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Oustaz Fatou Binetou Diop, islamologue : « J’ai commencé à prêcher, alors que je n’avais même pas 15 ans »

Elle est la femme islamologue la plus en vue parmi ses consœurs. Très sollicitée pendant ce mois de ramadan, Oustaz Fatou Binetou Diop court entre les conférences religieuses et les émissions de télévision. Ses prêches sont très suivies, mais beaucoup de ses admirateurs ignorent les autres facettes de sa personnalité. Ce qu’elle révèle dans cet entretien.


Rédigé par leral.net le Lundi 6 Août 2012 à 17:58 | | 2 commentaire(s)|

Oustaz Fatou Binetou Diop, islamologue : « J’ai commencé à prêcher, alors que je n’avais même pas 15 ans »
Présentez vous au « Pays » !



Je rends grâce à Dieu et prie sur son Prophète (PSL). Je suis une native de la ville sainte de Tivaouane. Mon père était un transporteur et neveu de Serigne Babacar Sy qui lui a demandé de venir s’installer à Tivaouane. Mais j’ai grandi à Thiès car c’est ma grand-mère qui m’a élevée. J’ai tôt reçu une éducation religieuse car il y avait une daara (école coranique) dans la maison. Alors, quand j’avais 7 ans, l’âge d’aller à l’école, ma grand-mère a refusé que j’y aille, je suis restée dans la daara pour apprendre le Coran.



Comment s’est passé votre cursus scolaire ?



Après avoir maitrisé le Coran dans la daara «familiale, j’ai appris aussi d’autres livres saints de la science islamique et ésotérique comme « lakhdariyou ». Après, j’ai fréquenté les écoles franco-arabes de Thiès, dirigées par la fédération des associations islamiques. Je suis passée par beaucoup de grands maitres qu’on connaissait bien à l’époque. J’étais quand même très brillante à l’école. J’ai eu mon certificat d’étude et mon BFEM arabe à Thiès. C’est par la suite que j’ai intégré la Jamatou Ibadou Rahman qui venait d’être créée en 1977. C’est là où j’ai obtenu mon Bac arabe à Thiès. Après, j’ai intégré l’Ecole de Formation des Instituteurs (EFI). C'est alors que j’ai commencé à enseigner en 1982. J’ai été affectée à l’école Camp Faidherbe de Thiès. J’étais certainement la plus jeune des instituteurs car je n’avais que 17ans. J’avais même des élèves de mon âge. Il m’arrivait de déserter même la classe et d'aller jouer à la corde avec les élèves. Par la suite, j'ai été affectée à Dakar, à l’école Cerf-volant parce que je voulais poursuivre mes études. Alors, je me suis inscrite à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, au département d'Arabe et je perfectionnais aussi mon français à l’EFI. Mais, le mariage a un peu brisé mon élan.



Depuis quand avez-vous commencé à faire des prêches ?



Mais, j’étais déjà membre de dahira. Je fais partie des membres fondateurs du Dahira Moustarchidine de Moustapha SY et de l’Union culturelle musulmane et de Jamatou Ibadou Rahmane. Dans toutes ces associations religieuses, j’ai reçu une bonne formation en communication. On nous formait à l’animation de causeries religieuses, je faisais parfois le tour des marchés pour prêcher la parole divine, ou même dans les trains. Quelquefois même, il suffisait qu’on voit un groupe de personnes pour les sermonner et leur rappeler les recommandations divines. Quand je faisais cela, je n’avais même pas quinze ans, c’est une formation solide en prêche que j’ai reçue ainsi.



Vous avez aussi beaucoup milité dans les associations de femmes, parlez-nous un peu de cela !



