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Commentaire : Ah, si seulement le Sénégal pouvait devenir la plus grande blanchisserie d’argent du monde !

Rédigé par leral.net le Vendredi 16 Novembre 2012 à 18:05 | | 0 commentaire(s)|

Ils en ont mis du temps, décidément, pour découvrir que l’ancien président de la République du Tchad, réfugié dans notre pays depuis 1990, avait apporté avec lui dans sa fuite beaucoup d’argent. Huit milliards de francs, nous disent-ils. D’autres prétendent qu’il en aurait même emmené 20.


Commentaire : Ah, si seulement le Sénégal pouvait devenir la plus grande blanchisserie d’argent du monde !
Et cet argent, d’après nos moralisateurs tardifs, aurait été « blanchi » à l’époque par notre actuel Premier ministre, M. Abdoul Mbaye. Qui, au moment des faits, était directeur général d’une institution bancaire de la place. Il a donc fallu attendre vingt longues années pour que ces vertueux contempteurs — à la suite des « révélations » d’un journal français d’orientation néocoloniale — nous apprennent non seulement le montant de cet argent introduit dans notre pays par M. Habré mais aussi la manière dont il aurait été recyclé. Gageons que si M. Abdoul Mbaye n’avait pas été nommé Premier ministre du Sénégal en cette année de grâce 2012, nous n’en aurions rien su ! Car enfin, vingt ans, il s’est écoulé beaucoup de temps avant qu’ils nous apprennent que M. Abdoul Mbaye qui, entretemps, a non seulement dirigé d’autres banques, mais en a même acheté une autre — la défunte Banque Sénégalo-Tunisienne — avant de revendre ses parts aux Marocains d’AttijariWafa, que M. Abdoul Mbaye, donc, « blanchissait » de l’argent. Suffisant pour que ces moralisateurs exigent vigoureusement sa démission — car on avait compris que c’est de son poste qu’il s’agissait — et plus vite que ça ! Sinon, nous dit-on, il risquerait de ternir à jamais l’image de notre pays, surtout dans l’éventualité où il serait appelé à témoigner à la barre du procès pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » intenté contre l’ancien homme fort du Tchad. Le Premier ministre fait-il valoir qu’au moment des faits, le crime de blanchiment d’argent n’existait pas dans notre législation ? On lui rétorque qu’il aggrave son cas, et journaux, télés et radios s’acharnent contre lui qui ne serait qu’un blanchisseur qui laverait — des billets de banque ! — plus blanc que la célèbre Mère Denis de la pub. Pis, un vulgaire receleur qui ne mériterait pas le moins du monde d’être chef du Gouvernement (nous y voilà encore !) du Sénégal. Par conséquent, évidemment, il conviendrait qu’il rende le tablier ou, à défaut, que le président de la République le démette pour nommer à sa place un homme que les milieux qui se sont jurés d’avoir la peau de M. Abdoul Mbaye — sans doute parce qu’il dérangerait leurs juteux intérêts — auraient adoubé. Car enfin, on ne voit pas bien pourquoi, sinon, cet homme serait rattrapé, vingt après les faits, par une prétendue affaire de blanchiment d’argent. Une histoire que nos chevaliers blancs auraient sue, mais tue, pendant presque une génération. Et qu’ils nous ressortent opportunément aujourd’hui après l’avoir mise sous le boisseau non seulement durant les dix dernières années du règne du président socialiste Abdou Diouf, mais aussi pendant les 12 du magistère de Me Abdoulaye Wade. Et aujourd’hui seulement, on vient nous dire que M. Mbaye avait « blanchi » l’argent de M. Habré en 1990. Or, nous savons tous qu’à l’époque, c’est-à-dire quand il arrivait au Sénégal via le Cameroun après avoir été chassé par les troupes de son ancien ministre de la Défense, M. Idriss Déby Itno, que M. Habré s’était posé à l’aéroport de Dakar à bord de l’avion de commandement tchadien. Un avion que les Sénégalais ont pu voir plusieurs semaines durant sur le tarmac de cet aéroport. Les nouvelles autorités du Tchad l’avaient réclamé aux autorités sénégalaises qui leur avaient conseillé de saisir les tribunaux de notre pays. Et si nos souvenirs sont exacts, c’est le Tribunal régional de Dakar qui avait ordonné la restitution de cet avion au Tchad. Pourquoi à l’époque, et pendant les deux décennies qui ont suivi, n’a-t-il jamais été question de ces 8 ou 20 milliards dont on nous parle aujourd’hui ? Pourquoi l’actuel gouvernement tchadien n’a-t-il jamais réclamé cet argent ? Et pourquoi ceux qui s’acharnent aujourd’hui sur M. Abdoul Mbaye n’ont-ils jamais fait cas de cet argent ? Si les réponses aux deux premières question demeurent encore un mystère pour nous, pour la dernière, en revanche, elle tombe sous le sens : parce que le fils du juge Kéba Mbaye n’était pas encore Premier ministre, pardi !
