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Yémen : Les « jambaar » vont-ils l’échapper belle ?


Rédigé par leral.net le Jeudi 23 Avril 2015 à 21:55 | | 7 commentaire(s)|

Yémen : Les « jambaar » vont-ils l’échapper belle ?
Le journal « Le Témoin » avait annoncé qu’entre 1500 et 2000 soldats sénégalais étaient prêts à être envoyés au Yémen. Dans son entretien avec trois groupes de presse qu’il qualifie d’ « échantillon très représentatif de la presse nationale », le président de la République, spécialiste du « tuur lëndëm », dans sa réponse en wolof, donc s’adressant à une population très largement musulmane, commence par insister sur le fait que « l’Arabie saoudite, c’est le pays de naissance du Prophète et là où il repose, c’est là où se trouvent la Mecque et Médine. » Et il précise que « si la sécurité de ce pays est menacée, le Sénégal ne reculera pas. »

D’emblée, il donne des raisons d’y envoyer des soldats sénégalais. Ensuite, il jette le flou avec son « Si les lieux saints sont menacés, nous verrons ce qu’il y a lieu de faire ». Ces paroles poussent certains à se poser les questions suivantes : « N’est-ce pas le candidat Macky Sall qui disait que le Sénégal est un pays laïc et démocratique ? Est-il devenu le président de tous les Sénégalais ou juste celui des musulmans ? Enverrait-il des troupes pour défendre le Vatican ou les bois sacrés de Casamance ? » Le plus choquant est que les lieux saints de l’islam ne sont absolument pas menacés. Et si c’est juste pour sécuriser ses frontières, l’Arabie saoudite a-t-elle besoin de l’aide militaire du Sénégal ? De plus, l’Arabie saoudite n’a pas été attaquée, c’est elle qui a attaqué un pays souverain.

Ce n’est pas la peine de réciter « Alam tara kayfa » car personne ne cherche à détruire la Kaaba et ce n’est pas la bataille de Badr. Ce ne sont pas des musulmans contre des ennemis de l’islam, mais des musulmans contre d’autres musulmans. Les Yéménites sont musulmans. D’ailleurs, leur devise est « Allah, la patrie, la révolution » donc ce ne sont pas eux qui risquent de menacer la sécurité des lieux saints de l’islam. On soupçonne l’Iran d’être derrière. Là aussi, qu’on soit pour ou contre l’Iran, on sait qu’à chaque fois qu’il s’agit de défendre l’islam, il est au premier rang. Parlant des lieux saints de l’islam, le troisième n’est-il pas à Jérusalem-Est ? On sait ce qui s’y passe, mais il n’y a jamais eu une coalition arabe ou musulmane pour le protéger.

Le Yémen est un pays pauvre où malheureusement les conflits tribaux, les rebellions, les guerres civiles et les renversements de pouvoir sont récurrents depuis des décennies. Et ce n’est pas la première fois que l’Arabie saoudite y intervient militairement pour soutenir un camp contre un autre. Cette fois-ci, celui qui dirigeait le Yémen était un allié des États-Unis. Renversé par une rébellion, il est parti se réfugier en Arabie saoudite. L’intervention saoudienne a pour but de remettre au pouvoir ce président renversé par une frange de son peuple. Le Sénégal n’a rien à y voir, d’autant plus que pour mener cette opération, l’Arabie saoudite a formé une « coalition arabe ». Seuls des pays arabes soutenus par les États-Unis et la France s’étaient réunis pour la mettre sur pied et bombarder le Yémen qui est aussi un pays arabe. Rappelons que le Yémen ayant été solidaire de l’Irak pendant la « guerre du Golf » en 1990, le pouvoir saoudien, fidèle allié des États-Unis, avait expulsé de son territoire le million de travailleurs yéménites qui y gagnait leur vie.

Politiquement, il y a un camp soutenu par neuf pays arabes « amis » des États-Unis et de la France plus le Pakistan, et un camp qui serait soutenu par l’Iran. Quel rôle le Sénégal peut-il jouer dans tout ça ? Quand des éléphants se battent, qu’est-ce qui pousse une fourmi à s’en mêler ? « Waane rekk ! » On vous dira qu’il y aurait aussi le Tchad. « Du man rekk, bokku ma ca’a ko gën ». Le Sénégal n’a rien à y voir. Religieusement, il y a d’un côté des sunnites et de l’autre des chiites. Là aussi, le Sénégal n’a rien à y voir. Si Macky tient à se faire remarquer dans cette guerre fratricide qui n’est pas la sienne, qu’il invite les belligérants autour d’une table, s’il en a le charisme.

Le 21 avril, l’Arabie saoudite a annoncé la fin de l’opération « Tempête décisive ». C’est toujours l’agresseur qui donne un nom à la tuerie qu’il déclenche. La « coalition arabe » déclare avoir atteint ses objectifs militaires et éliminé les menaces qui pesaient sur l'Arabie saoudite et ses voisins. On se dit alors : « Ouf ! Les jámbaar l’ont échappé belle ! » Oui, le « pays ami » n’étant plus « menacé », quel argument le président Macky Sall peut-il sortir pour envoyer quand même des Sénégalais se faire tuer dans des opérations terrestres au Yémen ? Signalons que jusqu’à présent, la « force anti-Téhéran » ne fait que des raids aériens, aucune troupe au sol, limitant ainsi le nombre de victimes dans ses rangs mais en en faisant beaucoup parmi les populations civiles yéménites… N’y a-t-il pas des endroits au Sénégal et ailleurs en Afrique où les « jámbaar » seraient plus utiles ?

Bathie Ngoye Thiam.







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