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Ambition présidentielle: Mimi Touré, une femme pressée

La présidente du Cese est tentée par l’expérience d’être la première femme à occuper la présidence de la République. Mais pour certains qui lui dénient une base politique, Mimi Touré n’a pas encore toute l’étoffe de ses ambitions. De son côté, elle se voit déjà au sommet.


Rédigé par leral.net le Mardi 15 Octobre 2019 à 18:37 | | 0 commentaire(s)|

Ambition présidentielle: Mimi Touré, une femme pressée
Il faut lui reconnaître un mérite : Aminata Mimi Touré est une femme politique constante. Dans son engagement comme dans son… empressement. «Elle est comme une Ferrari», ironise un politologue, sous cape. Il compare la patronne du Cese au bolide italien. Le seul véhicule qui irait aussi vite que l’ex-Premier ministre, dont les performances politiques sont bluffantes.

Mimi Touré tient même un record historique de 10 mois 5 jours à la Primature. Nommée le 1er septembre 2013, elle est limogée le 4 juillet 2014. Sans surprise. «C’est son ambition mal contenue qui a coûté à Aminata Touré son poste de Premier ministre», explique le journaliste-analyste politique, Cheikh Yérim Seck. Sans faire dans la langue de bois, le boss de YerimPost est intransigeant avec l’ancienne cheffe du département de la Justice, la «bête» noire de Karim Meïssa Wade.

«Elle se voyait déjà calife à la place du calife, entourée d’une armée de conseillers recrutés aux États-Unis, qui prenaient un malin plaisir à parler anglais dans les couloirs de la Primature», poursuit le journaliste. Est-ce cela qui avait, à l’époque, consumé le capital confiance de celle qui est affabulée la «dame de fer» auprès du chef de l’Etat ? Aminata Mimi Touré a-t-elle voulu trop «accélérer la cadence» pour sortir de la cohorte des variables, malgré les injonctions du Président Sall, la seule constante de l’Alliance pour la République ?

Paie-t-elle toujours le «prix» de son caractère d’«Electron libre», titre d’un portrait de Jeune Afrique du 29 septembre dernier, un article qui a secoué le parti présidentiel ?

«Stratégie indécente»

L’instabilité «institutionnelle», qui tranche avec les aptitudes politiques convaincantes de la présidente du Conseil économique, social et environnemental, serait le fruit de l’empressement dont elle fait montre. Avec son trop-plein d’engagement et sa capacité à monter au front, elle s’imagine trop souvent au sommet.

En manifestant son ambition dans Jeune Afrique, Mimi Touré semble faire fi du message que Macky Sall lui avait lancé en la dégommant de la Primature. Qui plus est, elle l’a manifesté, juste sept mois après la réélection de Macky Sall, suivie de la mise en demeure du chef de l’Etat à ses collaborateurs, dont elle fait partie des privilégiés. Un rappel à l’ordre qui semble ne pas faire effet dans l’oreille de Mimi Touré, qui poursuit dans sa méthode politique.

Une stratégie impertinente, selon Cheikh Yérim Seck : « Non seulement cette stratégie n’est pas bonne, mais elle est également et surtout indécente. Alors que les Sénégalais crèvent la dalle, six mois après avoir élu un Président dont ils attendent des solutions à leurs problèmes, il est indécent de manifester quelque ambition que ce soit. Il y a le calcul politicien certes, mais il y a aussi les Sénégalais, leurs difficultés et leurs espoirs

Il y a également eu cette grande contradiction avec les déclarations passées, tenue dans le journal «Soleil» un mois plus tôt. Un décalage dans le verbe et les aspirations qui a fait désordre jusqu’au cœur de la mouvance présidentiel.

«Un problème de l’opportunité du positionnement»

La déclaration de Aminata Touré dans le magazine panafricain a suscité une grosse surprise dans les rangs de l’Alliance pour la République. Surtout chez ceux pour qui, Macky Sall avait réussi à étouffer les velléités ou ambitions de se lancer dans la course de 2024, avec la suppression de la Primature et la scission du ministère des Finances. Ce qui éviterait les petites querelles dans son gouvernement entre rivaux politiques candidats à sa succession.

Aminata démontre ainsi qu’elle ne fait pas partie de ceux à qui les mises en garde du chef font ronger leurs freins. Même si elle n’a pas expressément annoncé son projet, cette sortie a ouvert une brèche à diverses interprétations. D’autant qu’il y a juste un mois, elle s’était montrée très en verve devant cette bataille de succession. Le 3 septembre dernier, dans les colonnes de l’«Astre de Hann», l’ex-PM trouvait «un peu indécente», mais pas totalement, qu’une telle question se pose.

«Nous venons d’élire fraîchement le président de la République. C’est dans notre intérêt collectif, en tant que chef de parti, en tant que responsable politique dans son camp, qu’il réussisse pleinement son mandat. Chacun, là où il est, doit garder cela à l’esprit. Si je me retrouve dans des batailles de succession et de dauphinat, six mois après la réélection du Président, ce ne serait pas dans notre intérêt, nous qui sommes de la majorité présidentielle», objectait-elle.

Se fondant sur l’expérience politique et gouvernementale de Aminata Touré, l’enseignant-chercheur à l’Université de Dakar, Maurice Soudieck Dione ne trouve pas «prématuré» qu’elle nourrisse une ambition présidentielle. «Il se pose plutôt le problème de l’opportunité du positionnement, dans un contexte politique encore flou, où les intentions du Président Sall ne sont pas encore décelables à travers des actes concrets et non équivoques», analyse-t-il.

