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Le Joola : Retour sur la pire catastrophe de la marine civile

Le Joola a chaviré le 26 septembre 2002. Cela fait 10 ans. Une décennie de douleur pour les familles des victimes mais également une décennie de questionnements sur les raisons et les responsables de la pire catastrophe de l’histoire de la marine civile.


Rédigé par leral.net le Dimanche 14 Octobre 2012 à 21:37 | | 0 commentaire(s)|

Le Joola : Retour sur la pire catastrophe de la marine civile
Le Joola, bateau sénégalais qui assurait la liaison marchande entre Ziguinchor, chef lieu de la Casamance (Sud) et Dakar, a chaviré un soir de tempête aux larges de la Gambie. Un naufrage qui a fait officiellement 1863 morts même si de nombreuses autres sources font état de plus de victimes. Seuls 64 rescapés furent recensés. Mais il y a un fait sur lequel tout le monde s’accorde : la mémoire collective sénégalaise est marquée par la douleur et l’horreur à la vue des corps sortis du cœur de l’océan atlantique pour être acheminés vers des conteneurs réfrigérés, devant les caméras du monde entier. Une catastrophe qui a changé l’image du Sénégal en ce début de deuxième millénaire.

En effet si officiellement la tempête est la cause du chavirement du Joola, le bateau n’était pas aux normes, les règles de sécurité n’étaient pas toutes respectées sans compter l’excès de passagers et de marchandises. Une série de manquements qui y ont largement été à l’origine de la catastrophe, mettant en lumière des responsabilités au plus haut point.

Une catastrophe, plusieurs manquements

Les témoignages concordent à dire qu’il y avait plus de 2500 voire 3000 passagers au départ de Ziguinchor avant d’aborder les côtes gambiennes, pays enclavé dans le Sénégal.

La surcharge de passagers n’était pas la seule cause de la plus grande catastrophe de la marine civile. « C’est pire que le Titanic » rappelle t-on souvent comme s’il fallait mettre plus de poids sur une catastrophe déjà lourde de conséquences. Contrairement à l’image valeureuse laissée à la postérité cinématographique par le commandant du Titanic, Issa
Diarra, le capitaine du Joola fut accablé par les premiers éléments de l’enquête officielle.

Les enquêteurs déterminent la non concordance entre ses études dans une école militaire marocaine validées par un stage de 8 à 9 mois aux Etats-Unis et les compétences d’un diplômé de la Marine marchande. La justice sénégalaise le reconnaît comme l’entier responsable du naufrage. « Le commandant du bateau faisait parti des personnes disparues, l’action publique doit être considérée comme éteinte à son égard, ce qui, au vu de l’article 6 du Code de procédure pénale, conduit le ministère public à la décision de classement sans suite du dossier au plan pénal » peut on lire dans le jugement daté du 7 août 2003.

Le marathon judiciaire se poursuit

Le naufrage du Joola donna les signes avant-coureurs du désamour d’Abdoulaye Wade sur le plan national ainsi qu’international. L’image lisse de l’éternel opposant qui arrive au pouvoir par la voie démocratique était sérieusement écornée par le simulacre de justice indexant le seul capitaine. Arrivé au pouvoir en mars 2001, la catastrophe sonnait la fin de l’état de grâce dont Abdoulaye Wade bénéficiait avec le slogan « Le Sénégal qui gagne », puisé dans les victoires (finaliste de la Can au Mali en début d’année et quart de finaliste du mondial asiatique en mai et juin 2002) de l’équipe nationale de Football.

Avant le délibéré du procès de Dakar, une information judiciaire pour homicide involontaire et non assistance à personnes en péril avait été ouverte à Evry (en France) le 1er avril 2003. L’enquête déboucha sur un non lieu en 2011. Entre temps 9 mandats d’arrêts internationaux avaient été émis par la justice française, saisie par des victimes françaises. Parmi les personnalités visées l’ex-Premier ministre sénégalais Mme Mame Madior Boye et l’ancien ministre des forces armées Youba Sambou. La cour de cassation finit par annuler ces deux mandats d’arrêts.

La même cour de cassation doit étudier le 6 novembre prochain le pourvoi des six autres personnalités sénégalaises puis que entre temps le septième, Gomis Diédhiou, en transit à Paris, a été arrêtée en octobre 2010, mis en examen, libéré puis placé sous contrôle judiciaire par la justice française.

Le marathon judiciaire continu en France alors qu’au Sénégal il n’y a pas de mémorial pour les victimes encore moins le renflouage du Joola dont l’épave croupit encore dans les eaux gambiennes.

Moussa DIOP






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