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Contribution: En perspectives de février 2019, que nul n’ignore qu’il n’y a pas de vide ou de mort en politique au Sénégal, (Par Pr Demba Sow)


Rédigé par leral.net le Jeudi 22 Février 2018 à 12:27 | | 0 commentaire(s)|

L’Election présidentielle de 2019 sera âprement disputée. Les signes avant-coureurs sont déjà perceptibles. Plusieurs velléités de candidatures sont annoncées dans le camp de l’opposition et le Président sortant travaille obstinément lui aussi, pour se maintenir au pouvoir.

Si tous ceux qui le souhaitent, arrivent à se présenter au scrutin, il y aura en février 2019 une pléthore de candidats avec tous les inconvénients induits. C’est pour éviter l’embouteillage devant les bureaux de vote le jour de l’élection entre autres, que l’opposition et le pouvoir sont actuellement en négociation pour trouver une solution consensuelle de limitation du nombre des candidats en 2019. Beaucoup d’analystes et d’hommes politiques croient dur comme fer, que si Messieurs Karim Wade et Khalifa Sall ne se présentent pas en 2019, le Président sortant n’aurait aucune difficulté à triompher au premier tour.

Ces experts qui pensent qu’avec cette éventualité probable que la Présidentielle de 2019 serait une simple formalité pour le Président Macky Sall, ont tout faux. Ils oublient que la nature a horreur du vide, surtout en politique. Les leçons tirées des différentes élections présidentielles depuis 2000, permettent d’affirmer qu’il n’y aura pas de vide politique au Sénégal en 2019.

Les présidents de la République qui avaient cru le contraire, ont été défaits à cause de leur optimisme non fondé. En effet, en 2000, le Président Diouf a été battu à plate couture par Maître Wade ; en 2012, le Président Wade a été défenestré par le candidat Macky Sall. Dans les deux cas de figure, le Président sortant était convaincu de sa victoire au premier tour, car ayant cru qu’il n’avait pas d’adversaires d’envergure en face de lui.

Le candidat Diouf estimait en 2000, que le candidat Wade était amorti politiquement et qu’il n’avait aucune chance d’être élu président de la République du Sénégal, après plusieurs échecs électoraux. Face à ce vide politique supposé, le Président Diouf, son parti et ses nombreux mouvements de soutien ,étaient convaincus de leur victoire au premier tour. Au soir du 19 mars 2000, le candidat Diouf et ses amis apprirent avec amertume qu’il n’y a pas de vide en politique lorsqu’il s’agit de compétition électorale, surtout présidentielle. Surpris par cette défaite inattendue, le camp présidentiel était K.O debout et déboussolé.

En 2012, le candidat Wade était sûr de sa victoire au premier tour. Il croyait lui aussi avoir en face de lui, un vide politique où s’agitaient des candidats sans poids électoral significatif. Au soir du 25 mars, un candidat « sans envergure » écrasa le Président sortant avec un score de parti unique. Les défaites de Diouf et de Wade permettent de prédire que l’absence de MM. Karim Wade et Khalifa Sall à la présidentielle de 2019, serait sans effet significatif sur la victoire ou non du Président sortant.

C’est pendant la précampagne puis la campagne électorales que les électeurs se font en général une idée assez précise sur le futur Président à élire. C’est pendant cette période de confrontation et de déclinaison des programmes que la majorité des électeurs font leur choix parmi les multitudes de candidats en piste. En 2019, les électeurs seront très attentifs aux projets de société des candidats. Ils vont encore choisir leur Président de façon claire et indiscutable. Il est dommage que certains hommes politiques ignorent que les Sénégalais lamda ne sont pas moins mûrs qu’eux.

Les électeurs ont montré deux fois, de fort belle manière, qu’ils savent choisir leur Président de la République. S’ils décident de reconduire un président sortant pour lui permettre de parachever son travail, ils le feront dans la sérénité mais s’ils estiment aussi que le moment de l’alternance est venu, ils vont élire le candidat qui incarnera le mieux leur espérance, sans état d’âme. Les élections présidentielles de 2000, de 2007 et de 2012 sont illustratives de la maturité des électeurs sénégalais.

