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Déconfinement : des chercheurs prévoient très sérieusement une deuxième vague du virus en France

Rédigé par leral.net le Mercredi 13 Mai 2020 à 18:36 | | 0 commentaire(s)|

Deux scénarios ont été modélisés par des scientifiques avec les variables du déconfinement français et ils convergent vers un même résultat: un retour de l'épidémie de Covid-19.


Déconfinement : des chercheurs prévoient très sérieusement une deuxième vague du virus en France
Déconfinement : des chercheurs prévoient très sérieusement une deuxième vague du virus en France

Alors que la France entame enfinson processus de déconfinement depuis ce lundi 11 mai 2020, les scientifiques sont au garde-à-vous. En effet, si les français peuvent retrouver un semblant de liberté après 55 jours de confinement, l'épidémie de coronavirus Covid-19 n’a pas disparu pour autant. Face aux risques liés au déconfinement, notamment constatés en Chine ou en Allemagne, les chercheurs ont modélisé deux scénarios pour tenter de prévoir le "comportement" du virus. Et les résultats sont cinglants : dans les deux cas, une deuxième vague du virus est très sérieusement envisagée.

La Chine, la Corée et l'Allemagne replongent

Si la Corée du Sud et la Chine semblent avoir réussi à contrôler la propagation du coronavirus depuis plusieurs semaines, notamment grâce aux nombreuses mesures de restrictions sanitaires imposées par le gouvernement (distanciation sociale, masques obligatoires, dépistage, isolation et traçage des personnes infectées et de leurs contacts), la réapparition ces derniers jours de dizaines de cas dans ces deux pays pose question.

Mêmes doutes du côté de l'Allemagne où le déconfinement a démarré il y a quelques jours avec des mesures similaires, et où on observe déjà que le taux de contamination appelé aussi R0 est repassé au dessus de 1rapporte la radio allemande Deutsche Welle. Cela signifie qu'une personne contaminée en infecte plus d’une et donc que l’épidémie augmente. Afin d'anticiper une situation similaire sur le territoire français, des chercheurs ont donc tenté de modéliser le comportement de l'épidémie en fonction des différents facteurs liés à notre déconfinement.

Premier scénario

La première étude, réalisée par l'AP-HP et dévoilée le 5 mai dernier, montre que dans le cas d'une application absolument parfaite des mesures actuelles de restrictions sanitaires, la courbe de l'épidémie diminuerait significativement avec notamment une baisse de la mortalité de 20 à 60% dans les prochaines semaines. L'étude précise néanmoins que dans ces conditions, une importante deuxième vague du virus qui submergerait à nouveau les hôpitaux serait à prévoir dès l'automne prochain, et qu'il faudrait mettre en place des mesures de protection encore plus strictes et surtout plus spécifiques des cas à risque (notamment les personnes âgées) pour l'éviter.

Parmi ces mesures spécifiques, il y a notamment le dépistage et l’isolement de toute personne symptomatique ainsi que le traçage systématique de ses contacts, le maintien des distanciations sociales et le port du masque généralisé et obligatoire. À noter que l'une des variables notoires prise en compte par les chercheurs dans cette hypothèse est la réouverture globale des écoles.

Deuxième scénario

La seconde étude, mise en ligne le 6 mai par l’Inserm, concerne plus spécifiquement l’Île-de-France et analyse justement l’impact de l’ouverture des écoles. Selon le scénario modélisé par les chercheurs, plusieurs conditions sont primordiales pour éviter que la capacité hospitalière ne soit à nouveau dépassée.

Parmi elles, le maintien d'un niveau majoritaire de télétravail, la continuité du confinement pour les personnes âgées, la réouverture de seulement 50% maximum des commerces, et le dépistage d'au moins la moitié des personnes infectées afin qu'elles soient immédiatement isolées. À noter qu'une condition encore plus importante a été soulignée par les chercheurs : les écoles primaires et les collèges ne doivent pas rouvrir avant l'été, et avec des effectifs très réduits. Sans cela, une deuxième vague du virus serait à prévoir.

La prudence est de mise

Les scientifiques rappellent cependant que ces scénarios ne sont pas des prévisions exactes et qu'il n'existe pas de boule de cristal pour prévoir l'avenir.

"Chaque modèle a ses inconvénients, mais quand il y a convergence sur une question identique avec des moyens différents, on peut considérer que c’est une aide à la décision et à la réflexion importante, qui doit amener à beaucoup de prudence", estime Éric Daudé, géographe et directeur de recherche au CNRS.

Des paramètres inconnus, impossibles à prévoir

Par ailleurs, si ces deux scénarios sont déjà plutôt négatifs, ils ont été réalisés avec des variables comme l'hypothèse d'une seule réunion entre amis par semaine, ou encore de la réussite à tester tous les cas symptomatiques. Ces hypothèses sont pour le moins optimistes et la réalité pourrait s'avérer bien différente. Les risques mis en évidence par ces études pourraient donc être en deçà des risques réels. Néanmoins, certains paramètres comme la possibilité de saisonnalité du virus n'ont pas été retenus pour ces études, il se pourrait donc également que les risques réels soient inférieurs aux risques modélisés. En clair, difficile de prévoir efficacement un virus dont certaines caractéristiques sont encore inconnues.

Les scénarios américains

Du côté des États-Unis, des chercheurs ont également imaginé trois scénarios à long terme, avec un retour de l’épidémie plus ou moins important à l’automne ou à l’hiver, rapporte l'Express. Dans le premier, des vagues similaires à ce que le monde a vécu reviendront régulièrement dans les deux ans à venir, en faiblissant lentement. Dans le second, une vague géante aura lieu dès l’hiver, comme lors de la grippe pandémique de 1918. Dans le troisième, le coronavirus continuera de circuler, mais à une échelle moindre.

Les scientifiques américains n'ont pas non plus de boule de cristal, mais une chose est sûre : si la vague actuelle de Covid-19 semble derrière nous, tous les scientifiques s'accordent pour dire que le virus est loin d’avoir disparu et qu'il va falloir adapter notre vie en conséquence dans les mois à venir.