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El Hadji Gueye « Jéego » : « Le cinéma n’est la propriété de personne »

Le président du Cadre des Cinéphiles délocalise les Journées des Cinéphiles au CICES, dans une salle de 1 200 places, et forme gratuitement une troisième promotion de jeunes cinéastes.

Rédigé par leral.net le Jeudi 3 Septembre 2026 à 09:00 | | 0 commentaire(s)|

Les Journées des Cinéphiles 2026 se tiennent au CICES, dans une salle de 1 200 places, et s’étendent cette année sur deux journées. Dans un entretien accordé au journaliste Ousmane Aby Coly, El Hadji Gueye, dit « Jéego », président du Cadre des Cinéphiles, détaille un programme centré sur la transmission et l’employabilité des jeunes. Les propos rapportés ici sont les siens.


Un ciné-club né d’une formation gratuite

El Hadji Gueye, dit « Jéego », président du Cadre des Cinéphiles.
El Hadji Gueye, dit « Jéego », président du Cadre des Cinéphiles.
La vision du Cadre des Cinéphiles est née à la suite d’une formation à Ciné Banlieue Dakar, sous la direction d’Abdoul Aziz Boye. Ses membres disent avoir été inspirés par son engagement en faveur de la transmission du savoir cinématographique à travers des formations gratuites et accessibles à tous.

L’association, basée à l’Unité 4 des Parcelles Assainies, accueille aujourd’hui sa troisième promotion. Les apprenants viennent de Médina, Tivaouane Peulh, Keur Massar et d’autres localités.

« Le cinéma n’est la propriété de personne », résume son président. « C’est un art universel, ouvert à toutes celles et tous ceux qui souhaitent s’y engager avec passion et détermination. »

Deux journées, une salle de 1 200 places

Après une première formule organisée sur une seule journée l’an dernier, l’événement s’étend cette année sur deux jours, face à l’ampleur des réalisations accomplies et à l’intérêt du public.

Le festival a également été déplacé au CICES, alors qu’il se tenait auparavant dans une petite ruelle. Un choix qui traduit, selon son président, la capacité de mobilisation de l’association.

La salle offre 1 200 places, quand la plupart des salles de cinéma de Dakar en comptent entre 300 et 400. « Louer et surtout remplir une salle de 1 200 places représente un véritable défi », souligne-t-il.

« Le cinéma, facteur de transmission du savoir »

Le thème retenu cette année est « Le cinéma, facteur de transmission du savoir ». Il structure les activités du Méga Ciné Jotaay.

Ce choix répond à un constat : de plus en plus de jeunes s’orientent vers des formations en cinématographie, mais beaucoup abandonnent en cours de route, faute de soutien de leur entourage.

De nombreux parents, explique-t-il, ne perçoivent pas encore pleinement le potentiel éducatif, culturel et professionnel du cinéma. Certains proches considèrent encore cette voie comme une simple distraction.

« Mbappat Film » : huit films en vingt-et-un jours

Parmi les temps forts, la remise officielle des attestations de fin de formation aux apprenants ayant validé leur parcours.

Le public découvrira « Le Sixième », film de fin de formation réalisé par les apprenants de la première promotion.

L’association a également organisé un camp de tournage intitulé « Mbappat Film », au cours duquel huit films ont été produits en seulement vingt-et-un jours, à Dakar, Paoskoto et Nioro du Rip.

Seront aussi projetés « Dankafu (Alerte) » d’El Hadji Gueye et « Nawétani » d’Abdoul Kader Diedhiou, dit « Batoki ».

L’intelligence artificielle au programme

Parmi les nouveautés de cette édition figure une formation à l’intelligence artificielle appliquée aux industries créatives, jusqu’à la colorimétrie et au traitement de l’image.

Des ateliers d’actorat sont également prévus pour les comédiens et les jeunes talents. L’an dernier, l’accent avait été mis sur la production et la distribution.

Le Méga Ciné Jotaay constituera l’un des temps forts : une grande master class animée par le professeur Djiby Diakhaté, aux côtés de Modibo Diawara, spécialiste du cinéma.

« Chaque pays doit construire son propre modèle économique »

Sur l’évolution du cinéma africain, sa position est nette : « Le simple copier-coller des modèles existants ne peut fonctionner durablement. »

« Le Sénégal n’est pas la Gambie, la Gambie n’est pas le Gabon », poursuit-il. Chaque nation possède ses réalités culturelles, économiques et structurelles.

Il pointe le manque de moyens financiers et le déficit de formation. Et il compare : le FOPICA dispose d’un budget d’environ deux milliards, quand certaines productions internationales mobilisent des budgets qui dépassent parfois ceux de plusieurs États réunis.

À ce jour, le FOPICA demeure son principal partenaire institutionnel. En dehors de la Direction de la Cinématographie, l’association ne compte pas d’autres partenaires institutionnels officiellement engagés.

« Payer son ticket » pour faire vivre l’industrie

Son appel aux cinéastes sénégalais est direct : développer une véritable culture de la salle de cinéma.

« Trop souvent, nous ne prenons pas l’habitude d’acheter un billet pour aller voir les œuvres de nos confrères et consœurs », regrette-t-il.

Sa cible n’est d’ailleurs pas seulement le milieu des cinéastes : « On ne peut pas être cinéaste sans être cinéphile, mais on peut être cinéphile sans être cinéaste. »

Pour l’avenir, il se dit optimiste : « Celui qui travaille avec sérieux, détermination et constance sera entendu et reconnu demain, même très loin dans le monde du cinéma. »