En 2000, peu d’observateurs donnaient Maitre Wade victorieux à la présidentielle. Il était considéré comme mort politiquement et on connaît la suite. Resté longtemps hors du Sénégal en 2000, Maitre Wade était, aux yeux de certains politologues, un candidat handicapé par ses nombreux échecs électoraux. Pour le Président Diouf, Maître Wade avait épuisé ses cartouches et qu'en conséquence, sa victoire au 1er tour était certaine.

Les raisons de cet optimisme du camp présidentiel étaient fondées sur la certitude que Maitre Wade était mort politiquement de même que les candidats Moustapha Niasse et Djibo L Ka, victimes de la purge au PS. La victoire de Maitre Wade a tellement surpris le candidat Abdou Diouf, qu’il était méconnaissable après sa défaite. Ses déclarations étaient décousues et étonnantes à cause de leur incohérence.

L’élection présidentielle de 2000 a montré qu’un leader politiques n’est mort qu’enterré au cimetière. La mouvance présidentielle n’a pas intérêt perdre de vue cette réalité politique à l’occasion du scrutin de février 2019. Croire que certains leaders de l’opposition sont morts politiquement, serait une grosse erreur fatale. Sans le savoir peut-être, le pouvoir en place requinque et fortifie les supposés morts politiques par des déclarations incorrectes, incohérentes, insolentes, qui sont de nature à irriter les populations. En suivant le débat du moment, on sent déjà que le pouvoir est réactif et défensif alors que l’opposition est proactive et offensive. A ce jeu, le pouvoir risque de perdre des plumes, synonymes de voix perdues.

Pour l’élection de 2019, le Président sortant a tout à fait raison de dire qu’il a une longueur d’avance sur l’opposition. Pour maintenir cette avance, le camp présidentiel devra axer sa communication sur les réalisations du Président et ses projets pour son second mandat. Parlant des résultats, les amis du Président ont intérêt à mettre en exergue les réussites et s’engager à améliorer les insuffisances.

C’est le principe de l’amélioration continue et c’est cela la qualité. Certains collaborateurs proches du Président, n’aiment pas qu’on parle de certaines insuffisances comme dans le cas de l’agriculture, qui est véritablement pilotée à vue. Ils ne rendent pas service au Président candidat, à qui ils ne disent pas toute la vérité. Ils ont tort et ils le savent. Les Sénégalais sont capables de discernement, leur dire la vérité en cette période de précampagne est plus rentable électoralement, que le maquillage de la réalité. A bon entendeur salut.

Quant à l’opposition, elle ne positivera pas le bilan du président sortant. Il faut donc s’attendre à ce qu’elle pilonne, minimise et même nie les réalisations palpables du Président Sall. Elle mettra sûrement l’accent là où ça pourrait faire mal ; sur les supposés scandales du septennat, sur la mauvaise organisation des législatives de 2017, sur le pétrole, sur les emprisonnements de leaders politiques, sur la bonne gouvernance, sur la demande sociale, sur le chômage, sur les audits, sur l’ébullition sociale… 

Elle va provoquer le pouvoir pour le faire réagir maladroitement et certains partisans du Président sont en train de tomber dans le piège.

Les deux camps vont continuer à s’opposer et à s’affronter sans répit jusqu’à la présidentielle de février 2019, avec un seul objectif, convaincre les Sénégalais et discréditer l’autre. C’est de bonne guerre. Que les deux camps sachent cependant que les électeurs sénégalais sont matures et ils ne se laisseront pas berner. Le 24 février 2019, après avoir écouté les uns et les autres, ils feront encore le moins mauvais choix comme en 2000, 2007 et 2012.





Pr Demba Sow
Ecole Supérieure Polytechnique UCAD



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