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Effet des fêtes sur l’activité économique au Sénégal : Le prix des jours fériés

Plus que le nombre annuel de jours fériés, c’est leur imprévisibilité qui mine la productivité dans certains secteurs de l’économie sénégalaise comme l’industrie.
Voila une étude qui va apporter de l’eau au moulin du patronat. « Il faut rationaliser le nombre de jours fériés ». Par cette antienne, Baïdy Agne, Mansour Kama et les autres patrons n’ont eu de cesse de pourfendre les décisions péremptoires des autorités décrétant certains jours comme le magal fériés au mépris de la productivité du travail. Ces jours chômés et payés causent à l’industrie une perte de production de 2,6% par an et à l’ensemble de l’économie la perte annuelle de 0,01% du Pib réel. C’est ce qui ressort d’une étude réalisée par Dr Serigne Moustapha Sène de la Direction de la prévision et des études économiques (Dpee). Sène, dont le document examine les effets des jours fériés sur la production industrielle et l’activité globale au Sénégal de 1980 à 2010, considère que le problème est moins dans le nombre de jours fériés, qui n’est pas jugé élevé comparativement à d’autres pays, mais dans l’importance des effets. Utilisant le modèle dit à « effets de seuil avec régresseurs », l’auteur en arrive à établir à 13 jours par an un seuil critique de jours fériés au-delà desquels leur impact est négatif. Cependant, si l’auteur concède, à la suite d’un benchmark, que « ce nombre n’est pas a priori très élevé au Sénégal », à l’évidence, avec 14 jours fériés en 2012, le nombre de jours fériés officiels correspondant à des fêtes nationales au Sénégal, est au dessus de la moyenne. Pour preuve ce nombre est de 14 en Corée du Sud et en Afrique du Sud, 15 en Tunisie, 16 au Botswana, 15 en Côte d’Ivoire, 11 au Cap vert et au Rwanda et 12 en Malaisie.


