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50 ans de la mort de Martin Luther King: entre rage et désespoir !

50 ans après la disparition du pasteur Martin Luther King, Memphis se souvient… Les pleurs, la colère et la détermination de poursuivre le combat continuent de hanter l’esprit des acteurs et témoins de cette époque troublée. Comme pour contrer les dérives racistes du XXIe siècle, des voix s’élèvent et racontent une histoire qui semble tristement se répéter.


Rédigé par leral.net le Mercredi 4 Avril 2018 à 11:58 | | 0 commentaire(s)|


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Qu’ils soient enseignants, historiens, auteurs ou musiciens, ils conservent tous cet engagement citoyen qui rythme leur quotidien. La date du 4 avril 1968 n’est pas si loin pour ces hommes et ces femmes attachés à l’égalité raciale. Ils ont tous en mémoire des images terrifiantes, des déclarations insultantes, des exactions violentes, mais ils ont fait face et se font un devoir de conter leur courageuse épopée pour que l’avenir de leurs enfants soit assuré.

Bertha Looney est aujourd’hui enseignante au Southwest Tennessee Community College de Memphis. À 76 ans, elle tient à rester en contact avec la jeune génération qui lui donne foi en une paix sociale future. Elle sait combien les temps ont changé, combien les conditions de vie ont évolué, mais elle reste vigilante, car sa propre expérience révèle la fracture entre Blancs et Noirs aux États-Unis. Elle fit partie des « Memphis State Eight », ces huit premiers adolescents noirs autorisés à entrer à l’université du Tennessee en vertu d’une loi fédérale de 1954.

Malgré l’opposition farouche des autorités locales et l’hostilité de 5 000 étudiants blancs, elle fit ses premiers pas sur le campus en 1959. Bien qu’elle ne se considère pas comme une pionnière du mouvement des droits civiques, elle a progressivement acquis une réputation de femme téméraire. Elle participa même aux marches non violentes initiées par Martin Luther King qu’elle rencontra la veille de son assassinat.

Manifester paisiblement, quitte à affronter les chiens policiers, était une posture que ne partageaient pas tous les militants africains américains au cœur des années 1960. Le meurtre du pasteur King fit basculer la fronde de la communauté noire en une rébellion massive. Certains activistes prônèrent la manière forte et défièrent l’administration américaine.

Calvin Taylor était un jeune homme de 20 ans en 1968. Il commençait à trouver le temps long en observant ses aînés défiler dans les rues sans obtenir satisfaction. Il décida alors de se rapprocher des « Invaders », un groupuscule de jeunes effrontés bien décidés à suivre les préceptes du « Black Power » et des « Black Panthers ». Bien qu’il ne partageait la philosophie « attentiste » de Martin Luther King, il reconnaît aujourd’hui, que le 4 avril 1968 représenta le tournant décisif du mouvement de contestation des Noirs d’Amérique. Il fut d’ailleurs l’un des premiers informés de la mort du pasteur, et pour cause…

Les « Invaders » ont-ils durablement incliné les choix politiques des Etats ségrégationnistes ? Il est aujourd’hui difficile de l’affirmer. Calvin Taylor et ses colistiers (Charles Cabbage, Coby Smith, John B. Smith, etc.) ont, en tout cas, suscité des vocations ou, tout au moins, donné de l’élan aux résistants de l’époque.

Memphis a été un carrefour sonore majeur au milieu des années 1960 quand les chanteurs donnaient de la voix pour soutenir les combattants de la liberté. Le producteur, parolier et entrepreneur américain, David Porter, fut un membre éminent de Stax Records, l’un des labels où Blancs et Noirs œuvraient ensemble pour le bien commun. Il n’a pas oublié l’effroi que suscita la mort de Martin Luther King au sein de sa « famille » de musiciens et l’impérieuse nécessité de réagir.

Subrepticement, les piliers du label Stax ont épousé les soubresauts d’une société en pleine ébullition. Le documentariste et auteur américain, Robert Gordon, a longuement étudié l’interaction entre les événements historiques et l’inventivité des artistes. Il a ainsi décelé le sens caché de certaines mélodies, la politisation des compositions, et l’émoi perceptible des instrumentistes et interprètes de ce patrimoine musical inestimable.

Stax Records est une exception dans l’industrie du disque américaine. Une oasis de fraternité entre personnalités unies par une passion commune : la musique ! La couleur de peau n’était pas la préoccupation de tous ces créateurs animés par un enthousiasme collégial. Tim Sampson est l’un des heureux gardiens du temple aujourd’hui à Memphis. Il connaît l’histoire de ce label par cœur et s’en fait l’écho avec chaleur et conviction.

Il veille d’ailleurs, à travers la Stax Academy, à ce que le message d’apaisement et de tolérance de ses aînés irrigue les consciences et interpelle les jeunes talents. Sa profession de foi repose sur sa parfaite connaissance de l’aventure Stax qui aurait pu vaciller ce fameux 4 avril 1968

Toni Green n’avait que 16 ans lorsque le soulèvement du peuple noir devenait réalité. Déjà forte tête, elle avait de la sympathie pour les « Invaders » et conduisit une révolte lycéenne malgré les intimidations d’un chef d’établissement totalement sourd aux aspirations de la jeunesse.

Devenue une chanteuse reconnue et respectée, Toni Green n’a rien perdu de sa verve militante et fait toujours entendre son discours protestataire quand elle le juge utile. Elle sait que la musique lui donne cet espace d’expression salvateur qui accompagne souvent les enjeux sociétaux.

Finalement, si les grands orateurs d’antan ont été réduits au silence, leurs contemporains ont repris le flambeau et perpétué l’intention originelle à travers leurs écrits, leurs chansons, leur dévotion, leur spiritualité, leur générosité. Les mots de Martin Luther King résonnent encore et toujours avec une force décuplée par ces milliers de porte-voix célèbres ou anonymes qui, chaque jour, font allégeance à des valeurs universelles : la solidarité, l’unité et la bienveillance !






Rfi