Effectivement, j’ai enseigné de 1982 à 1996. C’est une directrice d’école qui s’appelle Mame Younouss Mbacké, une de mes directrices d’école et qui militait dans les mouvements de femmes qui m’a intégrée dans ce créneau. Un jour, je me souviens, elle devait prendre part à une conférence sur la planification familiale et elle m’a proposé de l’accompagner car elle était persuadée qu’avec mon talent de communicatrice, je pouvais beaucoup apporter dans ces associations de femmes. J’ai alors commencé à militer dans ces associations. J’intègre alors le comité consultatif de la femme du ministère de la Femme. Je faisais partie de l’organisation de la quinzaine nationale de la femme, c’était du temps du ministre Ndioro Ndiaye. J’ai beaucoup travaillé avec elle car elle m’avait remarquée dans une conférence, c’était sur la planification familiale à la Bourse du Travail. C’est de là qu’elle m’a cooptée et j’ai travaillé au ministère. Là, je me suis vraiment lancée sur les questions liées au statut de la Femme. Les expériences accumulées m’ont aussi permis de créer une GIE nommé «Safa Wal Marwa » qui regroupait les femmes de mon quartier. Je les aidais à trouver des financements au ministère de la Femme. Par la suite aussi, j’ai collaboré avec le ministère des Finances, qui nous ont permis de mettre en place le réseau Islam et population, El Hadj Moustapha Gueye et Moustapha SY y était aussi. Avec ce réseau, j’ai commencé à animer des émissions radios et des conférences publiques, même en dehors du pays, grâce à notre partenaire, le Fnuap. Et puisque j’étais la seule femme dans le réseau Islam et population, c’est moi qui animais toutes les questions liées aux femmes. Ainsi, j’ai pris l’habitude d’animer des conférences internationales dans de grandes instances. C’est dans ce réseau que j’ai vraiment eu une ouverture dans les pays arabes. J’ai fait de nombreux voyages d’études en Egypte, en Turquie et au Maroc. Cela m’a permis de renforcer mes connaissances.



Est-ce pourquoi d’aucuns vous taxent même de féministe ?



C’est vrai, moi je défends les femmes, on me fait la remarque même dans mes prêches. C’est peut être lié à mon éducation et à ma conviction que les femmes ont une place importante dans la société. Et elles doivent l'assumer. C’est ainsi qu’on m’a éduquée. On m’a très tôt inculqué les bonnes valeurs et je ne connais que le travail pour ne dépendre de personne. J’ai commencé à travailler avant l’âge de vingt ans en intégrant la Fonction publique. Je me suis aussi lancée dans le commerce et je profitais aussi de mes voyages. Mon militantisme dans les associations des femmes m’a permis de connaitre les réalités que vivent les femmes sénégalaises. Je fréquentais aussi les femmes qui étaient dans les mouvements féministes. C’est pourquoi quand j’entends les gens accuser ces féministes de détourner les mentalités de femmes, je dis non. Moi qui les connais, je sais que ce sont des femmes de valeur qui ne se soucient que de la promotion du statut de la Femme. On les taxe de tout mais je sais que ce sont des patriotes qui ont aidé beaucoup de femmes à sortir de la précarité et à avoir l’estime de soi. Mon adhésion aux associations de femmes a beaucoup participé à construire ma personnalité et aux activités que je mène actuellement. En plus, Dieu est le premier à avoir honoré la femme et à lui redonner tous ses droits dans le Coran. Ce n’est pas que je défends les femmes mais je veux qu’elles sachent la valeur qu’elles ont et ce qu’elles représentent dans la société.



Et quand vous entendez des prêcheurs dire « qu’une femme doit se soumettre à son mari qui l’amène au paradis ». Quelle est votre réaction ?



Mais non, ça c’est des histoires! Aucun être ne peut amener son prochain au paradis. Ce sont tes propres bienfaits qui vous amènent au paradis et ça je pense que toutes les femmes l’ont compris. Supposons que vous soyez un mari qui ne respecte pas les recommandations divines; lui, sont paradis n’est pas même pas garanti et on veut qu’il t’y amène! Les femmes doivent apprendre leur religion et la pratiquer, mais elles doivent aussi respecter leurs maris, s’ils leur conseillent des choses qui vont à l’encontre de la religion, elles peuvent refuser.



Vous semblez avoir de l’assurance dans ce que vous faites !



C’est vrai, car beaucoup de gens ont influé dans mon éducation et ma carrière. Je peux citer le Professeur Rawane Mbaye et Oustaz Barkhame Diop. Je peux dire que ce sont eux qui m’ont appris à animer des conférences. Des fois, je prépare un sermon. Quand je leur montre, ils déchirent tout et me demandent d’aller retravailler cela. Dieu a aussi fait que je croise un mari qui aimait beaucoup que je me perfectionne. Il a même regretté que je ne sois restée à l’université jusqu'à ma licence en Arabe. Et puis j’avais des modèles qui m’encadraient, des gens respectables qui ne savaient que travailler dignement et se battre dans la vie. Ils me disaient toujours que je devais être correcte, toujours bien habillée.