«Pas loin d’une deuxième disgrâce»

En multipliant de pareils actes, Aminata Touré serait-elle dans la logique d’établir une bipolarisation entre elle et le Président Macky Sall ? Pour de proches collaborateurs du président de la République, dans ses prises de parole, Mimi ne défend que ses «propres principes», «ses intérêts». Ils lui reprochent le fait que huit (8) sur dix (10) de ses sorties sont des positions personnelles. Ses déclarations, soufflent-ils, ont pour unique objectif de polir son apparence.

Le docteur en Sciences politiques, Maurice Soudieck Dione en convient : «Aminata Touré, explique-t-il, est en train de se construire une image de présidentiable sur le plan communicationnel, au Sénégal comme à l’étranger, et à travers une certaine posture de transcendance ». Une posture qui agacerait le chef de l’Etat, selon son entourage.

«Parce que de la part d’une collaboratrice qui a été son deuxième chef de gouvernement, Macky Sall espérait mieux, souffle-t-on. D’autant qu’il pense avoir rempli sa part du contrat moral qui le liait à la dame». Au point de «sacrifier» Aminata Tall qui ne lui aurait jamais été déloyale. Pour preuve, Aminata Touré a hérité d’une place de choix au cœur de la sphère étatique. Un retour en grâce qui aiguiserait son appétit du Pouvoir. »

Mais Aminata Touré n’a pas surpris tout son monde. Cette posture était présagée par ceux-là qui, du fait de ses agissements, portaient des suspicions sur elle. Et il ressort même des sourdines échangéees dans les couloirs du Palais, que la dame en a posé les prémices dès son arrivée au Cese. Après un coup de balais, elle installe ses hommes de confiance. Le secrétariat général de cette institution est alors confié à Anta Sané. Ensuite, quelques mois après, elle présente à Macky Sall son projet de décentraliser les sessions du conseil dans les régions.

Flairant une stratégie pour un maillage national pour son propre compte, le président de la République désapprouve l’idée. La dame ne fait pas de résistance. Elle lâche du lest, mais conserve malgré tout, ses aspirations, que rien, ni personne ne peut contenir. Même pas l’épée de Damoclès du chef. «Elle devrait toutefois le craindre, vu le risque majeur d’entrer en confrontation ouverte avec le Président Sall», avertit Dr. Maurice Soudieck Dione.

Le journaliste Souleymane Niang, Directeur de l’information du Groupe Futurs médias, abonde dans le même sens, même s’il analyse la posture de Aminata Touré, en termes de pari. «C’est un risque qui peut être très positif comme très négatif. Elle compte sur ce risque positif en affichant ses ambitions, maintenant qu’elle récolte les fruits de son courage politique et de son timing parfait», estime-t-il. «Une deuxième disgrâce pourrait sérieusement freiner son ambition présidentielle, surtout en ce début de mandat du Président Sall, renchérit l’enseignant-chercheur Maurice Soudieck Dione. Si elle continue de pousser le bouchon.»

«Elle doit chercher une base politique»

Aminata Touré n’en aurait cure. Elle ne semble pas s’accrocher à des privilèges, ni à ces nominations nullement sollicitées. Et ne le cache aucunement. Le journaliste Souleymane Niang décèle même dans la démarche de l’ex-PM, un courage politique, au moment où tout le monde a peur d’afficher ses ambitions. «En 2024, explique-t-il, Aminata Touré aura 62 ans. Autrement dit, elle sera à 13 ans de la limite d’âge pour se présenter à une élection présidentielle aux termes de la Constitution actuelle. Imaginez qu’elle soit élue présidente de la République à cette date et que la durée du mandat soit ramenée à 7 ans par quelque artifice juridique, elle pourrait à peine se représenter pour un second mandat. Si Aminata Touré veut vraiment s’engager dans la course à la succession du Président Macky Sall, c’est le moment ou jamais.»

Journaliste-analyste politique, Momar Ndiongue est d’avis que les postes que Aminata Touré a occupés la prédestinent au plus haut sommet de l’Etat, mais elle doit corriger deux insuffisances. D’abord, son image pour qu’elle soit beaucoup plus conforme à la façon dont les Sénégalais apprécient et voient la femme.

«Aminata Touré n’est pas une femme de la trempe de Aminata Mbengue Ndiaye ou même de Aïda Mbodji. Ce sont des femmes très politiques et très sénégalaises, dans leur accoutrement, leur parler, leur gestuelle, dans leur façon d’être, dans leur type de relations qu’elles entretiennent avec les femmes, elles renvoient au prototype de la femme sénégalaise. Or, l’électorat féminin étant extrêmement important, il va falloir qu’elle séduise les Sénégalaises, en se comportant surtout à l’image de la femme sénégalaise. D’autant plus qu’elle passe pour avoir l’image d’une dame de fer, au caractère très trempé. Cela ne ressemble pas trop à la femme sénégalaise», explique-t-il.

Ensuite, poursuit Momar Ndiongue, il est temps que Mimi Touré se cherche une base politique. «On l’a vu migrer de la base de Grand-Yoff à Kaolack. Or, pour nourrir une ambition présidentielle, on a besoin de s’asseoir sur une base politique solide», note-t-il, précisant qu’elle a encore du temps pour se rectifier. Encore faudrait-il qu’elle soit en mesure de muer ce paraitre ancré dans sa nature de «dame de fer». D’une femme à l’éthique exigeante qui ne fait pas mystère de sa volonté, de ses ambitions.

Mimi lorgne le fauteuil présidentiel. «Il serait bien qu’il y ait une présidente de la République», réplique-t-elle, évasive, aux journalistes du magazine panafricain. Avec cet éternel sourire sur cette immense obsession qui la fait courir. Toujours plus vite que les autres.

AÏDA COUMBA DIOP, Observateur



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