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DIOMAYE TRAHIT-IL SA RÉVOLUTION ?

Rédigé par leral.net le Vendredi 29 Août 2025 à 00:35 | | 0 commentaire(s)|

Les mots du président lors de sa visite à Paris tranchent avec la rhétorique anti-impérialiste qui l'a porté au pouvoir. Faut-il y voir un renoncement ou une tactique diplomatique ? Le débat fait rage entre Félix Atchadé et Souleymane Gueye

La récente visite du président Bassirou Diomaye Faye à l'Élysée le 27 août soulève de vives interrogations sur l'orientation réelle de la politique étrangère du Sénégal. Félix Atchadé, éditorialiste du blog "Chronique sénégalaise", et Souleymane Gueye, délégué général du FRAPP (Front pour une révolution anti-impérialiste, populaire et panafricaine), ont débattu de cette question dans l'émission "Décrypter l'Afrique" sur Vox Africa ce jeudi 28 août 2025.

Cette visite diplomatique intervient dans un climat tendu, marqué par la révélation de 7 000 milliards de francs CFA de dettes cachées accumulées entre 2019 et 2024 par l'administration de Macky Sall. Face à cette situation économique fragile, le président Faye a tenu un discours aux accents résolument libéraux devant les entrepreneurs français, promettant un "environnement des affaires stable, prévisible, propice à la sécurité et à la protection de l'investissement".

"Le Sénégal vous offre un marché en expansion, une stabilité politique reconnue", a déclaré le chef de l'État sénégalais, invitant explicitement les investisseurs français à "jouer le match de l'avenir" avec son pays.

Pour Félix Atchadé, cette démarche s'inscrit dans "l'ordre des choses" et ne constitue pas un abandon du projet souverainiste. "On parle certes de rupture avec un modèle ancien de coopération, mais cela ne veut pas dire qu'il y a une sorte de fait que l'on tourne le dos à la France", explique-t-il. L'éditorialiste souligne les avancées symboliques obtenues : le départ définitif de l'armée française du sol sénégalais et la reconnaissance officielle du massacre de Thiaroye en 1944.

Souleymane Gueye adopte une position plus critique, dénonçant "un flou dans l'approche" du gouvernement. "Quand on dit souveraineté, c'est dans le sens de maîtriser les risques. Et au Sénégal, quand on veut maîtriser ces risques économiques, la première des choses à faire, c'est de couper le bilatéralisme monstre qu'il y a avec la France", argue-t-il.

Le défi du rééquilibrage économique

Au cœur du débat se trouve la question des relations économiques asymétriques entre les deux pays. Atchadé rappelle que "le déficit commercial sénégalais est sept fois inférieur à celui que la France" réalise avec le Sénégal, perpétuant un modèle d'échanges de type colonial où le Sénégal exporte principalement des matières premières.

Le délégué du FRAPP pointe du doigt l'absence de la loi sur le patriotisme économique, promise durant la campagne électorale. "Cette loi devait définir qu'au Sénégal, sur tel et tel secteur, ce sont les nationaux ou les Africains qui investissent dans ces secteurs-là", explique-t-il, considérant que ce retard compromet le projet souverainiste.

L'approche du président Faye soulève la question fondamentale du rapport entre pragmatisme et souveraineté. Face aux contraintes de la dette et aux pressions du FMI, le gouvernement sénégalais semble opter pour une stratégie d'ouverture aux investissements étrangers.

"Discuter avec la France ne signifie pas se mettre sous la tutelle de la France", défend Atchadé, qui prône une approche progressive : "Il faut qu'à un moment donné aussi on prenne conscience de nos capacités à pouvoir dicter notre propre destin."

Gueye y voit plutôt un "discours d'administrateur de colonie", critiquant l'idée que le secteur privé français serait le créateur d'emplois au Sénégal : "Aujourd'hui, ceux qui ont l'ambition et le devoir moral de créer des emplois, c'est l'État du Sénégal et le secteur privé sénégalais."

Les deux invités s'accordent sur la nécessité de sortir des paradigmes du passé, mais divergent sur les moyens. Tandis qu'Atchadé privilégie une transformation progressive des relations franco-sénégalaises vers plus d'équité, Gueye appelle à des "actes forts et révolutionnaires" comme l'audit citoyen de la dette et l'adoption rapide de la loi sur le patriotisme économique.

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Farid


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