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Bénévoles sans diplôme : faut-il régulariser ou réformer ?

Rédigé par leral.net le Lundi 23 Mars 2026 à 09:59 | | 0 commentaire(s)|

La sortie de Justine Judith Lekogo a le mérite de remettre au centre du débat une question que beaucoup préféraient contourner : que faire durablement des enseignants bénévoles sans qualification formelle ?
Disons-le sans détour : le phénomène des bénévoles n'est ni une anomalie isolée, ni une simple dérive conjoncturelle. Il est le symptôme visible d'un déséquilibre plus profond de notre système éducatif. Là où l'État n'a pas su anticiper, la société s'est organisée. Là où les (...)

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La sortie de Justine Judith Lekogo a le mérite de remettre au centre du débat une question que beaucoup préféraient contourner : que faire durablement des enseignants bénévoles sans qualification formelle ?

Disons-le sans détour : le phénomène des bénévoles n'est ni une anomalie isolée, ni une simple dérive conjoncturelle. Il est le symptôme visible d'un déséquilibre plus profond de notre système éducatif. Là où l'État n'a pas su anticiper, la société s'est organisée. Là où les enseignants qualifiés manquent, des citoyens engagés ont refusé le vide éducatif. Faut-il les blâmer ? Certainement pas. Mais peut-on s'en satisfaire ? Tout aussi certainement non.

En affirmant que « protéger la qualité de l'éducation, c'est protéger l'avenir des enfants », l'honorable Lekogo pose une ligne de crête claire : celle de la responsabilité. Une école ne peut durablement reposer sur l'improvisation. L'acte d'enseigner exige des compétences, des méthodes, une éthique professionnelle. En ce sens, intégrer massivement des bénévoles sans exigence de qualification reviendrait à fragiliser les fondements mêmes de notre système éducatif.

Mais à l'inverse, ignorer ou exclure ces acteurs de terrain serait une faute sociale et politique. Car ces bénévoles ne sont pas des intrus : ils sont devenus, par la force des choses, des maillons essentiels de la continuité éducative, notamment dans les zones les plus vulnérables.

Entre ces deux extrêmes, une voie s'impose : celle de l'organisation, de l'encadrement et de la transformation. La proposition d'une main-d'œuvre non permanente, si elle est bien pensée, peut constituer un mécanisme transitoire intelligent. Encore faut-il qu'elle ne devienne pas un piège de précarité déguisée. Tout l'enjeu est là.

Ce dossier appelle une approche systémique. Il ne s'agit pas seulement de gérer des individus, mais de repenser un modèle. Cela suppose une cartographie précise des besoins, une planification rigoureuse des recrutements, et surtout, la mise en place de parcours de professionnalisation accessibles et crédibles. Former, certifier, accompagner : tel doit être le triptyque de l'action publique.

Au fond, la question des bénévoles nous renvoie à une interrogation plus large : quelle école voulons-nous construire ? Une école de circonstance, qui s'adapte dans l'urgence, ou une école de qualité, pensée, structurée et équitable ?

Le débat est désormais ouvert. Mais il ne saurait s'éterniser sans décisions concrètes. Car pendant que nous débattons, des milliers d'enfants continuent d'apprendre — ou de désapprendre — dans des conditions qui engagent directement l'avenir du pays.

Il serait judicieux de passer d'une logique de tolérance à une logique de transformation. Ni complaisance, ni exclusion : responsabilité, exigence et accompagnement. Voilà sans doute la véritable voie médiane.

Eugène-Boris Elibiyo,
Planificateur des systèmes éducatifs,
Conseiller en politiques éducatives.



Source : https://www.gabonews.com/fr/actus/libre-propos/art...