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FONDS COMMUNS DE TITRISATION DE CREANCES: Le nouveau moteur du marché financier


Rédigé par leral.net le Vendredi 8 Mai 2026 à 00:00 | | 0 commentaire(s)|

En l'espace de quelques semaines, la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) a enregistré une série de premières cotations de Fonds Communs de Titrisation de Créances (FCTC) qui transforme silencieusement l'architecture du marché obligataire de l'UEMOA. Ce n'est pas une coïncidence, c'est une bascule structurelle. Cette vague des FCTC révèle en tout cas des mutations profondes du marché financier de l'UEMOA.
FONDS COMMUNS DE TITRISATION DE CREANCES: Le nouveau moteur du marché financier
Le Bulletin Officiel de la Cote du 23 avril 2026 résume à lui seul l'ampleur du mouvement. En une seule journée, la BRVM actait simultanément la première cotation du FCTC SENELEC (120 milliards FCFA), du FCTC Croissance Agricole en deux tranches, et de trois tranches du FCTC EPT - Électricité Pour Tous de Côte d'Ivoire. Le 8 avril, déjà, c'était le FCTC KEUR SAMBA pour les PME. Le 5 mai 2026, la première cotation du FCTC Croissance Agricole 8% et 9% 2025-2032 a ajouté 80 milliards FCFA à la capitalisation obligataire du marché, faisant passer celle-ci de 12 146 à 12 220 milliards FCFA en une seule séance.

Une demande que le marché classique ne satisfait pas

Ce mouvement n'est pas spontané. Il répond à une convergence de trois besoins simultanés que les instruments classiques (bons du Trésor, obligations souveraines) ne peuvent pas satisfaire.

Du côté des émetteurs, les entreprises publiques et les banques disposent de portefeuilles de créances dormantes (factures impayées, crédits bancaires sains, flux futurs contractuels) qui immobilisent du bilan sans générer de liquidité. La titrisation leur permet de transformer cet actif passif en ressource active, sans creuser leur dette au sens comptable traditionnel. La Banque Agricole du Sénégal, en partenariat avec le consortium Invictus Capital & Finance, KF Titrisation et Development Finance Advisory, a structuré le FCTC Croissance Agricole comme un levier direct pour renforcer le financement du secteur agricole via le marché financier régional. C'est précisément ce modèle (une banque de développement sectorielle qui lève des ressources longues en titrisant ses créances agricoles) qui était impossible il y a encore cinq ans faute de cadre technique et réglementaire adapté.

Du côté des investisseurs institutionnels (banques, compagnies d'assurance, fonds de pension) les FCTC présentent un profil rendement-risque différencié des titres souverains. Le FCTC NSIA Banque CI bénéficie d'une notation AAA attribuée par Global Credit Rating, gage de solidité et de fiabilité pour les investisseurs, et est adossé à un portefeuille de créances jugées saines. AAA sur un instrument qui rend 7 à 10% : c'est un arbitrage difficile à ignorer pour un gestionnaire d'actifs dont le mandat exige un niveau minimum de qualité de signature.

Du côté du régulateur, l'AMF-UMOA a progressivement affiné son cadre réglementaire pour les FCTC depuis 2011, date à laquelle BOAD Titrisation obtenait le premier agrément de société de gestion de FCTC. La taxonomie verte de février 2024 a ajouté la dimension ESG. L'accélération de 2025-2026 est le fruit de quinze ans de construction institutionnelle qui arrive à maturité simultanément.
 
Le tableau est saisissant dans sa densité.

FONDS COMMUNS DE TITRISATION DE CREANCES: Le nouveau moteur du marché financier
La vraie nouveauté

Ce qui distingue la vague actuelle des opérations de titrisation précédentes, c'est son hétérogénéité sectorielle. Les premières générations de FCTC (Doli-P de BOAD Titrisation, FCTC NSIA Banque 2020-2025) titrisaient principalement des créances bancaires ou souveraines. Les opérations de 2025-2026 couvrent l'énergie, l'agriculture, les PME, le bancaire, les infrastructures. Le FCTC KEUR SAMBA, placé sous le thème « Une finance engagée au service des PME », est structuré par BOAD Titrisation et vise à répondre aux besoins de refinancement des PME, véritables moteurs de croissance et d'emploi dans la région. C'est précisément cette diversification qui est significative. Elle signale que la titrisation n'est plus perçue comme un outil réservé aux grandes institutions financières (elle commence à être vue comme un vecteur de financement de l'économie réelle dans ses secteurs les plus structurants).

