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SENATEURS : Ambitions bloquées dans l’ascenseur social

Rédigé le Samedi 1 Septembre 2012 à 21:40 | | 0 commentaire(s)

Presque harangué par une opinion publique frondeuse dans son amour impossible avec le Sénat, le Président Macky Sall, armé de sa tondeuse, redimensionne les envies de pouvoir ayant poussé sur la tête des ex-futurs sénateurs. Exit Tanor, Dias, Mbaye Ndiaye et Arona Coumba Ndoffène. Aussitôt, l’îlot de tranquillité qu’est le Conseil économique et social dirigé par Ousmane Masseck Ndiaye, devient le nouvel objet de convoitises. En plus de quelques postes de DG et PCA !



SENATEURS : Ambitions bloquées dans l’ascenseur social
La calculette est rangée dès l’annonce de l’élan du cœur en faveur des sinistrés des inondations. « Macky Sall supprime le Sénat »… Une institution mal aimée enterrée dans les marécages de l’hivernage ! L’euphorie fait oublier la procédure : le vote au Parlement ou la voie référendaire. La démocratie maintient un « si » (en cas de refus) pour laisser aux parlementaires le soin de dire « non ». Bien sûr, cela est un scénario improbable tant la volonté des « Sénateurs de Wade » peut être hypnotisée par la très forte demande nationale sur la suppression de cette chambre haute. La calculette à l’appui, le commun des Sénégalais pense à une réaffectation des fonds consacrés au la haute chambre du Parlement à la prise en charge de la demande sociale. Insuffisant, mais bon pour le moral, par la force du symbole !

L’autre calculette, celle-là qui est rangée dans son étui d’émoi silencieux, était entre les mains des futurs sénateurs. Ils ont vu passer voitures et voyages, sessions et carburant, trafic d’influence et standing social. L’ascenseur social ne les a jamais hissés à hauteur de la dignité des nouveaux bourgeois. Faute du « carburant » de la bénédiction présidentielle, cet ascenseur est en panne. Panne sèche dans les eaux boueuses de la furie que le ciel a lâchée sur Dakar, son béton et ses baraquements, ses crevasses et ses sarcophages lisses. Ceux qui ont lu « le Décret », livre du tonitruant Mbaye Gana Kébé, devinent le désarroi dans les ménages emplis, il y a quelques jours, de la douce rêverie de changer de statut. Vaine attente ! La signature de Macky Sall suffisait à changer la vie de 55 sénateurs. Les marques des vannes ouvertes ont englouti la nouvelle histoire de ces Sénégalais.

A LA BOURSE DES PRIVILÈGES…

L’arithmétique, en politique, est un exercice définissant la valeur en Bourse des Privilèges. La calculette des partis ! Le lavage, à grandes eaux, du dispositif parlementaire sénégalais produit 100 sinistrés. Socialement. Les élus locaux allaient indiquer, par vote, les 45 élus. Le Chef de l’Etat allait user de son pouvoir discrétionnaire pour en désigner 55 autres. Les quotas ont fonctionné. De grands partis comme le PS et l’AFP allaient avoir droit à 5 postes chacun sur le quota du Chef de l’Etat en plus des investitures faites sur la base des résultats du premier tour (4 pour BBY, 2 pour Tanor et Idy). Des abris politiques pour des camarades ou alliés ayant accompagné Tanor et Niasse dans Bennoo Siggil Sénégal et Bennoo ak Tanor ou encore Idrissa Seck sans sa coalition idy4president. Ce dernier s’était aménagé une soupape de sécurité pour son éthique de le politique : il n’est pas décent que l’élite négocie des privilèges pendant que les populations souffrent. Mieux, il avait invité les uns et les autres à ne pas engager son nom dans une querelle de préséance dans l’octroi des avantages et des fonctions.

Et pourtant, la clameur publique l’avait envoyé au Perchoir, au grand dam de Tanor qui, comme une âme en peine, négociait cette position de dauphin constitutionnel pour contrebalancer la montée de Niasse dans le dispositif de gouvernance. Le supersonique Usain Bolt ne le sait pas. Dites-lui que même dans la course aux privilèges, il n’existe pas de faux départ ! En revanche, il est bien permis de se doper aux « intérêts du parti ». Le marquage serré se poursuit de plus belle pour OTD : ni la candidature unique ni la position de sage aux côtés de Macky ne doivent être abandonnées à Niasse. Un peu plus d’un demi-siècle après l’indépendance dont quarante-ans de gestion socialiste, tous les segments du parti de Senghor se bouscule pour être un assistant politique stratégique ou un monsieur de compagnie de Macky Sall, né douze années après 1960. Le PIT et la LD allaient accrocher un wagon du train des avantages pour l’un de leurs combattants au long cours. L’APR et la coalition macky2012 auraient casé une clientèle politique de plus en plus impatiente à mesure que les jeudis, jour de la réunion du Conseil des ministres, défilent. Un décret se paie au prix d’un stress tenace et de mille calculs, penchés sur la carte des privilèges.

LE CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL, AUTRE PARAPLUIE

Bien au chaud, préservant son tempérament bouillant des feux de la politique par ces temps de mise en place d’un pouvoir, Jean Paul Dias attendait son tour de rebondir après l’épisode de sa nomination-défénestration de la Direction générale de l’IPRES.

Après le Sénat et la vice-présidence, le parapluie du Conseil économique et social (CES) est l’aubaine espérée des déflatés des mesures sociales. Ousmane Masseck Ndiaye, aussi placide que forte tête, a réussi le tour de force de se soustraire au tourbillon de convoitises autour des institutions. Son CES est un îlot de gloire anonyme. Elle est la troisième entrée de l’ascenseur politico-social. L’annonce de la « mort » du Sénat met la valeur « Conseil économique et social » en hausse. Avec des avantages majorés par le Président Wade durant son magistère, durant son magistère, l’organe consultatif devient une maison de retraite politique pour les plus âgés ou une rampe de lancement pour les plus jeunes.

Les uns et les autres ont poussé des ambitions sur la tête. Au détriment de la Charte de la bonne Gouvernance des Assises nationales. Macky Sall a signé le pacte « avec des réserves ». Le régime parlementaire en fait partie, c’est connu. Le Sénat, pas de manière explicite. L’opinion n’apprendra cette « réserve » que lorsque la vague de réprobations a hurlé, refusant d’échouer sur les envies de la classe politique émergente autour du nouveau patron. En se gardant de dévoiler toutes les « réserves », le candidat Sall ne s’est pas aliéné « le peuple des Assises » et s’est fabriqué un fourre-tout politicien. A lui d’y mettre tout projet à son avantage !

Dans cette actualité, armé de sa tondeuse et encouragé par une opinion publique frondeuse sur la question du train de vie de l’Etat, le locataire du Palais de l’Avenue Senghor vêt les habits de maître de l’agenda républicain et de vigie de l’utilisation rationnelle des ressources publiques. Au grand dam des appétits autour du banquet au menu de strapontins.

Amadou Lamine NDIAYE





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