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FILIALE DU FONSIS : WE! Fund investit 800 millions FCFA dans le social


Rédigé par leral.net le Lundi 3 Août 2026 à 00:00 | | 0 commentaire(s)|

Le WE! Fund, bras financier du FONSIS dédié à l'autonomisation des femmes, a annoncé le 28 juillet 2026, la signature de deux conventions d'investissement totalisant 800 millions de FCFA. Deux entreprises bénéficient de ces fonds publics : Dakar Dialyse, qui construit le premier centre de dialyse « vert » du Sénégal, et BERCA, spécialisée dans le recyclage des plastiques. Un double investissement à fort impact.
FILIALE DU FONSIS : WE! Fund investit 800 millions FCFA dans le social
Le 28 juillet 2026, à Dakar, le WE! Fund, filiale du Fonds souverain d'investissements stratégiques (FONSIS), a procédé à la signature de deux conventions d'investissement avec les sociétés Dakar Dialyse et BERCA, pour un montant global de 800 millions de FCFA (environ 1,2 million d'euros), et pour des projets à la croisée de la santé, de l'environnement et de l'inclusion sociale.

Dakar Dialyse : la dialyse « verte » à Diamniadio

Implantée à Diamniadio, dans la banlieue dakaroise, Dakar Dialyse porte un projet de création du premier centre de dialyse verte du Sénégal. Sur un site de 5 000 m², le futur établissement disposera de 38 postes de dialyse et d'une unité de traitement des déchets intégrant le recyclage des eaux issues des séances d'hémodialyse.

Le projet vise à améliorer l'accès à des soins spécialisés répondant aux standards internationaux, tout en intégrant des solutions de gestion durable des déchets médicaux. Il devrait générer 30 emplois directs, dont 18 réservés aux femmes.

Selon Dr Alioune Blondin Diop, Président de Dakar Dialyse : « Derrière Dakar Dialyse, il y a une conviction profonde : chaque Sénégalais, où qu'il vive, a le droit d'accéder à des soins médicaux de haut niveau. Avec l'engagement du WE! Fund, nous franchissons aujourd'hui un cap décisif. »

BERCA : le plastique recyclé au service de l'économie circulaire

Installée à Keur Ndiaye Lo (commune de Rufisque), BERCA est spécialisée dans la fabrication et la commercialisation de produits à base de matières plastiques recyclées. L'investissement du WE! Fund lui permettra d'acquérir de nouveaux équipements industriels et d'améliorer ses capacités de stockage.

L'entreprise vise à réduire la dépendance aux importations d'articles ménagers tout en structurant une chaîne de valeur inclusive autour du recyclage. Le projet prévoit la création de 33 emplois, dont 20 pour les femmes, en plus du maintien de 19 emplois existants.

Amadou Gueye, Président de BERCA, déclare : « Cet investissement constitue une étape décisive dans le développement de BERCA. Il doit nous permettre d'accélérer notre croissance et notre ambition de devenir un acteur majeur du recyclage au Sénégal. »
 
800 millions : symbolique, mais dérisoire pour un fonds souverain

800 millions FCFA (soit environ 1,2 million d'euros) répartis entre deux entreprises, c'est une goutte d'eau dans l'océan du FONSIS, qui gère un portefeuille d'environ 1 milliard de dollars . Certes, le WE! Fund est un véhicule dédié aux PME et à l'inclusion, mais son communiqué ne précise ni la nature de l'investissement (prêt, prise de participation, quasi-fonds propres), ni les taux, ni la durée, ni les conditions de remboursement. Ce qui empêche toute évaluation de la rentabilité ou du risque pour l'argent public.

Par ailleurs, le communiqué martèle les chiffres : 60 % d'emplois pour les femmes chez Dakar Dialyse, 60,6 % chez BERCA. C'est flatteur. Mais cela pose plusieurs questions : Quelle définition de « emploi pour les femmes » ? S'agit-il d'emplois qualifiés (cadres, techniciennes) ou majoritairement d'emplois précaires (agentes de nettoyage, manutentionnaires) ?

Où est le mécanisme de contrôle ? Le WE! Fund affiche son alignement sur l'ODD 5 (égalité des sexes) , mais aucun indicateur de suivi n'est publié. Qui vérifiera dans 18 ou 24 mois que ces 18 et 20 postes féminins sont effectivement pourvus, et à quelles conditions ?

La « dialyse verte » : un oxymore brouillard

Le concept de centre de dialyse « vert » est séduisant. Pourtant, l'hémodialyse est l'une des activités médicales les plus énergivores et consommatrices d'eau au monde. Recycler les eaux usées des séances est louable, mais cela ne résout pas l'empreinte carbone globale d'une infrastructure nécessitant 24h/24 électricité, eau ultra-pure et produits chimiques jetables. Le qualificatif « vert » semble ici davantage un argument marketing pour décrocher un financement public qu'une certification environnementale rigoureuse.

Le Sénégal, c'est Dakar et sa banlieue

Diamniadio (pôle urbain nouvelle génération, à 30 km de Dakar) et Keur Ndiaye Lo (Rufisque, périphérie dakaroise). Deux projets, deux adresses dans la couronne de la capitale. Rien pour l'intérieur du pays, où l'accès à la dialyse est quasi inexistant et où la gestion des déchets plastiques est un drame sanitaire. Le FONSIS, qui se veut un « instrument de souveraineté économique » , semble ici reproduire la centralité dakaroise qu'il devrait justement corriger.

Il s’y ajoute le manque d’information sur la structure juridique, les actionnaires, le capital social, ni les antécédents sur les deux entités bénéficiaires.

Dans un contexte où les fonds publics sénégalais sont régulièrement épinglés pour des conflits d'intérêts et des attributions “opaques”, cette absence de transparence sur les bénéficiaires finaux est une lacune  majeure.

De plus, il n’y a pas une seule date butoir. Quand le centre de dialyse ouvrira-t-il ? Quand BERCA livrera-t-elle ses premiers équipements ? C'est le syndrome classique de la communication institutionnelle sénégalaise : l'événement (la signature) prime sur le résultat (la livraison).

Le WE! Fund, 7 ans après

Créé en 2019 avec 1 milliard FCFA, le WE! Fund visait une levée à 10 milliards FCFA. En juillet 2026, soit près de 7 ans plus tard, on annonce fièrement un investissement de 800 millions. Même en cumulant l'ensemble des opérations passées (comme les 750 millions injectés dans Esteval et Prestiges ), le fonds semble très loin de sa cible. Cela pose la question de sa viabilité structurelle : est-il un véritable outil de financement, ou un fonds-vitrine pour des opérations de communication ciblées ?

Pour l'observateur critique, il pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses. Où va l'argent public ? Sous quelles conditions ? Qui en profite réellement ? Quel contrôle ? Quel calendrier ? Le FONSIS et ses filiales devraient publier des rapports d'impact détaillés, vérifiables et audités indépendamment.
 Malick NDAW



Source : https://www.lejecos.com/FILIALE-DU-FONSIS-WE-Fund-...

La rédaction