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La justice interdit le spectacle de Dieudonné

Rédigé par ( Les News ) le 9 Janvier 2014 à 23:20 | Lu 376 fois

  VIDÉO - Désavouant les juges de Nantes, le Conseil d'État a estimé que les risques de troubles à l'ordre public justifiaient cette mesure.PUBLICITÉLa PhytothérapieDossier FigaroPartnerDécouvrez le dossier1/5NantesLe Conseil d'État a tranché. L'interdiction du spectacle deDieudonné  à Nantes, jeudi soir, signifiée par le préfet de région Pays de la Loire, à l'instigation du ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, est légale, selon la juridiction, notamment en raison d'un risque de trouble à l'ordre public. Cette décision de la plus haute juridiction devrait donner le la pour l'ensemble des procédures visant les autres représentations du polémiste et remet en cause l'ensemble de sa tournée ; même si ses avocats se refusaient jeudi soir à ce constat.«La République a gagné! (…) elle ne peut pas tolérer la haine de l'autre, le racisme, l'antisémitisme, le négationnisme», s'est réjoui, jeudi soir à Brest, le ministre de l'Intérieur. «À chacun de prendre acte de cette décision, qui confirme la force de nos institutions démocratiques et notre capacité à protéger la liberté d'expression de ses dévoiements», a aussitôt renchéri Jean-Marc Ayrault.L'après-midi, pourtant, Dieudonné et ses supporteurs croyaient bien avoir obtenu gain de cause. «L'exécution de l'arrêté du 7 janvier 2014 du préfet de la Loire-Atlantique portant interdiction du spectacle Le Mur le 9 janvier 2014 à Saint-Herblain est suspendue», avait, en effet, décidé le juge administratif de première instance à Nantes qui statuait en référé sur le premier spectacle de la tournée.Aussitôt Dieudonné M'bala M'bala avait réagi, dans son style bien particulier. «Manu la sens-tu? Merci pour votre soutien!!! À ce soir au Zénith!! La tournée Le Mur commence!!!», avait-il écrit sur son compte Twitter, narguant le ministre de l'Intérieur.Mais la première décision rendue, le ministre de l'Intérieur Manuel Valls annonçait qu'il saisissait «immédiatement» le Conseil d'État en appel. Et l'on apprenait que cette juridiction, qui a, en principe, 48 heures pour trancher, devait se réunir le jour même, pour qu'une audience ait lieu dès 17 heures, avant le spectacle du soir. Et alors que près de 6000 personnes allaient converger avant 20h30, au Zénith de Saint-Herblain, en périphérie de la capitale des ducs de Bretagne. «C'est de l'acharnement. C'est parfaitement anormal», a tout de suite réagi Me Jacques Verdier, le conseil de l'humoriste.«C'est de l'acharnement. C'est parfaitement anormal»Me Jacques Verdier, avocat de DieudonnéLors de cette journée folle du jeudi 9 janvier 2014, toutes les incertitudes ont pesé autour du spectacle. En début d'après-midi, à peine la décision du tribunal administratif était-elle annoncée que les associations de lutte contre le racisme et l'antisémitisme appelaient à manifester.Le camp Dieudonné n'avait, il faut dire, pas caché sa joie. «Le juge, garant des libertés, a protégé la liberté d'expression», s'est d'abord félicité le conseil du polémiste, devant une nuée de caméras et de micros, croyant voir l'horizon s'éclaircir.Manuel Valls était monté au créneau pour adresser, lundi dernier, une circulaire aux préfets, les encourageant à interdire au polémiste de se produire. Parmi les arguments mis en avant, le fait que le spectacle au cours duquel Dieudonné tient des propos antisémites porterait atteinte à la dignité des personnes. Or dans un communiqué, le tribunal administratif de Nantes a indiqué jeudi en début d'après-midi que «le spectacle ne peut être regardé comme ayant pour objet essentiel de porter atteinte à la dignité humaine». Un camouflet pour Beauvau qui avait envoyé à l'audience, pour défendre la position de Manuel Valls, la sous-directrice des affaires juridiques et du contentieux du ministère de l'Intérieur.«Une crispation»Durant une bonne heure, Pascale Léglise avait voulu démontrer que Dieudonné «n'est pas un humoriste. Ses propos ne sont pas de l'ordre de l'humour», avait-elle indiqué avant de citer quelques-unes de ses phrases. Ainsi, à propos de l'ancien grand rabbin de France, s'était-il demandé: «Je dois lui mettre une cartouche?» Plusieurs fois condamné, Dieudonné n'a pas tenu compte de ces sanctions, a souligné Pascale Léglise. «Il est dans la surenchère», a-t-elle indiqué. Il fallait donc, selon cette juriste, agir autrement: prévenir les dérapages en prohibant les spectacles.De son côté, Me Jacques Verdier s'était efforcé au contraire de convaincre que son client se situait toujours dans le registre de la farce. Mais que, extraites du spectacle, ses phrases seraient comme une épée sortie du fourreau. «Et quand elles sont prononcées par le ministre de l'Intérieur, elles font encore moins rire», a-t-il lancé «Dieudonné s'est toujours défendu d'accusations antisémites», a tenu à rappeler l'avocat. Ces arguments n'auront tenu que quelques heures, puisque dans la même journée, le tribunal administratif de Nantes les a retenus, puis le Conseil d'État rejetés… «Mais il y a aujourd'hui une crispation au plus haut niveau de l'État», reconnaissait dès le matin l'avocat. Une crispation qui a valu jeudi à la défense de Dieudonné d'assurer une sorte de marathon judiciaire, menant ses avocats de Nantes à Orléans, où d'autres magistrats administratifs étaient saisis de deux autres requêtes visant l'interdiction du spectacle prévu vendredi soir à Tours, puis enfin à Paris, où les attendait la défaite judiciaire. Une défaite qui pourrait ne pas empêcher Dieudonné de faire entendre sa voix. En début de soirée, jeudi, toujours reclus dans le Zénith de Nantes, le polémiste a promis à ses fans une vidéo sur YouTube dès le lendemain. Via Facebook où il possède 513.571 «amis»…Une procédure d'urgence devant le Conseil d'ÉtatMoins de trois heures après la décision rendue à Nantes et à 380 kilomètres de distance, le Conseil d'État s'est saisi jeudi de l'affaire Dieudonné. Une procédure exceptionnelle? Le «référé liberté» est une «procédure courante» devant la haute juridiction administrative qui répond à la nécessité de protéger une liberté fondamentale et à l'urgence absolue. C'est la section du contentieux qui est compétente et a 48 heures pour statuer. Son président, Bernard Stirn, a pris l'affaire. Une audience «aussi rapide» étonnait cependant plusieurs avocats familiers de la juridiction.«Il ne faut y voir aucune interférence politique», assurent cependant des membres du Conseil d'État ayant des affinités à droite comme à gauche. Plusieurs centaines de référés sont examinés chaque année. Souvent des recours d'étrangers en situation irrégulière contre leur reconduite à la frontière. Mais aussi des affaires plus proches du cas Dieudonné, telle cette décision prise in extremis par un maire de refuser une salle municipale à un meeting du Front national.