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La Santé scolaire à l’agonie

La santé est de plus en plus en souffrance dans le milieu scolaire. Le manque de moyens humains, matériels et financiers entrave le bon fonctionnement des Inspections médicales des écoles (I.M.E). A Dakar, ils sont seulement douze médecins pour une communauté scolaire de plus 600 mille élèves.


Rédigé par leral.net le Mercredi 23 Mai 2012 à 17:43 | | 0 commentaire(s)|

La Santé scolaire à l’agonie
Il est 10 heures à l’Inspection médicale scolaire nichée au carrefour du lycée Kennedy. Au début d’une rue qui bouge et gronde, des élèves arrivent au compte-goutte et s’interpellent amicalement devant un portail difficile d’accès en raison des travaux sur la voirie. A l’intérieur, il fait bon et l’affluence est déjà grande en cette matinée de Mai. Les arbres tout autour de l’édifice offrent une température agréable bien qu’ils en dissimulent les contours de style colonial parsemés de coquillages. Comme les activités qui s’y déroulent, ce grand bâtiment passe presque inaperçu.

Quelques pas dans l’enceinte de la structure et le regard du visiteur est vite saisi par ce fauteuil dentaire hors d’usage qui annonce l’état de précarité et de dégradation de la structure. Murs agressés et délavés par le temps, bureaux sombres, mobilier vétuste, matériel inadapté, personnel insuffisant…Un véritable patrimoine en sursis !

Ici, rien ou presque ne semble avoir bougé dans un décor qui a accueilli tant de générations. « Tous les élèves sont passés ici et les autorités devraient s’en souvenir car c’est un centre important qui gagnerait en reconsidération », interpelle Agnès Malou, une infirmière. Avec Mme Diop sa collègue, elles procèdent quotidiennement au remplissage de fiches médicales en fonction des réponses aux questions sur leurs antécédents médicaux, à la consultation des élèves, etc. A la sortie de cette pièce exigüe où sont empilées des milliers de fiches médicales, des garçons et filles dont les visages trahissent une certaine angoisse attendent fébrilement dans une salle spacieuse où persiste une forte odeur d’éther. L’atmosphère de familiarité et de douceur dans cette salle, avait définitivement fini par faire oublier la charge de travail. Du cabinet dentaire au service de soins médicaux en passant par le laboratoire d’analyse, il n’y a point de répit dans ces lieux. Tous les jours, l’inspection médicale scolaire, reçoit en moyenne une centaine d’élèves. Pour la plupart d’entre eux, ils sont là soit pour passer la visite médicale exigée par leur établissement, soit pour se procurer des certificats d’inaptitude à l’éducation physique ou alors pour recevoir des soins.

Cependant, face à l’effectif insuffisant de seulement 12 médecins contractuels, il va de soi que maintes contraintes et difficultés feront obstacle à la prise en charge correcte des élèves. Même si les médecins s’activent tant bien que mal à la consultation, aux conseils et à la prise en charge dans certains cas, l’absence des moyens ne permet pas de rêver. « A un moment donné, il n’y avait même plus de recrutement de personnel. Nous n’avions plus de médecin pour un centre aussi important. Actuellement nous disposons de 12 médecins recrutés par le comité de gestion et nous essayons de faire bouger les choses », rappelle le Dr Aliou Dia, médecin-chef de l’I.M.E de Dakar avant d’ajouter : « il faut qu’on décentralise et que les différentes communes nous aident pour qu’il y ait des centres à Rufisque, Guédiawaye, Pikine…Pour le moment c’est l’école élémentaire qui est notre priorité avec plus de 300 mille élèves ».

Un environnement défavorable à la santé

L’école sénégalaise ne semble pas offrir les meilleures prédispositions à une bonne promotion de la santé. Non seulement le contexte d’hygiène est de loin déplorable mais, la promiscuité règne aussi dans la majorité des structures scolaires. Du coup, le délabrement des infrastructures d’hygiène (latrines, source d’eau potable, tables-bancs…) favorise facilement le péril fécal, la transmission de certaines maladies contagieuses comme la tuberculose, la fièvre typhoïde, les diarrhées infectieuses, la grippe etc. Surtout qu’en dehors de l’espace scolaire, les maladies des enfants sont rarement dépistées et traitées à temps.

De plus, la vente à l’école d’aliments dont la qualité n’est pas contrôlée et l’absence d’une stratégie efficace d’éducation sanitaire en milieu scolaire n’offrent pas à l’élève un environnement favorable et les outils adéquats pour acquérir le savoir-faire et le savoir-être même si une stratégie de prévention est développée en direction des vendeurs. « Nous faisons également la consultation pour toutes les vendeuses au niveau des écoles et nous faisons avec elles des causeries pour les sensibiliser sur les aliments interdits et sur les règles d’hygiène », renseigne l’infirmière Agnès Malou.