Rédigé par leral.net le Samedi 19 Mai 2012 à 01:41 | | 0 commentaire(s)|

Effet des fêtes sur l’activité économique au Sénégal : Le prix des jours fériés
Il convient d’emblée de relever avec l’auteur, qu’à l’échelle macroéconomique, « les effets nets des jours fériés ne sont pas faciles à appréhender. » L’impact des jours fériés sur la productivité et la compétitivité ne pouvant s’apprécier selon lui qu’à l’aune des heures de travail perdues.
L’impact de l’effet « pont »
Aussi, revenant sur l’incidence des jours de cessation de travail pour la célébration d’une fête religieuse ou civile, le chef de la Division des études et des politiques économiques de la Dpee estime que « le nombre assez élevé de jours fériés peut induire une baisse plus que de raison de la production sur la baisse de la production dans les industries et les services en liaison avec l’absentéisme au-delà des jours de repos autorisés ». Cependant, l’amplitude de la baisse augmente, à l’en croire, lors des grandes fêtes religieuses musulmanes surtout celles coïncidant avec le jeudi où certains travailleurs prolongent leur repos jusqu’à la fin de la semaine. « C’est l’effet « pont » », renseigne l’auteur précisant que « ce phénomène touche moins les provinces », car explique-t-il, « l’administration centrale ainsi que la majorité des activités économiques du pays étant concentrées à Dakar, pour des raisons pratiques, notamment les problèmes de transport, beaucoup de travailleurs migrants internes ne peuvent pas rejoindre la capitale le lendemain des fêtes. » Un phénomène qui n’est pas sans conséquence sur la productivité des travailleurs qui chute corrélativement au nombre d’heures de travail perdues. L’auteur fait encore le distinguo entre l’effet négatif des fêtes prévisibles et celles mobiles sur la productivité des employés surtout le lendemain des fériés mais également entre les fériés coïncidant ou non avec les jours ouvrables. D’abord, fait savoir Sène, « à l’exception du samedi et du dimanche, un férié pour n’importe quel autre jour affecte négativement l’activité ». Suffisant pour soulever l’inquiétude de l’auteur dont l’étude montre que la majorité des jours fériés (82%) ont lieu durant les jours ouvrables de la semaine. Une situation que tout le monde a l’air de trouver normal. Sauf que, indique l’auteur, cela peut amplifier les impacts négatifs des fêtes sur l’activité. Dans le même temps, avance Sène, l’imprévisibilité des jours fériés occasionnels ne milite pas pour une organisation parfaite du travail dans les entreprises. Organisation d’autant plus délicate que la plupart des jours fériés, telles que les fêtes musulmanes et les fêtes de Pâques, d’Ascension et de Pentecôte, calquées sur le calendrier lunaire, sont mobiles. D’où le choc préjudiciable à la productivité du facteur travail. « Lorsqu’ils ne sont pas correctement anticipés par les agents privés ou s’ils se multiplient, ces chocs peuvent avoir particulièrement des effets sur le respect des délais de livraison des commandes », alerte l’auteur dont l’étude montre une diversité des effets des fêtes sur les secteurs primaire, secondaire ou tertiaire.
Dans l’industrie, si la hausse de la production n’est pas observée avec les jours fériés, une baisse plus ou moins importante est très souvent enregistrée à l’occasion des jours fériés traditionnels (78.6%) et occasionnels (64.3%), écrit le chercheur qui considère que dans 7.1% des cas, une forte baisse est observée à l’occasion des fériés occasionnels, qui « du fait de leur caractère brusque, ne sont pas prévus par les entreprises dans leur plan de production. » A l’opposée, une baisse plus ou moins importante de la productivité est enregistrée dans près de 80% des cas après le jour férié dans le cas des fêtes traditionnelles, prévisibles donc probablement bien anticipées par les entreprises. Néanmoins, estime l’auteur, l’impact de cette baisse de productivité est négligeable (0,01% de perte de Pib). Et Sène de l’expliquer par la part relativement faible de l’industrie dans l’économie.
Quand le tertiaire profite des fériés
A contrario, l’activité dans les services, dont le poids avoisine 60% du PIB, est affectée dans des proportions moindres, souligne Sène qui estime que certaines activités dont les transports et les télécommunications profitent en général de ces fêtes. « Les grandes fêtes religieuses ont des effets dynamisants dans les activités telles que le commerce, les transports et les télécommunications ainsi que sur l’activité du secteur informel d’une manière générale », selon les termes de l’étude. Mieux, fait-il valoir « même dans le cas contraire, le reflux est contenu du fait notamment des effets d’anticipation des consommateurs qui boostent l’activité la veille des fêtes ». Faut-il souligner avec l’étude que les entreprises de services considèrent dans 36.8% des cas que leur activité « n’est globalement pas affectée par les jours fériés ». Mieux, « 15.8% des répondants observant un regain d’activité à la faveur des fêtes civiles et religieuses traditionnelles ». L’étude associe cette tendance au fait que la célébration de fêtes religieuses est souvent l’occasion d’une hausse significative des dépenses de consommation des ménages. Une réalité observable dans les entreprises commerciales, dont 40% des enquêtés constatent une hausse dans l’activité lors des jours fériés.
Dans le secteur primaire, où la production est sujette aux aléas climatiques, les effets des jours fériés « sont a priori très réduits sinon insignifiants » du fait de l’informalité des activités et de la forte dépendance aux conditions climatiques. L’autre enseignement porte sur les disparités notées dans la manière dont les jours fériés affectent la perte de productivité chez les travailleurs. « Les cadres sont moins concernés par la baisse car certains d’entre eux choisissent de compléter leurs heures de travail en dépit de l’annonce officielle lors des fêtes occasionnelles connues le même jour ou la veille », révèle l’étude.
Face à toutes ces incidences sur la productivité des travailleurs, inutile de dire que des mutations profondes sont nécessaires en vue de réduire les facteurs pouvant amortir la hausse de la productivité. Ainsi, l’auteur suggère que les autorités pourraient, « tout en ne portant pas atteinte à la cohésion sociale par des restrictions sur les libertés religieuses, assouplir la législation du travail de manière à permettre aux entreprises industrielles d’adopter des mécanismes appropriés pour diminuer les pertes d’heures de travail dues aux jours fériés. » Un impératif qui ne saurait être différé si l’on veut gommer les « faiblesses structurelles » de l’économie sénégalaise, accroître ses parts de marché à l’étranger, « sur les nouveaux marchés qu’au niveau des destinations traditionnelles des exportations ». De quoi relancer le débat sur l’opportunité de décréter certaines fêtes religieuses fériées ou non. N’apparaissent pas cependant dans l’étude, l’incidence des jours fériés sur les résultats des entreprises.

lagazette.sn






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