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La télévision au Sénégal : Pire forme d’exploitation des enfants, monstre pédagogique

Pendant presqu’un demi siècle, la science à idéalisé la vie sur terre par l’invention de ce formidable miracle à image : la télévision. De Paul Nipkov à John Logie Baird, la télévision s’est frayé une place dans l’esprit et le cœur de tous les peuples. En contribuant à l’émancipation des groupes isolés ou rejetés, à la découverte des contrées oubliées, à l’affranchissement des minorités bâillonnées, bref au bonheur de tous , le petit écran a propulsé l’humanité entière dans une révolution technologique aux avantages sociaux, économiques, éducatifs incommensurables.


Rédigé par leral.net le Lundi 10 Août 2015 à 22:16 | | 14 commentaire(s)|

Au Sénégal de même l’avènement de la télévision a émerveillé plus d’un aussi bien dans sa mission première d’information et d’éducation mais aussi dans ses différentes rubriques consacrées au divertissement. Même si l’idéal de pluralité tant exigé par ses adeptes d’alors n’était pas au rendez-vous, il n’en demeure pas moins que les téléspectateurs se délectaient toujours des émissions télévisées regardées en famille pour assouvir leur désir d’éducation, d’information ou de formation dans tous les domaines.

Malheureusement, voilà quelques décennies que la télé est apparenté à un monstre médiatique par toutes les consciences averties, particulièrement au Sénégal. De l’avènement de la première télé privée WALF TV à la création de ces nouvelles chaines de sensation dites « urbaines », « culturelles »…etc. qui vivent de slogans et de devises, nous sommes la proie unique de lobbies médiatiques, journalistiques, folkloriques savamment institutionnalisés pour sacrifier nos familles. Il faut oser le dire : la recherche effrénée d’argent, seul mobile de nos responsables de télé, la carence professionnelle dont font montrent quotidiennement leurs employés est la cause évidente de tant de dérives notées presque partout. Entre déferlement de spots publicitaires truffés d’insanités, scènes de pitreries rocambolesques, plateaux commandités et vendu à prix d’or, déclarations déloyales et de mauvaise foi, surenchère dans la promotion des séries licencieuses conçues sous le dogme de la drague, de l’argent et du sexe…etc. les chaines Sénégalaises sont en train d’assassiner notre sens d’humain et d’anéantir le fabuleux projet de construction d’une société de valeurs.

Quand « DAKAR NE DORT PAS » et se propose de descendre en scène avec ses « PETIT GALLE », elle accepte alors de les immoler à l’autel de la perversion à haute définition HD. Au-delà même de la dislocation et de la désintégration du tissu social de base, de la dépravation des mœurs, de la promotion des antivaleurs et de l’ignorance, du détournement des consciences mineures, de l’agression des âmes faibles, du délaissement de l’idéal éducatif, la télé constitue au Sénégal aujourd’hui, un véritable danger pour tous les parents et sert d’outil d’hypnotisation des consciences citoyennes.

En effet, si la diffusion d’une émission telle que « SEN PETIT GALLE » laisse indifférent toutes les autorités administratives et religieuses, alors, l’on se demande à quand l’EMERGENCE d’un peuple dont tous les comportements, us, pensées et politiques sont inculqués par le canal des médias. « SEN PETIT GALLE » qui se veut promotrice des génies chanteurs et danseur en herbe, est la PIRE FORME D’EXPLOITATION DES ENFANTS qu’on ne connaisse au SENEGAL. Depuis son lancement il ya deux ans, elle n’a cessé de susciter un engouement réel chez le jeune publique ignorant des mobiles commerciaux qui la sous-tendent et de l’enjeu financier qui garantie sa popularité, au profit de lobbies bien connus.

Une analyse plus profonde de l’émission sous l’angle pédagogique, nous a permis de voir que les candidats à ces genre de compétitions, tous des mineurs, sont mis dans des situations psychologiques et sociologiques que même les adultes souffriraient à confronter. La logique de compétition où il faut surveiller l’autre et essayer de le dompter, le stress permanent ressenti dans les préparations des prestations, le désir de popularité précoce exigeant la création de réseaux de souteneurs et de fans à entretenir d’une façon ou d’une autre, forcent chez les enfants des comportements cognitifs contradictoires aux principes fondamentaux de leur éducation. Certains parmi eux qui comptent faire carrière dans la musique, iront même jusqu’à se droguer pour surmonter de telles épreuves.

