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Gabon I "En ma qualité de députée de la Nation, je resterai vigilante et engagée, afin que toute la lumière soit faite"

Rédigé par leral.net le Mercredi 11 Février 2026 à 11:26 | | 0 commentaire(s)|

Chers compatriotes, Je m'adresse à vous aujourd'hui avec responsabilité, à la suite de la communication publique de la société CLIKAFRIK Gabon SARL (BIBA 241 https://share.google/FVNLmnNclEioXAd0G )intervenue en réponse à la note du Directeur Général de la CNSS, en date du 30 janvier 2026.
En ma qualité de citoyenne engagée, de femme politique, je considère qu'il est de mon devoir d'apporter une lecture claire, structurée et apaisée d'un dossier qui touche à la gestion de fonds publics, à (...)

- LIBRE PROPOS /

Chers compatriotes,
Je m'adresse à vous aujourd'hui avec responsabilité à la suite de la communication publique de la société CLIKAFRIK Gabon SARL (BIBA 241 https://share.google/FVNLmnNclEioXAd0G)intervenue en réponse à la note du Directeur Général de la CNSS en date du 30 janvier 2026.

En ma qualité de citoyenne engagée, de femme politique, je considère qu'il est de mon devoir d'apporter une lecture claire, structurée et apaisée d'un dossier qui touche à la gestion de fonds publics, à la protection sociale et à la crédibilité de nos institutions.
Ce dossier ne relève pas d'une simple controverse médiatique.

Il concerne des engagements financiers importants, le fonctionnement de notre système de protection sociale et la confiance que chaque Gabonaise et chaque Gabonais place dans l'État.

La Direction Générale de la CNSS affirme l'existence d'irrégularités majeures dans la procédure ayant conduit au choix de la solution CLIKAFRIK. Elle évoque une passation jugée non conforme au Code des marchés publics, l'absence de mise en concurrence formelle, l'inexistence d'un cahier des charges structuré, ainsi qu'une surfacturation présumée pouvant atteindre environ 3,2 milliards de francs CFA.

Elle estime par ailleurs que le niveau d'exécution du projet ne dépasserait pas 8 % et que la plateforme livrée ne serait pas exploitable. Elle mentionne enfin des pressions institutionnelles qui auraient visé à imposer la solution retenue.

De son côté, la société CLIKAFRIK soutient que le projet a été validé par les organes compétents, notamment les instances de gouvernance concernées. Elle affirme que le montant contractuel réel s'élève à 1,223 milliard de francs CFA et que les montants supérieurs évoqués correspondraient à des frais de maintenance étalés sur une longue période.

L'entreprise indique qu'aucun paiement n'a encore été perçu et que toute rémunération est conditionnée à des jalons techniques précis. Elle met également en avant le caractère local du développement, la souveraineté numérique du dispositif et la conformité aux standards techniques de l'ANINF.

Ces deux lectures opposées révèlent une divergence profonde d'interprétation sur les mêmes faits. Cette situation impose une analyse rigoureuse et dépassionnée.
Certains arguments avancés par la société méritent un examen attentif.

L'existence éventuelle de procès-verbaux de validation institutionnelle indiquerait que le projet n'a pas été engagé de manière clandestine. Toutefois, une validation interne ne saurait se substituer à une stricte conformité au Code des marchés publics, car la légalité procédurale constitue une exigence autonome et impérative.

La question du montant exact du contrat constitue un point central. La différence entre 1,223 milliard de francs CFA et un engagement global pouvant atteindre 3,2 milliards sur plusieurs années repose sur l'intégration ou non des frais de maintenance. Seule une clarification contractuelle officielle permettra d'établir le montant réel de l'engagement de l'État.

L'absence de paiement, si elle est confirmée, signifie qu'aucune sortie de trésorerie n'a encore été opérée. Cette situation limite l'impact financier immédiat, mais elle ne résout pas la question fondamentale de la régularité juridique du contrat.

L'argument de la souveraineté numérique revêt une importance stratégique indéniable pour notre pays. Le développement local d'outils numériques et l'hébergement national des données constituent des enjeux majeurs. Toutefois, l'objectif stratégique ne dispense pas du respect strict des règles de la commande publique.

Plusieurs zones d'ombre subsistent.

La conformité au Code des marchés publics doit être établie de manière formelle. Il convient de déterminer si un appel d'offres a été organisé, si une mise en concurrence effective a eu lieu ou si une procédure dérogatoire a été dûment autorisée par les instances compétentes. L'absence de ces éléments fragiliserait juridiquement le contrat et exposerait l'État à des risques contentieux.

La question du cahier des charges demeure également essentielle.

Un projet de cette ampleur suppose un document contractuel précis définissant les spécifications techniques, les obligations des parties et les modalités d'évaluation. Sans un tel document, l'appréciation du taux d'exécution et la validation des jalons techniques deviennent incertaines.

Le niveau réel d'avancement du projet nécessite une expertise indépendante. Une divergence aussi marquée entre une estimation de 8 % d'exécution et l'affirmation d'un prototype conforme aux standards techniques impose un audit neutre et documenté.

Les allégations de pressions institutionnelles, si elles étaient confirmées, soulèveraient des questions de gouvernance et d'équilibre des responsabilités entre les entités concernées. La stabilité de nos institutions sociales exige un fonctionnement clair et respectueux des prérogatives de chacun.

Les risques pour l'État sont multiples.

Un risque juridique pourrait résulter d'une éventuelle annulation du contrat ou de contentieux. Un risque financier pourrait découler d'engagements budgétaires significatifs. Un risque opérationnel pourrait affecter la continuité des prestations sociales. Un risque institutionnel pourrait naître d'un conflit durable entre organismes publics. Un risque réputationnel pourrait fragiliser la confiance des citoyens.

Plusieurs clarifications s'imposent donc.

Les autorités compétentes doivent établir la conformité du marché au Code des marchés publics, confirmer l'existence d'un cahier des charges formel, préciser le montant contractuel global incluant la maintenance, présenter un audit technique indépendant, expliciter le rôle exact de l'ANINF et éclairer les décisions relatives à l'arrêt des plateformes existantes. Ces réponses doivent être fondées sur des documents vérifiables.

Deux hypothèses principales structurent l'analyse. Soit il s'agit d'un différend institutionnel mal coordonné autour d'un projet stratégique, soit il existe des irrégularités substantielles engageant la responsabilité de l'État. Dans l'un ou l'autre cas, seule une démarche de transparence complète permettra d'établir la vérité.

Ma position demeure constante. Je défends la protection des fonds publics, la transparence administrative, le respect de la légalité et la stabilité de notre système de protection sociale. Cette situation exige un audit technique indépendant, un audit juridique externe, un audit financier détaillé et la publication intégrale des engagements contractuels.

Chers compatriotes, cette affaire dépasse les clivages et les débats médiatiques. Elle concerne l'utilisation de ressources publiques, la sécurité des données sociales et la crédibilité de nos institutions. La vérité doit émerger par la rigueur documentaire et l'expertise indépendante.

En ma qualité de députée de la Nation, je resterai vigilante et engagée afin que toute la lumière soit faite. Cette situation engage la responsabilité collective de l'État et appelle une réponse à la hauteur des enjeux. Il ne s'agit pas d'une querelle circonstancielle.
Il s'agit d'une affaire d'État.

Justine LEKOGO



Source : https://www.gabonews.com/fr/actus/libre-propos/art...