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Chefs de partis politiques au Sénégal: Faux démocrates, vrais dictateurs...

La crise qui agite actuellement le Parti Rewmi, est symptomatique de la manière dont les chefs de partis gèrent leur formation politique. Même s'ils aiment théoriser la démocratie, nos chefs de partis sont de vrais autocrates en réalité. Car, ils ne supportent pas la contradiction et tout le monde doit se soumettre à leur décision, sans hésitation ni murmure, au risque de se faire virer.


Rédigé par leral.net le Jeudi 3 Décembre 2020 à 08:51 | | 0 commentaire(s)|

Chefs de partis politiques au Sénégal: Faux démocrates, vrais dictateurs...
Il en a été ainsi sous Diouf, avec son fameux congrès sans débat, sous Me Wade qui a imposé son fils, et aujourd'hui, sous Macky Sall qui vire systématiquement tous ceux qui soutiennent qu'il n'a pas droit à un 3e mandat.

L'éviction de Déthié Fall de la vice-présidence de Rewmi entre aussi dans ce cadre. Pour avoir critiqué la mauvaise gestion de Macky Sall concernant l’émigration clandestine et l'agriculture, il a été déchu de son poste de numéro 2 du parti, par son patron.

Après avoir jeté du sable dans le «mbourou ak soow» que le président de Rewmi veut rendre comestible par et pour tous, Déthié Fall a essuyé les foudres du Rewmiste en chef, qui l'a simplement destitué. Le désormais ex-vice-président paye aujourd'hui pour sa constance, car il n'a fait que reprendre les propos de son mentor, qui disait que la vision de Macky s’arrête à Diamniadio.

Intervenant à l’Assemblée nationale, lors du passage du ministre de l’Agriculture, il a invité le nouvel allié de son patron, à élargir sa vision, à faire de sorte que «l’agriculture soit le moteur du développement, mais également une agriculture pourvoyeuse d’emplois».

Mais, constatait-il pour le déplorer, «on est encore là à gérer des intrants, des distributions de terres entre députés, entre riches, entre gouvernants. Là où le paysan qui est à l’intérieur du pays, a besoin de ces intrants et ne les voient pas. Ce sont ces choses-là qu’il faudra fondamentalement régler, et le plus rapidement possible».

Des propos qui n'ont pas eu l'heur de plaire à son patron, qui n’a rien trouvé de mieux à faire que de le destituer de son poste de numéro 2 de Rewmi.

Pourtant, ces propos de Déthié Fall ne reflètent que la réalité. Maintenant, si l'on sanctionne des gens parce qu'ils disent la vérité, il y a vraiment du souci à se faire. Ceci, encore une fois, repose le problème de la démocratie interne dans les partis, où les leaders - pardon, "dealers"- ne tolèrent pas la contradiction.

Des chefs de parti qui, en réalité, sont de vrais autocrates, et pour qui leurs désirs sont des ordres et tout le monde doit se plier à la volonté du chef. En plus, Déthié Fall n'est ni ministre, ni directeur général, c'est un élu du peuple. Il est à l'Assemblée nationale non pas pour des intérêts partisans, mais pour le peuple. Étant mandataire, il n’a fait que son devoir, qui est de porter dans l’hémicycle le vécu de ses mandants. Ce qui n'a pas été du goût de son chef, qui l'a sanctionné. Comme pour dire que le chef a toujours raison, même s'il se trompe. La défense des intérêts de la population ne dure que le temps d'une opposition ; un moyen commode, pour ne pas dire un ascenseur pour accéder aux privilèges.

Des chefs de partis omniscients et omnipotents, qui régentent tout dans leurs écuries politiques qu'ils considèrent comme des propriétés privées. Rétifs à la contradiction, ils managent leur parti selon leur bon vouloir.

Pouvait-il en être autrement si l'on se fie au fait que pour le bon fonctionnement des partis, ce sont les leaders seulement qui casquent ; et comme on dit, «qui paie, commande». Et ce sont ces mauvaises habitudes qu'ils ont tendance à reconduire, une fois que le chef accède à la magistrature suprême. Habitué à être obéit au doigt et à l’oeil, il a tendance à manager le pays comme son parti, faisant et défaisant les carrières selon son bon vouloir.

Ainsi va la politique au Sénégal : pas de débats internes, pas de contradictions. On regarde tous dans la direction du chef, on doit avoir l'échine assez souple pour se plier à sa volonté et on obéit sans hésitation ni murmure, si on veut des sucettes. Tous au garde-à-vous !




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