Chaque année vous partez à la Mecque, vous êtes une missionnaire ?



Je suis voyagiste et j’amène des gens à la Mecque. Je fais du commerce aussi. Lors d’un pèlerinage à la Mecque, J'ai dit à Oustaz Rawane Mbaye que je voulais devenir comme Adja Dior Diop, ne pas me limiter à aller à la Mecque comme missionnaire, mais travailler là-bas. Alors il m’a mise en rapport avec Feu Serigne Moustapha Sall qui m’a aidée à acheter des marchandises que je vendais à Mouna. J’ai continué ainsi.



Plus qu’une Oustaz, vous êtes donc une grande femme d’affaires ?



Effectivement ! Vous savez, j’ai la conviction qu’une femme musulmane, tout en pratiquant sa religion, doit se battre pour gagner sa vie honnêtement. Et j’ai des modèles qui m’ont confortée dans cette thèse. Une de mes références, c’est Seydatouna Khadija, une des épouses du Prophète Mouhamed (PSL). En tant que femme du Prophète, elle avait choisi de tout abandonner et d’être femme au foyer et de consacrer tout son temps à son vénéré époux pour l’aider dans sa mission. Mais, en plus de ce personnage, j’ai ajouté un autre modèle, c’est Seydatouna Aïcha qui était une battante et n’acceptait pas tout le sort qu’on lui imposait. Par exemple quand on avait sali son honneur dans une histoire et que Dieu l’a blanchie, ses parents lui ont demandé de rendre grâce au Prophète. Elle a répondu que c’est à Dieu qu’elle doit tout cela et c’est à Lui qu'il faut rendre grâce.



Donc vous êtes une Oustaz révolutionnaire ?



Oh révolutionnaire, c’est trop dire, mais je sais que j’ai une forte personnalité et je n’accepte pas tout ce qu’on m’impose. Je refuse qu’on entre dans ma vie privée ou qu’on me sous estime en tant que femme. En plus, j’ai l’esprit d’une syndicaliste. Je milite dans le syndicat des enseignants et étudiants en langue arabe. Je suis membre du bureau confédéral en tant que première adjointe du Secrétaire général. Je porte ce titre depuis 1984 et, par respect pour l’âge de mon secrétaire général, je ne veux pas postuler à son poste. Et puis je n’ai aucune crainte et j’ai de l’assurance dans ce que je fais parce que je me base sur mes connaissances, bien que je ne sois pas un savant.



Donc vous ne nourrissez pas de complexe d’infériorité devant les hommes islamologues comme vous ?



Complexe d’infériorité, non jamais de la vie! Ni devant les oustaz, ni devant qui que ce soit. Je ne connais pas ce mot. Je vous raconte une anecdote, je suis partie en Egypte lors d’une grande rencontre internationale à l’université Al zhar. Je n’ai pas hésité à poser une question qui semblait déranger, et c’était devant de grandes personnalités de l’Islam. Lorsque j’ai posé ma question, mes confrères sénégalais se sont cachés sous les chaises car ils ne pensaient pas que je puisse oser, en tant que femme, une question que vous m’excuserez de ne pas répéter ici.




Que pensez-vous du « Soukarou Koor » que donnent les femmes en ce mois de ramadan ?



Je ne suis pas contre cela. C’est un cadeau que les femmes donnent au mois de ramadan. C'est juste pour raffermir les liens sociaux. Moi qui vous parle, je viens de donner « mon Soukarou kor » à ma belle famille, et même à mes coépouses. Ce n’est pas interdit mais c’est selon ses moyens. Mais je condamne une certaine façon exagérée de donner le «Soukarou kor », ça frise le gaspillage et le « voyez-moi ». Des femmes s’endettent même pour le donner, alors que ce n’est pas une obligation.

FAWADE WELLE

(Stagiaire)

Le Pays au Quotidien




1.Posté par CHERIF AIDARA le 07/08/2012 10:27 | Alerter
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2.Posté par fatou mbaye le 11/08/2013 17:11 (depuis mobile) | Alerter
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tata fatou bintou oukhibouki fi llahi

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