Cela dit, et si M. Habré avait effectivement fait entrer dans notre pays 20 milliards de francs qu’il aurait investis, par le biais du banquier Abdoul Mbaye, dans l’économie nationale, eh bien ces deux hommes mériteraient, à notre sens, non pas qu’on leur jette la pierre mais, bien au contraire, qu’on les décore pour services rendus à la Nation et qu’on élève des statues en leur honneur ! M. Habré surtout. Car enfin, ce n’est pas tous les jours que l’on voit quelqu’un venir injecter une telle somme dans nos pays. Au contraire, nos dirigeants politiques et autres directeurs de sociétés nationales s’emploient à aller planquer l’argent détourné dans nos pays — et à coups de milliards s’il vous plait — en Europe ou dans des paradis fiscaux situés dans des iles exotiques. Pendant longtemps, la Suisse a été la destination privilégiée des milliards qui s’évaporaient du continent. Cela, tout le monde le savait avant que les iles Caïman, Vierges et autres Jersey ne prennent le relais. Autrement, le plus simple pour ces mêmes hommes qui ont dirigé l’Afrique depuis les indépendances, c’était d’aller acheter des hôtels particuliers en France — ou en Angleterre —, d’y faire des placements, d’acheter des châteaux comme celui de Hardricourt ou des tableaux de maîtres comme le fit naguère le défunt empereur de Centrafrique, Jean-Bedel Bokassa. Les propriétés d’Omar Bongo Ondimba, Denis Sassou Nguesso, Téodoro Obiang Nguéma, voire de feu Houphouët-Boigny, sans compter celles d’autres potentats africains plus anonymes, ces propriétés françaises ne se comptent plus. Si bien qu’on peut affirmer sans risque d’être démenti que si nos dirigeants sont les plus grands voleurs du monde, certains pays européens sont leurs receleurs attitrés. On ne se souvient pourtant pas de cas où la clameur publique de ces pays aurait poursuivi ces receleurs et les aurait accusés de blanchiment ou de recel. Au contraire, tout le monde s’entend comme larrons en foire pour recycler dans ces pays-là l’argent mal acquis des dirigeants africains mais aussi des potentats arabes et autres dictateurs latino-américains. Ici, il suffit qu’un chef d’Etat africain, venu se réfugier chez nous avec l’accord implicite de la défunte Organisation de l’Unité Africaine (OUA) — car, il fallait bien qu’au nom de la stabilité du Tchad un pays accepte d’accueillir son ancien président — investisse son argent chez nous pour que ce soit le scandale. Non content d’avoir soumis ce chef d’Etat à un harcèlement judiciaire permanent — pour, prétendument, « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » allant jusqu’à changer la loi uniquement pour pouvoir le juger — voilà que maintenant l’indignation de nos Père-la-vertu nationaux poursuit le banquier auquel il avait confié son argent à l’époque. Mais ils se gardent bien, ces Chevaliers Bayard de la vertu, d’indiquer que M. Abdoul Mbaye n’était après tout qu’un employé de cette banque qui avait bien des propriétaires. Et si cet établissement a fait du blanchiment, ses propriétaires ont bien dû en profiter. Mais pourquoi ne les cite-t-on pas que diable ? Pourquoi ne leur exige-t-on pas des comptes ? Car si la banque a fait des dividendes, ils en ont été les premiers bénéficiaires, non ?
En vérité, c’est une mauvaise querelle que l’on fait à M. Abdoul Mbaye et cette polémique, plutôt que de servir l’image de notre pays que l’on prétend souillée par la nomination de M. Abdoul Mbaye à la tête de son Gouvernement, la dessert gravement plutôt. L’argent n’a pas d’odeur et, franchement, d’où que puissent profiter les capitaux, ils sont les bienvenus au Sénégal. Il ne sert à rien d’avoir des scrupules — comme les pays occidentaux qui nous recommandent la bonne gouvernance n’en ont pas eux-mêmes — et le Sénégal n’a que faire de ces principes moraux hypocrites. Que le pays qui n’a jamais recyclé d’argent sale — encore que ce ne soit pas le cas en l’espèce — nous jette la première pierre !
Combien d’anciens Nazis — et leur fortune — l’Amérique latine a-t-elle accueillis ? Où sont passés les biens des Juifs en France pendant la Seconde guerre mondiale ? Où est l’argent planqué par le défunt Guide libyen, Mouammar El Kadhafi en Europe ? Où sont passées les immenses fortunes des anciens dictateurs tunisien et égyptien ? Et tant d’autres exemples. Seulement voilà, les Nègres aiment toujours donner des verges pour se faire battre. Les pays où ces dictateurs ont caché leurs biens les ont-ils restitués ? Bien sûr que non ! Il y aura de beaux discours mais ce magot continuera à faire tourner leurs économies. Qui est fou ? Par conséquent, vivement que d’anciens dictateurs africains viennent planquer leur magot chez nous et faire tourner notre économie !
Depuis 15 ans qu’il fait l’objet d’un harcèlement judiciaire, nous nous sommes toujours tenus aux côtés du Président Hissène Habré car nous estimons que c’est un éminent Africain, un homme dont le continent africain a tout lieu d’être fier. Et ce même si des valets de l’Occident se sont jurés de le juger pour l’humilier et, en même temps que lui, les Africains que nous sommes. Depuis 15 ans, nous nous battons à ses côtés contre cette justice internationale raciste qui ne poursuit que des Africains. A preuve, dans les prisons de la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, on ne trouve que des ressortissants du continent. Il est curieux que cette histoire d’argent recyclé n’ait surgi que cette année 2012. Au moment où — mais c’est sûrement un hasard —, M. Abdoul Mbaye est Premier ministre du Sénégal. Vous ne trouvez pas ça curieux, vous ? Certes, c’est bien connu que, qui veut noyer son chien l’accuse de rage. Mais enfin, en toute chose, il fait savoir raison garder !



Mamadou Oumar NDIAYE
Le Témoin N° 1104 –Hebdomadaire Sénégalais ( NOVEMBRE 2012 )