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Wikipédia ferme son portail en Russie

le 11 Juillet 2012 à 13:22 | Lu 584 fois

La version russe de l'encyclopédie en ligne a bloqué l'accès à son site mardi en signe d'opposition à un projet de loi susceptible de favoriser la censure.


Wikipédia ferme son portail en Russie
De notre correspondant à Moscou

«Imaginez-vous un monde sans connaissance libre.» Sur une page barrée de noir, tel est le message qui s'offre aujourd'hui à la vue des internautes russophones de Wikipédia.

L'encyclopédie en ligne a fermé son accès à la consultation pour protester contre un projet de loi actuellement examiné à la Douma, visant à réprimer la pédophilie, l'incitation au suicide et l'usage de stupéfiants. Sous couvert de traquer sur la Toile les messages censés encourager ces pratiques, la communauté internaute soupçonne le législateur russe de vouloir restreindre l'accès à l'Internet, qui se trouve être le principal vecteur de contestation au régime de Vladimir Poutine.

Le projet de loi, examiné vendredi 6 juillet en première lecture, prévoit de créer un registre fédéral qui réglementerait l'activité des sites Internet contenant des informations interdites par la loi, obligeant leurs propriétaires ou les fournisseurs d'accès à les fermer. Faute de quoi ces derniers se verraient sanctionnés. Ainsi, le registre inclurait à la fois les URL, les noms de domaine ainsi que les adresses IP.

«Une véritable liste noire»
Outre Wikipédia, les grandes compagnies Internet, comme Google ou le moteur de recherches russe Yandex, se sont aussitôt alarmées. «Si une simple vidéo postée sur YouTube devait être interdite, c'est le site YouTube lui-même qui pourrait se voir interdit d'accès. Sous prétexte de prohiber des contenus illégaux, on fermerait des sites tout à fait légaux», s'inquiète Marina Jounitch, chargée des relations avec les pouvoirs publics au sein de Google, qui juge cette loi «mal faite».

Outre la diffusion de messages en lien, notamment avec la pornographie infantile, toute «autre information interdite» sur la «base d'une diffusion de justice» se verrait inscrite dans le fameux registre. Une initiative qui, selon les organisations des droits de l'homme, ouvrirait la porte à tous les abus. «Il s'agit d'une véritable liste noire qui, dans le futur, pourrait s'élargir à d'autres contenus jugés litigieux», dénonce le président du Conseil des droits de l'homme auprès du Kremlin, Mikhaïl Fedotov.

Un député de Russie unie, le parti au pouvoir, a d'ailleurs indiqué son souhait de censurer les contenus «extrémistes», une catégorie très vague susceptible d'englober les actions de l'opposition russe.

Agissant à l'origine sur ordre du Kremlin, les parlementaires de Russie unie souhaitaient achever la lecture du texte avant la fin de la session, prévue le 13 juillet. Mais hier, le ministre des Communications, Nikolaï Nikiforov, a annoncé que la discussion pourrait se prolonger jusqu'au 1er novembre. Tout en critiquant l'initiative de Wikipédia, ce dernier a promis de prendre en compte cette «réaction importante de la société», dans le but, dit-il, de «perfectionner la loi».

Le Figaro