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In memoriam : Hommage à un combattant des « utopies réalistes » ( Mamadou Oumar Bocoum)

Il est des moments où se télescopent dans nos souvenirs, forcément sélectifs, les combats juvéniles d’hier et les réalités d’une histoire qui s’écrit aujourd’hui sous nos yeux ébahis et perplexes. Alors que nous célébrons le dix neuvième anniversaire de la mort de notre camarade Abdoulaye Diouf, décédé le… au Burkina Faso, pays qu’il aimait tant et où il vivait, le peuple du pays des hommes intègres mettait fin à la dictature pernicieuse d’un militaire arrivé au pouvoir en marchant sur le cadavre d’un grand fils de l’Afrique, Thomas Sankara- Tom Sank, comme nous l’appelions affectueusement.


Rédigé par leral.net le Jeudi 20 Novembre 2014 à 16:31 | | 1 commentaire(s)|

In memoriam : Hommage à un combattant des « utopies réalistes » ( Mamadou Oumar Bocoum)
Le peuple du Burkina a chassé Blaise Compaoré du pouvoir qu’il gérait d’une main assassine depuis 27 ans. Il s’est crû éternel, le piteux Blaise, alors qu’il n’était qu’un accident tragique d’une histoire politique chaotique. Ce qui vient de se passer au Burkina est donc quelque part un clin d’œil malicieux de l’histoire à tous les apprentis dictateurs du continent ; qui rêvent de pouvoir sans limites, voire de pouvoir à vie.
Sankara parlait comme Lumumba et Nkrumah, comme Cabral, Cheikh Anta Diop et Mandela : « Vivre Africains, pour vivre libres et dignes !» L’histoire qui s’écrit aujourd’hui sous nos yeux au Burkina, ressemble furieusement à celle que notre génération, les ‘’quatre- vingt- huitards’’, presque tous et toutes des cinquantenaires à présent, rêvions pour notre continent : une Afrique de liberté, de démocratie et d’épanouissement social ; une Afrique débarrassée des prédateurs, militaires ou civils, ayant imposé, avec leurs partis uniques et leurs appareils de répression, une chape de plomb sur nos aspirations légitimes. Abdoulaye fut aux avants postes de ces combats historiques, avec en bandoulière notre fougue de jeunesse et nos convictions puisées dans nos lectures souvent particulières et multiples, mais adossées à notre vécu et à notre but commun : l’émancipation de l’Afrique.
Abdoulaye, ce militant intrépide et généreux dans l’action collective, pur produit du PIT, était aux avants postes de ces combats, avec d’autres camarades, maoïstes et trotskystes, qui tous et toutes à l’époque, par delà leurs divergences, fécondaient et irriguaient le mouvement étudiant des années 8O, en lutte contre le régime socialiste, tous et toutes convaincus, comme le Président Mao, que « tout ce qui est réactionnaire est pareil: si on ne le frappe pas, impossible de le faire tomber », et que « ce qui est juste se développe toujours dans un processus de lutte contre ce qui est erroné. » Rappelons nous ces années là, pas si lointaines que cela du reste, avec leur cortège de ‘’politiques d’ajustement structurel’’ qui mettaient en lambeaux les tissus sociaux et économiques de notre pays, envoyant au chômage des milliers de travailleurs du secteur public et parapublic, détruisant systématiquement l’école sénégalaise, avec des classes à double flux et autres enseignants ‘’ailes de dindes’’, qui menaçaient l’avenir même de toute une jeunesse. Ces politiques posaient aussi insidieusement les jalons de la privatisation rampante de l’enseignement supérieur, devenue aujourd’hui une réalité quasi-effective. Avec notre fougue, nous voulions, de nos utopies militantes, conquérir une Afrique libérée des oligarques et des prédateurs, nous voulions construire des réalités solidaires et fraternelles, en jetant, par delà des frontières artificielles étriquées, des semences de solidarité sans frontières, à toute la jeunesse africaine d’abord et plus globalement, au mouvement démocratique du continent tout entier. Nous en avons payé le prix, avec des dizaines voire des centaines d’élèves et d’étudiants exclus, brutalisés, blessés ou même tués, pour avoir simplement rêvé d’une autre Afrique, d’un autre monde. Nous avons pourtant survécu aux années blanches et aux persécutions d’un régime qui refusait de voir que nous posions, avec nos mains nues, les jalons de sa liquidation, dix ans plus tard, avec la première alternance démocratique au Sénégal.

