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Economie

Babacar Mbaye : fallait-il vraiment tourner la page maintenant ?

Rédigé par leral.net le Samedi 12 Septembre 2026 à 13:15 |

Douanes sénégalaises : au moment où les résultats étaient au rendez-vous, le départ du directeur général interroge

Dakar – Le changement intervenu à la tête de la Direction générale des Douanes fait partie des décisions les plus commentées du Conseil des ministres du jeudi 10 septembre 2026. Après environ vingt mois à la tête de l’institution, le colonel Babacar Mbaye quitte ses fonctions de directeur général. Il est remplacé par l’inspecteur principal des Douanes Malick Mbaye, précédemment coordonnateur de la Direction générale des Douanes.


Le communiqué officiel reste laconique : Babacar Mbaye est « appelé à d’autres fonctions ». Aucune raison particulière n'est donnée pour expliquer son remplacement.

Et c’est précisément cette absence d’explication qui nourrit les interrogations.

Un bilan difficile à effacer

Avant même de parler de politique, il faut parler des chiffres.

Lorsque Babacar Mbaye prend la direction générale des Douanes en janvier 2025, il arrive avec une longue expérience de terrain. Il était auparavant directeur des Opérations douanières. Sa nomination avait été officialisée par le Conseil des ministres du 15 janvier 2025.

Sous sa direction, l'administration douanière a enregistré en 2025 1 623,5 milliards FCFA de liquidations douanières et 1 286,1 milliards FCFA de recettes effectivement recouvrées, soit une progression de 8,8 % des recouvrements par rapport à 2024.

Ces performances n'ont d'ailleurs pas été ignorées par le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba. À l'occasion de la Journée internationale de la Douane, le ministre avait salué les résultats obtenus en 2025 et souligné leur contribution à la mobilisation des recettes et au financement de l'économie nationale.

Autrement dit, le bilan financier de la Douane sous Babacar Mbaye ne peut pas être balayé d'un revers de main.

Une administration engagée sur plusieurs fronts

Le bilan de Babacar Mbaye ne se limite pas aux recettes.

Le directeur général avait présenté une feuille de route articulée autour de six axes stratégiques : optimisation des recettes, lutte contre la fraude, transformation numérique, facilitation des échanges, valorisation des ressources humaines et amélioration de la gouvernance.

Sur le terrain sécuritaire, la Douane a également multiplié les opérations contre les trafics illicites. En 2026, les services douaniers ont notamment réalisé une importante saisie de cocaïne à Koumpentoum, dans un contexte où Babacar Mbaye avait lui-même appelé à renforcer la vigilance contre la criminalité transnationale.

À Bruxelles, lors des sessions du Conseil de l'Organisation mondiale des Douanes en juin 2026, il avait également plaidé pour le renforcement de la sécurité des frontières et pour davantage de formation et de transfert technologique afin de mieux répondre aux réseaux criminels transnationaux.

Il laisse donc derrière lui un chantier qui n'était manifestement pas arrivé à son terme.

La question des 1 200 milliards FCFA

Dans les discussions suscitées par son départ, un chiffre circule : 1 200 milliards FCFA déjà mobilisés en 2026.

Ce chiffre mérite d'être documenté avant d'être présenté comme une donnée officielle.

Les données disponibles publiquement confirment en revanche qu'en 2025, sous la direction de Babacar Mbaye, les recettes effectivement recouvrées avaient atteint 1 286,1 milliards FCFA, tandis que les liquidations s'élevaient à 1 623,5 milliards FCFA.

Le débat intéressant n'est donc pas simplement de savoir si Babacar Mbaye avait atteint tel ou tel montant à telle date. La vraie question est celle-ci :

Pourquoi changer le responsable d'une administration aussi stratégique au moment où sa dynamique de mobilisation des recettes semblait donner satisfaction ?

Cette question mérite une réponse claire de la part des autorités.

Fallait-il attendre la fin de l'année ?

