Trois hommes (Wade, Obama et Sarkozy) visitèrent Dieu
Ne pouvant plus tolérer la marche d’un monde bouleversé et tourmenté par la haine, les crises, la pauvreté et l’injustice, le Bon Dieu dans sa miséricorde ordonna à l’Ange Gabriel d’adresser à tous les chefs d’état et leaders de ce monde un appel à candidature pour une audience au Royaume Divin. Chaque chef d’état devra constituer pour la circonstance un dossier à même d’illustrer la pertinence de son action et des raisons suffisamment convaincantes pour mériter la rencontre avec le créateur de l’univers.
L’Ange Gabriel s’exécuta et répandit un sommeil profond sur chacun des principaux concernés. Il déposa ensuite une copie de sa correspondance sur leurs bureaux respectifs et retourna vers Dieu pour lui annoncer l’exécution parfaite de sa mission. « Bien, lui répondit le Seigneur de l’univers. Demain soir, tu retournes ramasser tous les dossiers constitués. Tu feras ensuite une sélection de trois leaders auxquels j’offre l’honneur de me rencontrer dans mon Royaume. »
Vous imaginez certainement le spectacle insolite et surréaliste dans les palais à la découverte de l’enveloppe au timbre céleste…
A Banjul, Yahya Jammeh, d’abord incrédule à la lecture de la correspondance divine se décida à appeler son père d’emprunt, le libyen Muhammar El Kadhafi non sans avoir consulté auparavant son puissant National Security Council (qui rassemble tout l’appareil et les instruments étatiques de renseignement, de contrôle et de répression).
En Guinée, Moussa Dadis Camara pleura à chaudes larmes. « J’ai les mains entachées de sang, je suis d’office exclu de la course » s’avisa-t-il.
Au White House, Barack Obama consulta ses conseillers et les Clinton. Bill se fit le plaisir de lui rappeler l’inscription « In God we trust » affichée fièrement sur le dollar. « You stand a chance » lui encouragea-t-il.
A l’Elysée, Nicola Sarkozy prit un malin plaisir à espérer être le seul invité. « Pour une fois je vais doubler Obama » espèra-t-il. La même fièvre gagne Dakar où Maître Abdoulaye Wade convoque illico presto son fiston et Tata Vivi qui aiguisaient leur appétit matinal à la saveur du petit déjeuner en attente au réfectoire.
Wade tendit fièrement la lettre à Karim sans se priver de lui intimer l’ordre d’appeler Cheikh Tidiane Gadio sur sa ligne rouge. « Eh bien, j’ai l’intime conviction qu’il sera une nouvelle fois à la hauteur pour me décrocher cette audience. C’est le meilleur diplomate en Afrique » murmura le doyen d’âge des chefs d’état africains. L’air indifférent, Karim prit le temps de lire les mots rédigés par l’Ange Gabriel. Lorsqu’il leva la tête, son père remarqua une mine triste. Et Wade de mettre les pendules à l’heure ; « C’est juste une demande d’audience que je dois soumettre, pas un ticket pour barsaxh, c’est excitant non ? » L’air encore gêné, Karim se reprit ; « mais tu as accédé à la requête du clan il y a trois jours ! As-tu oublié que tu as déjà viré Gadio ? »
Wade un peu gêné admet, « mais oui doom, c’est le poids de l’âge qui m’accable. Tiens, ce sera l’élément clé de mon dossier. En plus d’être le doyen Africain, je dirige l’OCI ». C’est le moment choisi par tata Vivi pour demander à son chéri de passer par Touba, Tivaouane, Médina Baye et autres Yoff Diamalaye, histoire d’assurer ses arrières gardes.
Lorsque l’Ange Gabriel fit son tour de collecte, seuls Barack Obama, Nicola Sarkozy et…Maître Abdoulaye Wade avaient bouclé leurs dossiers. C’est donc en toute justice et équité que l’ange les fit entrer au Palais Divin.
L’atmosphère était pesant et le décor impressionnant. Un parfum d’une pureté unique remplissait l’air alors que les Anges tous vêtus de blanc, entraient et sortaient de la pièce devant abriter l’audience entre le Bon Dieu et ses hôtes de marque.
A l’exception de Barack Obama, Sarko et Wade avaient l’air tendu. Le français saisit l’opportunité pour faire quelques injonctions à l’endroit du sénégalais, coupable à ses yeux de priver les toubabs de profiter des attributions de marchés juteux au Sénégal.
Lorsque Wade voulu apporter sa réplique, une voix impressionnante se fit entendre : « que l’on fasse entrer Obama ». A l’ouï de la voix du Créateur, tous furent pris d’une frayeur indescriptible. L’Ange Gabriel fit entrer Obama. Le Bon Dieu lui adressa des mots de bienvenue et lui demanda de s’expliquer sur les tribulations de ce monde.
« Seigneur, l’ambition démesurée et la course effrénée vers la richesse ont transformé mon peuple. Jadis une grande nation, la super puissance que je dirige est aujourd’hui la risée du monde. Donne-moi les moyens de rétablir mon pays à la place qui est la sienne dans le concert des nations » supplia Obama.
