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Ascena: Des nouvelles révélations sur l'affaire de fraude sur la facturation des redevances de survol de l'espace aérien

Au moins trois compagnies aériennes ont survolé l'espace aérien de l'Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna) sur la base de faux. Un fait assez grave. Alors que l’Agence est en pleine tourmente suite aux révélations de «Jeune Afrique», "Libération" a pris connaissance de nouveaux éléments qui révèlent encore l'ampleur de la mafia autour de la facturation des redevances de survol de l'espace aérien. Aussi incroyable que cela puisse paraître, nous avons appris de sources autorisées, que les fonds issus de cette délinquance de haut vol ont été retracés dans le compte de la société écran GGC, logé à Ecobank Conakry, un pays où l’Asecna n’a ni représentation ni activité. Révélations exclusives.


Rédigé par leral.net le Mercredi 26 Juin 2019 à 03:56 | | 0 commentaire(s)|

Ascena: Des nouvelles révélations sur l'affaire de fraude sur la facturation des redevances de survol de l'espace aérien
Dans sa dernière livraison, «Jeune Afrique» a révélé que 15 milliards de FCfa se sont évaporés des caisses de l'Asecna, en exploitant des résultats de l’audit interne réalisé en juillet 2018 par la commission de vérification des comptes sur l'exercice 2017.

Comme l’ont souligné nos confrères, le quotidien "Libération" avait déjà ébruité une sale affaire dans la même boiîe qui regroupe 18 Etats dont le Sénégal: des pratiques mafieuses sur la facturation des redevances aéronautiques de survol de l'espace aérien. En effet, dans une décision en date du 19 novembre 2017, l'Asecna avait indiqué aux compagnies qu'elle a mis en place une nouvelle application de facturation de redevances de survol à terme dénommé Freda, qui implique un nouveau format de facture. Elle précisait aux clients que les justificatifs de vols de ladite facturation seront, à partir de cette date, transmis par voie électronique à partir d'une adresse mail d'expédition clairement indiquée.

Trois compagnies ont survolé irrégulièrement l’espace aérien sur la base de faux

Or, dans le cadre d’un contrôle, la Direction des ressources financières (Drf) a appris, par exemple, que la facturation adressée à la compagnie «Ca», de code 3140,qui a survolé de manière irrégulière notre espace aérien, a été faite automatiquement, le 3 mai 2017, sur le site de la délégation de l’Asecna de Paris (Delp) et non sur le site dédié du siège.

Plusieurs autres factures frauduleuses ont été débusquées sur la période allant de septembre 2015 à mai 2017. Au total, 21 survols sont en cause. Selon les nouvelles révélations de "Libération", sur le site de la delp, il a été aussi constaté la présence de plusieurs autres factures de deux compagnies qui ont aussi survolé irrégulièrement notre espace aérien. Elles ont pour code Iata (codes attribués par l'Association internationale du transport aérien aux différentes compagnies aériennes), «Va», basée à Moscou (facturée en février 2016 pour la période du 01/11/2015 au 31/12/2015) et "Sal" basée à Khobar (Arabie saoudite), facturée en mars 2016 pour la période du 01/12/2015 au 31/12/2015.

«il y a une forte présomption de malversations», assène la Direction des ressources financières en conclusion de son rapport obtenu par "Libération".

«Il y a une forte présomption de malversations »

Et effectivement, rien que pour les factures frauduleuses de ces trois compagnies, qui semblaient agir en connaissance de cause, 213,765 millions de FCfa ont été volés. Si la complicité de ces trois clients, bénéficiaires de cette mafia, semble établi, c'est que l'Asecna avait invité les compagnies à lui indiquer d'une part, toutes informations reçues d'une adresse autre que le nouveau mail dédié à la facturation et, d'autre part, de ne pas prendre en compte toute information provenant d’une adresse mail différente. Ce message a d'ailleurs été publié dans le site internet de l'Asecna, pour dire que même les compagnies qui ne l'ont pas reçu, ne pouvaient l’ignorer. Le problème est qu’il est difficile d'établir clairement un préjudice provisoire, puisque toutes les factures suspectes ont été complètement supprimés du serveur à partir du 15 mars 2018.

Les fonds volés planqués dans le compte d’une société écran à Conakry

Il n'en fallait pas plus pour que l'Asecna porte plainte contre X devant le doyen des juges d'instruction de Dakar, pour escroquerie mais aussi intrusion dans un système informatique. D'après nos informations, la destination des fonds détournés via cette manœuvre frauduleuse a été finalement identifiée. En effet, une partie des montants en cause a été virée dans le compte bancaire numéro 001029401599001 ouvert à Ecobank Conakry au nom d'une société écran dénommée GGC alors que l’Asecna ne dispose ni de représentation ni d'activité dans ce pays. Il est clair que les compagnies aériennes qui procédaient à des virements dans le compte de GGC ne pouvaient pas ignorer, une fois de plus, qu’elles agissaient pour le compte d’une mafia interne.

Pis, plusieurs factures irrégulières portaient la signature d’Assane Bibata Tiemoko alors chef du département des Finances. Or, cette dernière est partie à la retraite avant de rejoindre son pays d'origine, le Niger, sans apporter d'éclairages sur cette sombre affaire.

Pour autant, l’affaire a fini de faire des victimes au sein de l'Asecna, qui tente par tous les moyens de gérer son image écornée.

Un cadre traduit devant le conseil de discipline et licencié

Selon les informations de "Libération", Denis Mampandry Ousmane Sylla, a été discrètement traduit en Conseil de discipline puis licencié. Responsable de la planification financière et de la facturation jusqu'en 2017, ce dernier a été d'ailleurs entendu, courant mai 2019, par le doyen des juges de Dakar en qualité de témoin. Face au magistrat, M. Sylla n’a pas manqué d’égratigner le Conseil de discipline.

Des sources proches renseignent que ce financier avait demandé au Conseil, une démonstration de ce qu’on lui reprochait d’autant que les manipulations ne pouvaient être faites, selon lui, que par un expert en informatique. Pis, il a ajouté que son implication était impossible puisque l’unité centrale de son ordinateur avait été saisie par l’Asecna suite à sa suspension et qu’il ne pouvait donc pas «écraser» les fausses factures. Ce qu’il a d’ailleurs fait constater par voie d’huissier.

Malgré ses explications, Denis Mampandry Ousmane Sylla a été viré et il ne serait pas le seul dans son cas. En attendant que la justice fasse la lumière sur cette rocambolesque affaire qui a fini de pourrir l’atmosphère au niveau du siège, il convient de signaler que toutes les factures émises puis «écrasées», portent la signature du même pseudo : «test».
 



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