En sus de cela, il ne faut pas perdre de vue le contenu bidon, dépourvu de valeurs éducatives, des chansons à répéter et à interpréter. S’ils se ne sont pas des romances perverses, c’est des rengaines futiles dédiées et personnalisées, dénudées de tout sens. En outre, même si les organisateurs, conscients de leur délit, essayent de le masquer en inscrivant les résultats scolaires dans leurs critères de sélection, ils buttent sur un autre crime : celui du dévoiement des performances scolaires des apprenants vers des velléités ludiques et libertins ; car, on le sait bien, la meilleure et seule façon d’entretenir les performances scolaires d’un jeune apprenant, c’est la répétition continue de ses activités d’apprentissage et l’exercice constant d’évaluation pour confirmer une progression stable vers la perfection.

Ce n’est jamais par une rude compétition de danse ou de chanson que l’on puisse aider un élève sensé apprendre la science, les langues, l’histoire et la géographie… Plus grave encore, nos génies en herbe, piégés par la malveillance de parents aveuglés par « le désir d’une ascension sociale fulgurante » pour leurs enfants et le complot de toute une entreprise, peuvent adopter des attitudes de condescendance vis-à-vis de leurs camarades. Du fait du privilège qui leur est offert de savourer très tôt les délices du showbiz, ils peuvent s’ériger en véritables stars au sein même de leur famille et de se considérer meilleur parce que plus populaires, plus enviés et plus respectés.

Nous le voyons bien : il faut peu d’imagination pour représenter le pandémonium qui guette nos enfants ; il suffit alors de prolonger en pointillé les dérives de SEN PETIT GALLE et de la télé qui la diffuse. Pourtant c’est cette même télé qui se veut être « miroir du SENEGAL » malgré ses extravagances passibles de censure, qui nous a valu tant de soutien, de temps perdu devant des discours propagandistes pour son autorisation d’ouverture.

Toutefois, devant ce spectacle de désolation, cette déception face aux différentes productions télévisées, il faut d’avantage d’imagination pour définir et réaliser les conditions d’éducation, de développement et de survie, notre société. Qui fera cet effort d’imagination ? Qui répondra à la question de notre bonne formation par une télé loyale et consciencieuse des urgences actuelles ? Les Politiques ? Ils auraient besoin d’idées nouvelles de programmes audacieux ; ils n’ont que des partis, des militants à protéger et à entretenir. Les religions ? Elles auraient besoin d’une foi vivante qui devienne un ferment et non un « opium » ; elles auraient besoin de visionnaires ; elles n’ont que des prédicateurs.

Les journalistes ? Ils auraient besoin d’une sagesse, d’une réflexion sur les fins ; ils s’enlacent encore aux squelettes de la LIBERTE DE PRESSE, de la DEPENALISATION DU DELIT DE PRESSE et de l’adoption d’un certain CODE. Les enseignants ? Ils s’arc-boutent toujours à des revendications de subsistance non encore satisfaites ; ils auraient besoin de plus de crédit, de considération sociale. Les citoyens, chacun pris individuellement ? Absolument. Dans notre histoire récente, nous avons déjà éprouvé ces mêmes angoisses et convulsions mais, l’engagement citoyen s’est avéré efficace pour infléchir le cours des choses et imposer les changements exigés.

En tout état et causes, si nous continuons à laisser nos chaines de télévision achever leur grand projet de désacralisation de nos mœurs, d’hypnotisation des consciences citoyennes et de promotion de l’ignorance, nous sommes en passe d’assassiner nos enfants et nos petits enfants qui ne sauront que « DINAMA NEEX » pour répondre à la question « NAKALA ».

MODOU GUEYE
Professeur d’Anglais au Lycée de Keur Madiabel,
E-mail : mgkm.ucad@gmail.com






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