du renseignement que les services secrets turcs, qatariens, saoudiens et français, entre autres, occupent, eux, le terrain sans rechigner. «Nous allons les laisser nouer des contacts directs avec les groupes armés, sans chercher à en faire autant? s'insurge Andrew Tabler, spécialiste de la Syrie au Washington Institute for Near East Policy. Cela n'a aucun sens.»

«Nous devrions être sur le terrain à déverser des montagnes de dollars sur les groupes de l'opposition, pour s'assurer qu'ils convergent avec les intérêts américains, renchérit un ancien de la CIA, fin connaisseur du Moyen-Orient, cité par le Los Angeles Times.Nous devrions être prêts à prendre des risques, à manger et dormir avec les insurgés syriens. Nous ne sommes pas bons et il y a de bons officiers qui sont extrêmement frustrés.»

Consciente du retard accumulé, l'Administration Obama affirme miser sur les succès militaires de la rébellion pour disposer enfin d'une base géographique relativement sûre, à défaut d'une couverture aérienne comme en Libye l'an passé. Ce qu'a reconnu tacitement Hillary Clinton mardi, en précisant qu'il importait de «travailler étroitement avec l'opposition, qui contrôle un territoire de plus en plus vaste et disposera à terme d'un sanctuaire à l'intérieur de la Syrie, d'où pourront être lancées de nouvelles actions». En espérant, pour commencer, que l'insurrection conforte sa mainmise sur la deuxième ville du pays, Alep.


Par Maurin Picard