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AVOIRS DORMANTS, UN ANGLE MORT DE LA JUSTICE PATRIMONIALE

Rédigé par leral.net le Samedi 29 Novembre 2025 à 00:48 | | 0 commentaire(s)|

Sociologiquement, ce phénomène révèle un double paradoxe. Il expose la fracture entre les pratiques financières modernes et la culture de la transmission familiale. Nombre de Sénégalais utilisent les services financiers numériques en toute discrétion.

Dans de nombreuses familles, un parent décède en laissant derrière lui un secret silencieux : de l’argent oublié dans un compte bancaire ou un portefeuille électronique dont personne n’a connaissance. Au Sénégal, cette réalité est plus fréquente qu’on ne le croit. Entre les comptes bancaires inactifs, les porte-monnaie mobiles non déclarés et les dépôts effectués discrètement par prudence ou par pudeur, des milliards de francs CFA dorment chaque année hors de portée des héritiers légitimes.

Sociologiquement, ce phénomène révèle un double paradoxe. D’abord, il expose la fracture entre les pratiques financières modernes et la culture de la transmission familiale. Nombre de Sénégalais utilisent les services financiers numériques en toute discrétion, souvent pour contourner les tensions intrafamiliales ou par crainte d’être sollicités.

Ensuite, il témoigne de l’opacité institutionnelle : les héritiers sont souvent ignorants des démarches, tandis que les banques et fintechs communiquent encore timidement sur l’existence et les mécanismes de traitement des comptes dormants.

Pourtant, l’enjeu est majeur.

Sur le plan social, ces avoirs oubliés aggravent les inégalités de succession et privent des familles de ressources vitales.

Sur le plan économique, ils faussent l’évaluation réelle de la circulation monétaire et nourrissent une forme de capital mort qui pourrait contribuer à l’épargne nationale.

Sur le plan éthique, ils interrogent la responsabilité des institutions financières et de l’État en matière de transparence et d’information du public.

Il est urgent d’agir.

Les banques et opérateurs de transfert doivent mettre en place une communication proactive : campagnes d’information, recherche systématique des héritiers, publication régulière des comptes dormants, procédures simplifiées. L’État, de son côté, gagnerait à créer un registre national des avoirs non réclamés, accessible sous supervision, afin que chaque famille puisse vérifier si un proche décédé y figure. 

Une telle mesure renforcerait la confiance, consoliderait l’inclusion financière et moderniserait la gouvernance patrimoniale.

Les familles, quant à elles, ont un rôle essentiel : encourager la transparence intra-familiale, inventorier les services financiers utilisés par les parents âgés et conserver les documents administratifs critiques.

Car au fond, cette question dépasse l’argent. Elle touche à la dignité des morts, à la protection des vivants et à la capacité de notre société à organiser la transmission du patrimoine dans la justice et la clarté.

L’heure est venue de sortir ces avoirs dormants de l’ombre.
Pour que chaque franc laissé par un défunt retourne là où il doit être : dans les mains de sa famille, et non dans les limbes administratives.

Docteur Cheikh Tidiane Mbaye,
Sociologue 
Enseignant du Module "Monde des affaires" à l'UCAB

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Source : https://www.seneplus.com/opinions/avoirs-dormants-...