« J’ai effectivement noté tes efforts pour la transparence, la justice et la probité. Tu n’as pas hésité à te séparer de certains proches collaborateurs suspects aux yeux de ton peuple. Vas, ton vœu sera exaucé » répondit le Seigneur.
Obama sortit de l’audience, la conscience plus apaisée et l’air plus relaxe. Wade, tout curieux de savoir ce qui se tramait à l’intérieur voulut engager Obama dans une conversation avec l’espoir inavoué d’entendre le président américain répondre « Yes, I can ». Mais ce dernier restait enfoncé dans une méditation profonde à la lumière des trois petites phrases qu’il entendit directement de Dieu.
A son tour, Sarkozy fut appelé. Il tremblotait et se fit encore plus petit (déjà qu’il l’était) que le Bon Dieu lui rassura et lui demanda de ne pas s’effrayer. « Que penses-tu des tribulations de ce monde ? » demanda le Seigneur ? Et Sarkozy de se lancer avec l’énergie débordante qu’on lui connaît « la France est consciente de la crise actuelle. La France va changer le monde avec ses réformes planétaires. La France continuera à lutter contre l’émigration clandestine, le terrorisme, l’hégémonie américaine et l’impérialisme russe. La France remettra toujours l’Afrique à sa place. La France…La France…La France… » « C’est bon » reprit le Bon Dieu. « Tu sembles oublier que ton père a fui la Hongrie pour se réfugier dans cette France qui a fait de toi un fils adoptif. Pourquoi ne donnes-tu pas cette chance aux autres ? Et en plus, tu n’as pas besoin de te mesurer aux américains et aux russes pour exister. Mais bon, vas et reviens me voir quand la France finira tout le travail que tu viens d’énumérer » conclut le Bon Dieu. L’Ange Gabriel qui suivait ce dialogue ne put s’empêcher de rire en voyant Sarko encore plus confus et agité sortir de la salle d’audience.
C’est alors que Maître Abdoulaye Wade fut conduit devant le Bon Dieu. Le Vieux fut si ébloui par la lumière et la clarté devant ses yeux qu’il omit de dire bonjour. Il cherchait désespérément à voir le visage de Dieu, ce qu’il n’obtint pas. Mais dans sa tête mûrissait déjà un plan oméga de construction d’un nouveau palais semblable à celui où il se trouvait. C’est le moment choisi par Dieu pour lui demander « à quoi penses tu, Mr le Président ?»
Venant du Bon Dieu, Wade était tout heureux et fier d’être appelé par son titre affectionné. « Tu vois Seigneur, chez moi, le peuple est têtu. Les sénégalais ne veulent pas se soumettre à ma volonté de chef suprême de tout ».
« Mais Wade, le seul chef suprême de tout qui soit et qui vaille, c’est moi ! » répliqua le Bon Dieu. Pris de court, Wade voulut répliquer mais s’enfonça davantage : « je veux dire…chez moi au Sénégal » reprit Wade.
Contre attaque du Bon Dieu : « le Sénégal n’est qu’une délégation spéciale que je t’ai confiée par le biais de ton peuple malgré le chemin funeste que tu avais emprunté avant le 19 Mars 2000. N’oublie pas que je te demanderai des comptes à l’heure de ma convocation finale ».
Wade prit peur et confia tout haut ce qu’il pensait tout bas. « Je t’en prie Seigneur, repousses l’échéance de ma convocation finale. Je veux briguer un troisième mandat en 2012 et ensuite mon fils adoré Karim sera mon successeur pour effacer les traces de mes fautes avec l’espoir que tu ne m’en voudras pas ».
Là-dessus, Dieu piqua une colère « c’est insensé ce que tu me demandes. Combien d’années as-tu traversé avant d’être élu président ? Ton fils ne sera jamais président. Et toi, as-tu oublié les promesses faites à ton peuple ? Tu dois arrêter de faire preuve de mauvaise foi dans tes relations avec les sénégalais. Avec tes collaborateurs, vous esquivez tous les débats de fond et vous adoptez toujours des positions bellicistes. Finalement tu t’es mis dans les habits d’un tsar qui glisse consciemment vers un absolutisme dangereux. Sais tu que tous les Raspoutine qui chantent aujourd’hui tes louanges prédisent déjà ta chute ? Retournes chez toi, mets fin aux détournements, aux expropriations, à l’impunité aux agressions et aux violations répétées sur les individus, leurs libertés et la constitution puis oublies à jamais cette obsession qu’est la montée de ton fils au trône. L’heure est grave, Wade ! En es-tu conscient ? »
Wade s’emmura dans un silence puis chuchota « Oui ». Le Bon Dieu décida alors de sonner le glas de cet entretien : « dissous l’assemblée nationale, convoque des législatives anticipées, discute de bonne foi avec l’opposition et démissionne. Tu auras la conscience tranquille ». Vas, je ne veux plus t’entendre.
Le sénégalais n’en revenait pas de qu’il venait d’entendre. Il partit les yeux en larmes. Là-dessus, le Bon Dieu dit à l’Ange Gabriel, « Malgré son âge avancé, cet homme reste encore têtu et risque de se faire surprendre par les siens ».
Fred.
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