Des pathologies en constante progression

Sans équipement adéquat et avec seulement un budget annuel de 9 millions FCFA, l’IME dakaroise ne peut plus assurer correctement ses missions de prévention et de prise en charge. D’ailleurs, la prise en charge semble avoir définitivement pris le pas sur les missions de prévention et l’éducation à la santé.

Plusieurs pathologies assez sérieuses ont été diagnostiquées lors de visites médicales scolaires en 2008. Caries dentaires, asthme, affections oculaires, anémies, dermatoses, maladies cardiovasculaires reviennent le plus souvent. Avec 3785 cas, les affections bucco-dentaires constituent la première pathologie chez les élèves. Ensuite viennent les affections oculaires avec1342 cas, l’asthme (918), les affections Orl (421), la drépanocytose (203), les dermatoses (185), affections cardiovasculaires (76). D’autres pathologies telles que la tuberculose, l’épilepsie, les affections pulmonaires, les IST…ont également été dépistées lors de ces visites (voir encadré). « Ces statistiques sont très importantes pour qu’on oriente les activités et les mesures de prévention et d’éducation à la santé. Un module est préparé pour la formation des enseignants », rappelle le Dr Dia.

D’après ce spécialiste, la résolution des problèmes de santé à l’école passe nécessairement par la mise en place de programmes viables de prévention et par une grande implication de tous les secteurs concernés- surtout du ministère de la Santé- afin d’établir une stratégie globale de promotion de la santé à l’école.

Le volet curatif au détriment de la prévention

Il est bien loin le temps où la santé à l’école était une réalité. Le Service médical scolaire du Sénégal a été créé en 1942. Il couvrait à cette époque toute l’Afrique Occidentale Française.Les missions tournaient alors autour de la prévention, des visites régulières de dépistage dans les écoles, l’orientation des cas dépistés vers les services spécialisés des hôpitaux, des contrôles sportifs, des campagnes de vaccination. Jusqu’en 1970, il n’existait que 5 Inspections Médicales des Écoles (IME) pour 10 régions.

Entre 1970 et 1990, ces structures ont connu une dégradation notoire. Sacrifié sur l’autel des Programmes d’ajustements structurels (P.A.S), le centre a également ressenti les drastiques coupes budgétaires appliquées au secteur de la santé. Entre temps, la croissance démographique et l’explosion de certaines maladies sont passées par là, rendant de plus en plus difficiles, les interventions en milieu scolaire. Pour preuve, la médecine scolaire qui a initialement une vocation préventive s’oriente essentiellement aujourd’hui, vers le volet curatif. Obligés de prendre les élèves malades, l’I.M.E de Dakar ressemble plus à un dispensaire.

Il faut noter cependant, que la santé scolaire dépend exclusivement du ministère de l’Éducation Nationale qui a créé des IME au niveau de chaque région. Eu égard aux nombreux problèmes financiers, des comités de gestion ont été mis en place pour doter les I.M.E de moyens additionnels. La mise en place de tels organes et la participation financière de chaque élève (entre 200 et 500 FCFA selon les régions et les classes), ont fortement contribué à la promotion de la santé. A Dakar par exemple, cela a permis en quelques années, de réaliser des dépistages et autres activités de prévention ainsi que de recruter une dizaine de médecins vacataires.

Toutefois, les besoins en santé scolaire sont aujourd’hui, de plus en plus énormes alors que les efforts ne suivent toujours pas. Outre les campagnes de dépistage volontaire du VIH dont tous les tests ont été négatifs, des services de sensibilisation sur les (Infections sexuellement transmissibles (IST) et sur la Santé de la reproduction sont régulièrement organisés à l’IME. De même, dans une optique d’élargissement de leurs activités, les responsables de l’I.M.E de Dakar attendent incessamment un appui financier pour ouvrir l’unité de soins ophtalmologiques.

Pathologies les plus courantes dans les écoles
- Affection buco – dentaire : 2332 consultations et 1947 extractions dentaires
- Paludisme : 16%
- IRA (asthme, bronchite) :12%
- Anémie : 10%
- Affection oculaire : 10%
- Traumatisme : 7%
- Affection de la peau : 6%
- Affection ORL : 5,5%
- Parasite : 5%
- Autres : affection cardiovasculaire, mal de tête, dysménorrhée

Papa Adama TOURE






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