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Yoro Dia, politologue: «Wade veut créer un rapport de force pour mieux négocier la libération de Karim»

L’OBS – «Pendant des semaines, on a cru que le pays allait s’effondrer, notre démocratie est à un niveau tel que le débat ne doit plus porter sur les libertés publiques, mais plutôt sur le contexte économique. Le plus important aujourd’hui est qu’on a une grande démocratie, la plus vieille du continent. Les gens l’ont intériorisée, les Sénégalais l’ont socialisée. Il ne faut plus qu’on nous enferme dans des discours du type «nous allons marcher au prix de notre vie», «nous allons marcher si la terre ne tremble pas» et que l’Etat dise «il faut que force reste à la loi». Ce face-à-face guerrier entre le pouvoir et l’opposition doit être dépassé complètement. Ce qui s’est passé aujourd’hui le prouve aisément.


Rédigé par leral.net le Samedi 22 Novembre 2014 à 12:36 | | 3 commentaire(s)|

Yoro Dia, politologue: «Wade veut créer un rapport de force pour mieux négocier la libération de Karim»
Sur le discours de Wade, dans une démocratie il y a une division du travail. Comme un être humain normal, la démocratie a deux poumons : le pouvoir et l’opposition. Il faut que ces deux mamelles fonctionnent normalement pour que l’individu puisse respirer, il en est ainsi de la démocratie. La démocratie sénégalaise respire très bien, Macky Sall est dans son rôle et Me Wade aussi dans celui de l’opposition. La seule chose inédite est que c’est un ancien Président qui est chef de l’opposition. Tout son discours est du registre du chef de l’opposition, il fait du populisme avec les mendiants, les ambulants, les jeunes, les mécaniciens, les marabouts, etc. Le gouvernement gouverne et l’opposition s’oppose, c’est ça la division du travail. Le rôle d’un opposant c’est de critiquer et de mettre l’accent sur ce qui ne va pas. Il ne faut pas attendre de Me Wade qu’il dise que le Sénégal a un taux de croissance de 4 à 5% et que c’est le début de l’émergence, ce n’est pas son rôle. C’est du Wade pur et dur, de tout le temps qu’il a été dans l’opposition, il a toujours tenu le même discours. A la limite, il serait inquiétant que Wade délivre un satisfécit à Macky Sall. Pour moi, la lecture de fond et c’est ce que je répète tout le temps, Abdoulaye Wade est convaincu que l’emprisonnement de son fils est politique et il ne croit qu’aux rapports de force politique. Il veut donc créer un rapport de force, qui lui soit favorable pour mieux négocier. La question que l’on doit se poser est de savoir si la justice sénégalaise doit continuer à être sous la dictée, comme dans le cas des chantiers de Thiès. Je ne le crois pas. Le pays a évolué, mais la justice est devenue le maillon faible de notre démocratie. Les juges ne feront correctement leur travail que quand ils diront fermement que le temps de la justice n’est pas celui de la politique. L’agenda de la justice ne doit pas être assujetti à l’agenda de la politique. Il faut que chacun fasse son travail. Maintenant, Wade est libre de croire que tout est politique et qu’il doit créer un rapport de force qui lui soit favorable. Le fait qu’il décline l’invitation de Macky Sall, le meeting d’aujourd’hui (hier) contribuent à sa volonté de vouloir créer ce rapport de force pour mieux négocier éventuellement la libération de son fils. C’est ça son objectif principal.»



ELECTIONS ANTICIPEES EN 2015

«Le mandat de Macky Sall s’achève en 2017, on ne peut pas faire une élection anticipée en 2015»

«Après les émeutes de 1988 jusqu’en 1993, Wade appelait à l’instauration d’un gouvernement de transition. Comme chef de l’opposition sous Abdou Diouf, Abdoulaye Wade a toujours prôné un gouvernement d’union nationale ou de transition à chaque crise. Il est dans son rôle, mais un président de la République a été élu pour un mandat à durée déterminée qui s’achève en 2017. On ne peut pas faire une élection anticipée en 2015, ce ne sont que des déclarations politiques. La liberté d’expression lui permet de dire : «C’est moi qui retient les jeunes, sinon on peut prendre le Palais.» Les institutions fonctionnent normalement, il n’y a pas de crise. Tout ce qui s’est passé aujourd’hui est banalement ordinaire et montre que le Sénégal a dépassé la phase de l’infantilisme démocratique.»

IBOU SANE, POLITOLOGUE

«Aucune situation extraordinaire ne milite en faveur d’une élection anticipée»

«La perspective d’une Présidentielle anticipée au Sénégal n’est pas envisageable. Pour l’heure, aucune situation extraordinaire ne milite en faveur d’une telle hypothèse. Le Sénégal est un pays pauvre qui ne peut se permettre d’organiser des élections à la pelle. Le temps de Wade est fini, il faut qu’il laisse la place aux autres de jouer leur partition dans la construction du pays. Malheureusement, il ne l’a pas compris. Le Sénégal a une vision de développement et l’époque de l’«homme providentiel est révolu». Ce sont toutes les forces vives qui peuvent construire le pays. C’est pourquoi, il faut que la société civile soit forte et qu’elle s’implique davantage. Il y a un temps pour la politique, un temps pour le développement».

IBRAHIMA DIAKHABY






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