C'est probablement le cœur du débat.

La Douane constitue l'une des principales administrations mobilisatrices de ressources publiques. Elle joue simultanément un rôle fiscal, économique, sécuritaire et commercial.

Dans ce contexte, certains peuvent légitimement considérer qu'il aurait été préférable de laisser l'équipe de Babacar Mbaye aller jusqu'au terme de l'exercice 2026 afin d'évaluer son bilan annuel complet.

Cette position ne signifie pas qu'un directeur général doit être intouchable.

L'État a parfaitement le droit de changer ses dirigeants.

Mais lorsqu'un changement intervient au milieu d'un exercice budgétaire, alors que les résultats précédents ont été publiquement salués, il est sain que l'opinion puisse comprendre la logique administrative et stratégique qui le justifie.

Et la politique dans tout cela ?

Depuis l'annonce du remplacement, des commentaires circulent également sur les réseaux sociaux autour d'une supposée proximité générationnelle ou de promotion entre Babacar Mbaye et Ousmane Sonko.

Cette question doit être traitée avec prudence.

Aucune source officielle consultée ne dit que Babacar Mbaye a été remplacé pour cette raison.

Il serait donc irresponsable de transformer une rumeur politique en vérité journalistique.

Mais le simple fait que cette hypothèse circule montre une chose : dans un contexte politique aussi sensible, la transparence des décisions administratives devient essentielle.

Si le changement répond à une logique de réorganisation, de performance, de stratégie douanière ou de nouvelles orientations gouvernementales, il appartient aux autorités de l'expliquer.

Un hommage à un homme de métier

Au-delà de la polémique politique, il faut reconnaître à Babacar Mbaye une chose essentielle : il est un homme du métier.

Inspecteur principal des Douanes de classe exceptionnelle, il avait gravi les différents échelons de l'administration douanière avant d'accéder à la direction générale. Son parcours l'avait notamment conduit à exercer des responsabilités opérationnelles dans plusieurs structures et régions douanières.

Son profil était celui d'un technicien connaissant les réalités du terrain.

Son passage à la tête des Douanes aura notamment été marqué par la recherche d'une administration plus moderne, plus numérique, plus performante et davantage tournée vers la sécurisation des frontières.

Le mérite d'un bilan

Il serait injuste de réduire son départ à une simple nomination administrative.

Babacar Mbaye a dirigé une administration qui a contribué de manière importante aux recettes de l'État, à la lutte contre les trafics et à la sécurisation des frontières.

Le ministre Cheikh Diba lui-même avait publiquement salué les performances enregistrées par les Douanes en 2025.

Aujourd'hui, l'État a décidé de passer à une nouvelle étape avec Malick Mbaye.

Il faut lui souhaiter réussite et plein succès dans sa mission.

Mais il faut également avoir l'honnêteté de reconnaître le travail accompli par son prédécesseur.

Une page se tourne, mais le bilan reste

Le remplacement de Babacar Mbaye ne doit donc pas devenir une affaire de clans, de promotions ou de procès politiques sans preuves.

Il doit être l'occasion d'un véritable débat sur la gestion des grandes administrations de l'État.

Peut-on changer un dirigeant performant sans expliquer clairement pourquoi ?

Peut-on interrompre une dynamique en cours sans attendre l'évaluation complète d'un exercice budgétaire ?

Et surtout, comment garantir que les décisions administratives restent fondées sur la compétence, les résultats et l'intérêt général ?

Ce sont ces questions qui méritent d'être posées.

Car au-delà de Babacar Mbaye, c'est la conception même de la haute administration sénégalaise qui est en jeu.

Une chose est certaine : le colonel Babacar Mbaye quitte la Direction générale des Douanes, mais les résultats enregistrés sous son magistère resteront dans les statistiques de l'administration sénégalaise.

Et l'histoire jugera son passage à la tête des Douanes davantage sur son bilan que sur les spéculations politiques entourant son départ.