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Cheikhou Oumar Sy, ancien parlementaire : « La sortie du Ministre de la Justice, Yacine Fall est une insulte à la République »

La récente sortie médiatique de Yacine Fall, relative au cas de Farba Ngom, appelle une réaction ferme, tant elle soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Sous couvert d’un point de presse présenté comme un exercice de transparence, c’est en réalité une séquence politique et judiciaire profondément troublante qui a été livrée à l’opinion publique.


Rédigé par leral.net le Mercredi 14 Janvier 2026 à 21:08 | | 0 commentaire(s)|

Passer d’accusations initiales portant sur des détournements de deniers publics estimés à 125 milliards FCfa, dans le cadre du dossier Farba Ngom – Tahirou Sarr, à une communication centrée sur deux téléphones portables et des vidéos de mœurs légères, relève d’une diversion manifeste. La République ne peut sérieusement réduire un dossier de criminalité financière supposée, à des considérations anecdotiques et moralistes, sans porter atteinte à la crédibilité même de l’action publique.

Si des téléphones ont été introduits frauduleusement en milieu carcéral, la première question républicaine est simple : où étaient les gardes pénitentiaires ? La loi et le règlement intérieur des établissements pénitentiaires imposent des fouilles régulières et systématiques. Toute défaillance relève donc, soit d’une négligence grave, soit d’une complicité interne. Faire porter la responsabilité exclusivement sur le détenu, sans évoquer la chaîne de commandement et de contrôle, est intellectuellement malhonnête et juridiquement contestable.

Que Farba Ngom ait consulté des contenus à caractère privé ou moralement discutables, n’engage que sa vie personnelle. L’État n’a ni vocation ni légitimité à surveiller le contenu privé des téléphones portables qui n’ont aucun lien avec sa sécurité nationale, encore moins à utiliser ce type d’arguments pour justifier une privation prolongée de liberté. La justice républicaine juge des faits pénaux, pas des comportements privés sans incidence sur l’ordre public.

Le cœur du scandale demeure ailleurs : la Cour suprême du Sénégal s’est prononcée sur la libération provisoire de Tahirou Sarr, présenté dès l’origine comme l’accusé principal du dossier de détournement. Dans le même temps, Farba Ngom, qualifié de complice, demeure en détention. Depuis quand libère-t-on l’accusé principal pour maintenir en prison le complice ?

Cette incohérence viole les principes élémentaires de logique judiciaire, d’égalité devant la loi et de proportionnalité des mesures privatives de liberté.

Mais un point institutionnel majeur aggrave encore cette situation : cette communication ne relevait pas du Ministre de la Justice. Dans un État de droit, seul le Procureur de la République est habilité à communiquer sur une procédure judiciaire en cours, à présenter des faits nouveaux, à annoncer l’ouverture d’enquêtes ou à préciser des qualifications pénales.

Le Ministre de la Justice n’est ni juge ni procureur ni partie à la procédure. Son rôle est politique et administratif, non opérationnel.

En se substituant au parquet, la ministre a brouillé la séparation des pouvoirs, donnant l’impression d’une communication politique téléguidée, destinée moins à informer qu’à justifier a posteriori le maintien en détention de Farba Ngom. Cette démarche fragilise l’indépendance du parquet, affaiblit la crédibilité de la procédure et alimente le soupçon d’une instrumentalisation politique de la justice.

La République mérite mieux que des écrans de fumée, des arguments moralisateurs et des incohérences judiciaires flagrantes. Si des fautes ont été commises en milieu carcéral, qu’elles soient traitées là où elles se situent : au niveau de l’administration pénitentiaire.

Si un dossier financier existe, qu’il soit instruit avec rigueur, équité et cohérence, sans deux poids deux mesures.

À défaut, cette sortie restera dans l’histoire récente, comme une insulte à la République, à l’intelligence des citoyens et à l’idéal d’une justice indépendante, sobre et crédible.






Cheikhou Oumar Sy
Ancien Parlementaire

Ousseynou Wade