L'agriculture est l'exemple le plus parlant. Financer l'agriculture par le marché financier était considéré comme structurellement difficile en zone UEMOA (horizon de remboursement incertain, garanties insuffisantes, rendements volatils selon les saisons). En titrisant des créances agricoles saines déjà constituées plutôt que de financer des projets futurs, le FCTC Croissance Agricole contourne ce problème : l'investisseur n'est pas exposé au risque agricole direct, mais au risque de recouvrement d'une créance existante. C'est une innovation conceptuelle autant que technique.

Le marché secondaire reste le point faible

L'analyse serait incomplète sans nommer la limite structurelle que cette vague de cotations ne résout pas encore.
L'admission à la cote du FCTC NSIA Banque CI vient consolider le dispositif mis en place en 2025, en facilitant l'accès au marché secondaire et en renforçant la liquidité de ce type d'actifs. La formule est institutionnelle et optimiste. La réalité de marché est plus nuancée. La cotation crée formellement le marché secondaire, mais la liquidité effective dépend du comportement des investisseurs, et les institutionnels régionaux conservent structurellement leurs obligations jusqu'à maturité (buy and hold). Les volumes échangés sur le marché secondaire des FCTC cotés à la BRVM restent marginaux.

Ce qui change progressivement, c'est la montée en puissance des OPCVM obligataires (qui, eux, ont besoin de liquidité pour gérer leurs rachats). À mesure que ces véhicules se développent dans la zone, la demande de négociabilité sur le marché secondaire augmentera mécaniquement. La vague actuelle de cotations construit le stock d'actifs qui alimentera ce marché secondaire futur.
La cotation crée les conditions nécessaires (pas suffisantes). Un titre coté à la BRVM a un code de valeur, un carnet d'ordres, un prix de référence publié. Il est techniquement négociable. Sans cotation, rien de tout cela n'existe. En ce sens, chaque nouveau FCTC coté élargit le périmètre du marché secondaire (il ajoute des instruments potentiellement échangeables).
Cependant, la cotation ne crée pas la liquidité effective. Et c'est là que le bât blesse.

Un marché secondaire profond, mais…

Un marché secondaire profond suppose trois conditions simultanées :
Des vendeurs actifs - des investisseurs qui veulent sortir avant maturité. Or les banques et assureurs régionaux achètent des FCTC pour les tenir jusqu'au bout (buy and hold). Ils n'ont ni l'obligation ni l'incitation à revendre ; des acheteurs actifs - des gestionnaires qui cherchent à entrer après l'émission primaire. Ils existent (les OPCVM notamment) mais restent peu nombreux ; des teneurs de marché - des acteurs qui proposent en permanence des prix acheteur et vendeur. Ce mécanisme est quasi-inexistant sur le marché obligataire de la BRVM.

La vérité inconfortable

On peut avoir 50 FCTC cotés et un marché secondaire quasi-inerte si les détenteurs ne bougent pas. C'est exactement la situation actuelle du marché. La capitalisation obligataire de la BRVM dépasse 12 000 milliards FCFA (mais les volumes échangés quotidiennement sur ce compartiment représentent une fraction infime de ce stock).

Ce que la vague de cotation actuelle construit, c'est plutôt la profondeur du marché primaire (plus d'instruments, plus de secteurs, plus d'émetteurs). La profondeur du marché secondaire, elle, viendra quand les OPCVM obligataires seront suffisamment développés pour créer une demande continue de négociabilité.
On n'y est pas encore. La cotation est la condition nécessaire mais elle ne suffit pas.
Malick NDAW
 
 
 
 
 



Source : https://www.lejecos.com/FONDS-COMMUNS-DE-TITRISATI...

La rédaction