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Eventuelle candidature de Macky Sall au poste de SG des Nations-Unies : Réplique de Babacar Gaye, ancien Ministre, à Seydi Gassama


Rédigé par leral.net le Vendredi 6 Février 2026 à 19:00 | | 0 commentaire(s)|

“J’ai pris connaissance de votre récente publication interpellant le président de la République, au sujet d’une éventuelle candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations-Unies. Comme beaucoup de Sénégalais, j’ai été frappé par le ton comminatoire et l’usage d’arguments moraux fallacieux présentés comme des vérités d'Evangile, alors qu’ils reposent sur une lecture sélective et malhonnêtement orientée de notre histoire récente. Personne, dans ce pays, ne conteste la douleur des familles endeuillées ni l’exigence légitime de justice pour toutes les victimes. Mais ériger ces tragédies en instrument d’intimidation politique, en conditionnant la conduite diplomatique de l’État à une injonction militante, pose un problème de méthode et d’équité.

La mémoire des disparus mérite la dignité, pas son instrumentalisation. Ce qui interroge davantage encore, c’est le silence persistant que vous avez souvent observé face à d’autres types de violence, qui ont pourtant profondément marqué la Nation. Beaucoup de Sénégalais n’ont pas souvenir de vous avoir dénoncé avec la même vigueur, les exactions commises dans le Sud du pays par la rébellion du MFDC, ni la mort de nos vaillants soldats ni les drames humains et les souffrances silencieuses qu’elle a engendrés durant des décennies.

Cette retenue contraste fortement avec la sévérité dont vous faites preuve lorsqu’il s’agit de mettre en cause Macky Sall ou l’ancien régime et dirigeants. Pourquoi? Soutenez-vous les indépendantistes ? De la même manière, vous n’avez jamais condamné avec clarté, les appels à l’insurrection, au coup d'État - traîner le président de la République dans la rue comme ce fut le cas de Samuel Doe - les crimes occasionnés, les violences urbaines, les destructions de biens publics et privés ou les attaques contre les forces de défense et de sécurité, qui ont jalonné les épisodes des affaires Sweet Beauty et Mame Mbaye Niang.

Là encore, des vies ont été perdues, des familles ont été brisées et la République a été mise à rude épreuve. La compassion et l’exigence de vérité ne peuvent être à géométrie variable, mon cher moralisateur. Votre posture suscite aussi des interrogations sur d’autres terrains. Vous êtes perçu, à tort ou à raison, comme un relais constant et zélé de causes et d’agendas sociétaux portés par des organisations internationales, notamment sur des questions liées aux droits des minorités que rejettent nos compatriotes.

Or, chacun sait que ces sujets, dans notre pays, se heurtent à des convictions culturelles, religieuses et sociales profondément enracinées. Le Sénégal est une société de valeurs, attachée à ses repères et à ses traditions, et toute évolution sur ces questions, ne peut se faire que dans le respect de sa souveraineté culturelle et du rythme de son propre projet de société. Il ne s’agit pas ici de nier la dignité de quiconque, ni de contester le principe universel des droits humains, mais de rappeler que leur promotion, ne peut se faire contre le socle moral et culturel d’un peuple, au risque de nourrir des incompréhensions et des fractures supplémentaires.

Sur ce terrain aussi, votre engagement apparaît souvent plus affirmé pour des intérêts pécuniaires que la défense de causes strictement nationales. Cher Seydi, vos attitudes contrastées, sur ces questions d'intérêt national, entament profondément votre crédibilité. Sur le fond, votre interpellation du Chef de l’État repose également sur une confusion institutionnelle. Nul ne se présente à titre personnel, au poste de Secrétaire général des Nations-Unies. Ce sont des États-parties qui portent des candidatures et celles-ci ne prospèrent qu’à la faveur d’équilibres diplomatiques complexes, scellés notamment par l’adhésion des membres du Conseil de sécurité, qui disposent du droit de véto. Ni votre mise en garde, ni même l’absence de soutien officiel du Sénégal, ne sauraient, à elles seules, empêcher ou déterminer l’issue d’un tel processus. Seule compte la volonté des cinq décideurs majeurs, que sont Macron et Trump.

En présentant cette question comme un test moral, vous simplifiez à l’extrême un enjeu diplomatique, qui relève d’abord de l’intérêt supérieur de la Nation. Gouverner, ce n’est pas céder à l’émotion ni aux pressions militantes ; c’est décider avec responsabilité, dans la sérénité et la hauteur, que requiert la conduite de l’État. Et le Président Bassirou Diomaye Faye a appris très vite que les désirs de Pastef et de ses suppôts, ne gouvernent pas le Monde. Je vous écris en patriote - sincère et engagé - et en républicain, attaché à la stabilité du Sénégal et au respect de ses institutions. La défense des droits humains exige une démarche planifiée et parole cohérente, courageuse face à toutes les violences, d’où qu’elles viennent : celles de l’État comme celles des groupes armés, celles des foules comme celles des acteurs politiques, qui ont prouvé leur aversion pour la stabilité du Sénégal.

À défaut, elle donne le sentiment d’un engagement sélectif, dicté davantage par des préférences idéologiques et communautaristes, que par une exigence universelle de justice. La mémoire des morts ne doit pas servir de levier de pression politique. Elle doit être un appel à la vérité, à la responsabilité collective et à la réconciliation. Et pour cela, vos compatriotes attendent plutôt, que vous exigez du président de la République et de son Premier ministre, l'abrogation pure et simple de la loi portant amnistie, sans laquelle, ils seraient toujours entre les mains de cette Justice, au nom de laquelle, vous semblez vous agiter.

Le Sénégal a besoin de voix qui rassemblent, pas de discours qui accentuent les lignes de fracture.

Veuillez recevoir, Monsieur, l’expression d’une franchise républicaine, que je crois encore nécessaire au débat public."


Babacar Gaye,
Ancien Ministre d'État,
Ancien député
Leader de Mankoo Mucc

Ousseynou Wade