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Et pourquoi la loi ne s’appliquerait-elle pas à Pastef ?

Le leader de Pastef aurait-il le droit de tout faire, sans que la loi lui soit rappelée ? Ce serait une menace à la démocratie.


Rédigé par leral.net le Lundi 4 Janvier 2021 à 11:37 | | 0 commentaire(s)|

Le leader de Pastef Ousmane Sonko serait-il à ce point intouchable ? Tout avis, tout questionnement sur ses agissements, ses pratiques, devrait-il conduire à la seule accusation valable et acceptable, celle de vouloir attenter à son parti, à ses intérêts, à son ascension politique ? Ne devrait-on pas s’inquiéter de ne pouvoir jamais critiquer cet homme, sans subir les injures et calomnies de ses sbires ?

Voilà plusieurs décennies, en tout cas, que la classe politique sénégalaise est traversée par des situations de tension, de conflit et parfois aussi des obligations de clarifier certaines démarches. Il en est ainsi des actes supposés pour atteindre la sûreté de l’Etat. En 1968, le régime du Président Senghor a fait face à un mouvement social de grande ampleur, dirigé par des universitaires, syndicalistes de gauche, souvent issus du PAI et suite à sa dissolution. S’en est suivie une vague de sanctions, d’emprisonnements qui ont aussi touché ces étudiants. Nombre d’entre eux ont été incorporés de force dans l’armée.

De nombreux opposants sénégalais s’étaient retrouvés en exil dans les pays de l’Est ou dans les pays voisins comme le Mali. C’était face à un UPS affaibli par les dissensions nées du conflit Dia-Senghor. L’ancien président avait fini par desserrer l’étau, en autorisant un multipartisme limité à quatre courants.

Au début des années 80, sous la présidence d’Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et des opposants comme Bathily ont été envoyés en prison à la suite de simples manifestations contre le régime d’appartheid en Afrique du Sud. Cette période de tension va durer une vingtaine d’années, pendant lesquelles la quasi-totalité de l’opposition a fait la prison, accompagnée souvent de responsables de grandes familles religieuses et de membres de la société civile.

Faire face au régime, on le sait, pouvait avoir des conséquences sur sa liberté, sa famille, sa vie tout court. La puissance publique a toujours agi quand les libertés se sont trouvées menacées, quand des enjeux sécuritaires se sont posés. Et on ne peut pas oublier cette phrase d’Abdoulaye Wade, quelques heures après son interpellation suite à l’assassinat de Me Babacar Sèye : « que je sois en garde-à-vue est tout à fait dans l’ordre du possible et du droit. Donc je ne peux pas me plaindre de cela ». Ce qui ne l’a pas empêché par ailleurs de retourner dans le Gouvernement du Président Diouf.

Pour des présomptions différentes, liées aux finances du pays, Idrissa Seck est allé en prison en 2004 et la reconnaissance de son parti lui a été refusée pendant cette période, suite à une enquête menée par le commissaire Abou Kane. Il a fini par obtenir un non-lieu, faute de preuves tangibles.

Macky Sall, devenu opposant, avait lui aussi été convoqué suite à l’interpellation d’un de ses responsables vivant au Gabon. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Cheikh Tidiane Sy, avant, sans convaincre, brandi une lettre adressée au Président Bongo, obtenue par on ne sait quel moyen.

Dans la démarche du ministre de l’Intérieur Antoine Diome, il ne s’agit que d’un rappel des dispositions de la Loi sur le financement des partis politiques. Le ministre de l’Intérieur peut prendre des mesures de dissolution d’une association, comme la Loi l’indique. Mais Ousmane Sonko, dans le cas de cette éventualité extrême, a le loisir de saisir la Justice pour excès de pouvoir. Il s’agit donc d’une question de droit.

Mais pourquoi donc ce tollé général face à des financements qui peuvent constituer une menace pour la sécurité du pays dans un contexte de terrorisme ? Ousmane Sonko serait-il yuncitoyen à part ? La démocratie est en recul quand le pouvoir d’Etat s’exerce sans respect des droits des citoyens. Elle est aussi en recul quand un homme se sent intouchable, par la terreur que font régner ses affidés.





 
Abdoulaye Ndiaye
www.senemedia.com



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