Oui, Abdoulaye fut de tous ces combats sans concession, pour qu’enfin survienne une vraie république, qu’enfin le peuple recouvre sa souveraineté trop longtemps confisquée ou usurpée. L’an 2OOO fut une lueur d’espoir pour notre génération qui pensait que la démocratie intégrale était enfin survenue. Hélas très vite, nous vîmes une gangrène infecter, comme des virus mortels, la quasi-totalité des rouages de notre société, dévoyant nos rêves et nos espoirs… Un autre combat s’imposa : se remettre à l’ouvrage avec de nouvelles générations, pour réinstaller en 2O12, un autre espoir, une autre alternance, que nous espérons, cette fois-ci, voir s’ériger en un authentique instrument de redistribution collective et inclusive, en lieu et place d’une petite cour vorace et avide d’enrichissent illicite tgv. Ne baissons surtout pas la garde, afin d’éviter d’autres hold up, d’autres usurpations, d’autres déceptions. Soyons des sentinelles vigilantes de la république, pour une gouvernance véritablement démocratique et de rupture, apte à assurer la bonne gestion des maigres ressources de notre pays.
En célébrant la mémoire de notre camarade Abdoulaye Diouf, loin de nous l’idée de jouer aux anciens combattants nostalgiques, incapables de quitter des yeux le rétroviseur de leur passé, récent ou ancien. Au contraire, nous voulons faire le mix-générationnel, en ouvrant des corridors entre les combats d’hier portés par des générations d’hommes et de femmes qui refusent d’oublier, et celles d’aujourd’hui qui, avec leurs nouveaux moyens technologiques : internet, facebook et autres moyens modernes de lutte et de communication, scrutent obstinément l’horizon de leur futur. Car, hier comme aujourd’hui, le rêve reste un puissant moteur de vie, et de survie. Non, les utopies ne sont pas comme le croient les défaitistes, les rêves impossibles de toutes les jeunesses, mais plutôt ce que, avec l’autre, nous appellerons la sève nourricière qui donne du sens à tous les combats par lesquels l’humanité est passée pour évoluer, progresser, s’améliorer, s’affirmer. Depuis toujours, les hommes n’ont fait qu’abattre les obstacles qui se dressent sur le chemin de leur épanouissement. Chaque génération, à sa manière et avec ses moyens, cherche à abattre les obstacles qui obstruent les voies qui mènent à la réalisation de ses utopies.
Le souvenir du combat d’Abdoulaye et de sa génération doit être revisité par la nouvelle génération, nos jeunes frères et sœurs qui doivent garder haut le flambeau de ces luttes des années de braises, en restant les sentinelles vigilantes, critiques et vertueuses de leur époque. S’ouvrir de nouveaux horizons, relever de nouveaux défis, garder le cap, avec les moyens de leur époque. Comme disait un grand poète de chez nous, les morts ne sont pas morts. Comme Abdoulaye, ils sont dans nos cœurs qu’irrigue le sang de nos rêves, de nos espoirs, d’hier et d’aujourd’hui. Ils sont dans nos mémoires qui refusent l’oubli. Ils sont dans les rêves d’aujourd’hui d’une jeunesse qui récuse la fatalité. Tel est le vœu que nous formulons, le débat que nous voulons ouvrir, rouvrir et mener avec les anciens, les jeunes, et nous comme passerelle entre les deux générations.
SALUT CAMARADE ABDOULAYE ! REPOSE EN PAIX ! LA LUTTE CONTINUE ! MERCI D’AVOIR ETE DE CEUX QUI EN ONT TRACE LA VOIE !

Mamadou Oumar Bocoum Inspecteur du trésor , Percepteur de Principal de Dakar.






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