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Crépin, mon frère, avec qui tu laisses Africa N° ? par Roger Mebang Menze

Rédigé par leral.net le Jeudi 28 Août 2025 à 22:10 | | 0 commentaire(s)|

Comme beaucoup d'autres professionnels, j'ai souhaité te voir reprendre le flambeau de notre grand tam-tam, Africa N°1, que tu connaissais depuis près de 40 ans et dont tu étais l'un des rares résistants encore en vie après la bourasque de ces dernières années qui a emporté plus d'une centaine des nôtres.
J'ai souhaité que tu conduises la rennaissance de cette maison et par ricochet, la rennaissance de notre métier de journaliste qui nous a donné tant de fierté mais qui est devenu (...)

- LIBRE PROPOS /

Comme beaucoup d'autres professionnels, j'ai souhaité te voir reprendre le flambeau de notre grand tam-tam, Africa N°1, que tu connaissais depuis près de 40 ans et dont tu étais l'un des rares résistants encore en vie après la bourasque de ces dernières années qui a emporté plus d'une centaine des nôtres.

J'ai souhaité que tu conduises la rennaissance de cette maison et par ricochet, la rennaissance de notre métier de journaliste qui nous a donné tant de fierté mais qui est devenu aujourd'hui un fourre-tout parce que la formation est la chose la moins acceptée par ceux qui l'exercent.

Le journalisme, oui, le vrai. Celui qui, au delà des faits qui sont sacrés, promeut aussi l'éthique de la responsabilité. C'est ce journalisme que tu as appris dans ce qu'il y'a de meilleur en terme de formation et dont tu as fait une passion, la passion du travail bien fait.

Ce journalisme responsable est celui que tu exerçais à Africa N°1, la radio africaine la plus écoutée sur le continent. C'est ce journalisme qui t'a fait sillonner les cinq continents et qui t'a permis de serrer la main de tous les grands de ce monde...

J'ai eu le bonheur de travailler avec toi à Africa N°1.

D'abord en 1984, en qualité de stagiaires, alors que j'étais étudiant à l'Ecole Supérieure de Journalisme de Lille et toi au CESTI de Dakar...
Avec nous, Jérémie Gustave Nzamba, Léonard Mba Assoume et Raphaël Mbadinga.

Cinq stagiaires au total.

Sous la conduite de celle que j'appelle toujours la Grande Flavienne Issembet et feu John Joseph Mbourou, nous avons eu la chance de bénéficier de l'encadrement de toutes ces grandes plumes qui ont fait rayonner Africa N°1 à travers le monde :

Barbier Decrozes, Eugène Philippe Djeno, Louis Barthélémy Mapangou, Pierre Brice Ndoumba, Joseph Loembet, Jean Valère Mbina Mandza, Hyacinthe Marcel Mba Allogho, Guillaume Mendome Nze, Pierre Ndong Mve, Anaclet Ndong Ngwa, Ronny Mba Minko, Samuel Tonkam et tout le contingent des jeunes devanciers diplômés de Dakar...

Dans ce premier contact avec le monde du travail en terre africaine, je me rappellerai toujours, comme si c'était hier, ce crash d'un avion Boeing camerounais qui a fait des vagues en matière diplomatique entre Yaoundé et Libreville, au point que Joseph Loembet et Samuel Tonkam soient envoyés, manu militari, à Yaoundé s'expliquer auprès des autorités camerounaises...

Un peu plus cocasse, cette scène pour le moins surréaliste que nous avons vécue ensemble lorsque Flavienne Issembet, en sa qualité de Rédacteur en chef, me demande de passer pour la première fois à l'antenne et que je lui réponds : " la Grande, je n'ai pas encore le niveau..."

Il est vrai que nous en avons rigolé mais grâce à toi, j'ai effectué et réussi mon baptême de feu après tous les autres stagiaires... Et toi de me dire : " Roger, vas-y, c'est clean !"

Grâce à toi, en effet, ma voix a été entendue jusque dans mon village Afoumadzo dans le Département de la Mvoung.

C'était tellement fort qu'une de mes condisciples de l'UOB, Philomène Ngoua devenue Mme Atere, qui savait que je begaillais un tout petit peu à l'université est venue précipitamment à la station pour s'assurer que c'était bien moi qui passais à l'antenne avec autant de fluidité et d'assurance dans ma voix...

Et puis vint cette période où tu étais Directeur d'antenne d'Africa N°1 dans les années 2014... Alors que la station est confrontée à moult problèmes, tu me fais appel pour te prêter main forte et tenir la barre. Dans ta détermination, tu fais des pieds et des mains pour qu'Africa N1 n'arrête pas d'émettre.

Convaincu que cette radio était un trésor pour le Gabon et pour notre métier, il fallait donc tout donner pour qu'elle continue d'arroser l'Afrique. Mieux que moi, tu savais par exemple l'intérêt que les Ouestaf portaient en cette radio qui était devenue pour toi un sacerdoce.

Entre les retards de paiement des agents et les effets de "la pêche à la ligne" opérée par nos concurrents sur nos correspondants à l'étranger, tu as tenu le bond bout par ton professionnalisme et ta rigueur dans nos productions. Ça va aller, dirais-tu, pour nous rassurer et, pour l'amour du métier et de cette radio, on a presque fait dans le bénévolat !

Au moment où tu t'en vas, je me demande pourquoi maintenant, alors que les nouvelles autorités sont à pied d'œuvre pour la relance d'Africa N°1.

Pourquoi maintenant avec autant de défis en perspective pour cette entreprise de presse qui doit vivre de ses propres ressources dans un univers plus que jamais concurrentiel et qui aura besoin d'un vrai manager et non pas d'un apprenti sorcier.
Pourquoi maintenant alors que la bonne graine en matière de journalisme sur le plan national devient de plus en plus rare en l'absence d'une école de formation où tu aurais pu transmettre ta riche expérience aux jeunes générations.

Où vas-tu mon cher frère alors que nous avions encore besoin de toi pour remettre sur orbite cette radio des Aventures Mystérieuses, Une Heure Pour Convaincre, Kilimandjaro, Hit Parade International Malboro, Triangle, Africa Sport, Le Démon de Midi...

Parler d'Africa N°1 sans citer ceux qui, comme toi, ont contribué à son rayonnement c'est comme parler du football sans Pelé, Maradona, Platini ou Franz Bekenboer...
Oui, je sais que là-bas, tu retrouveras Patrick Nguema Ndong, John Joseph Mbourou, Huguette Moundouga, Hélène Lembanaka, Pierre Brice Ndoumba, Mengue Ba Nna, Albert Edou Nkoulou, Yves Ziza, Grégory Mgbwa Mintsa, Jerry Ozoumbe Lapel... La liste est longue.

Mais sûr sûr, Crépin, tu vas nous manquer.
Tu vas me manquer.

Tu vas manquer à toute cette génération qui a bravé les obstacles du parti unique pour placer le Gabon dans le cercle restreint des pays les plus respectés en matière de journalisme en Afrique.

La RTG Ch. 1 et 2, tu les a connues.

Africa N°1, c'était ta maison et je peux dire que tu la connaissais des bouts des doigts. Elle avait besoin de toi pour qu'elle soit véritablement relancée.
Que la terre d'Afrique te soit légère, mon cher Crépin Ngangha.
Une époque, une génération.
Repose en paix.

Roger MEBANG MENZE
CM HAC.



Source : https://www.gabonews.com/fr/actus/libre-propos/art...