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Gabon I "Le Décret n°0453 organise concrètement le transfert des compétences et des moyens de l'État. vers les collectivités locales"

Rédigé par leral.net le Mardi 3 Février 2026 à 14:54 | | 0 commentaire(s)|

L'Honorable Justine Judith Lekogo, Députée de la Nation, Vice-présidente de la Commission des Finances, a échangé avec le journaliste à propos de la Décentralisation et du Décret n°0453/PR/MISD portant transfert des compétences et de moyens de l'Etat aux collectivités locales, pour la première phase.
Madame la Députée, pourquoi ce décret sur le transfert des compétences mérite-t-il aujourd'hui une attention particulière ?
Parce qu'il touche directement à la manière dont les citoyens (...)

- POLITIQUE /

L'Honorable Justine Judith Lekogo, Députée de la Nation, Vice-présidente de la Commission des Finances a échangé avec le journaliste à propos de la Décentralisation et Décret n°0453/PR/MISD portant transfert des compétences et de moyens de l'Etat aux collectivités locales pour la première phase.

Madame la Députée, pourquoi ce décret sur le transfert des compétences mérite-t-il aujourd'hui une attention particulière ?

Parce qu'il touche directement à la manière dont les citoyens vivront l'action publique au quotidien. Le Décret n°0453 organise concrètement le transfert des compétences et des moyens de l'État vers les collectivités locales. Autrement dit, il conditionne la capacité de nos communes et de nos départements à décider, agir et répondre efficacement aux besoins réels des populations. Ce n'est pas un texte technique réservé aux spécialistes : c'est un texte qui engage l'avenir de nos territoires.

Peut-on dire que ce décret marque une avancée majeure pour la décentralisation ?

Oui, incontestablement. C'est un pas important, car il traduit enfin dans les faits des principes déjà consacrés par notre Constitution et les lois sur la décentralisation. Il reconnaît que le développement ne peut pas être piloté uniquement depuis le centre et que les collectivités locales doivent jouer un rôle central. En cela, ce décret constitue une première phase structurante du processus de décentralisation.

Quels sont, selon vous, les principaux points forts de ce décret ?

Son premier point fort est son ampleur sectorielle. Les collectivités se voient confier des compétences dans des domaines essentiels : éducation de base, santé communautaire, eau, électricité, voirie, agriculture, pêche, jeunesse, culture, développement économique local.

Le deuxième point fort est la philosophie de proximité qu'il porte : les décisions doivent être prises au plus près des citoyens, par des élus qui connaissent les réalités du terrain.

Enfin, le décret consacre un principe fondamental : les compétences transférées doivent être accompagnées de moyens humains et financiers. C'est une reconnaissance politique forte.

Malgré ces avancées, vous avez aussi exprimé des réserves. Quelles sont les principales faiblesses du texte ?

Elles tiennent principalement à trois points.
D'abord, un flou sur l'autonomie réelle des collectivités, car beaucoup de compétences sont exercées « en collaboration » avec l'État, sans que le partage du pouvoir décisionnel soit clairement défini.

Ensuite, les moyens humains : le décret prévoit bien le transfert ou la mise à disposition de personnels, mais sans quotas clairs ni délais précis, ce qui expose certaines collectivités à exercer des compétences sans ressources suffisantes.
Enfin, les ressources financières restent fragiles. Le taux de la dotation spéciale n'est pas fermement garanti et aucun mécanisme automatique de versement n'est clairement établi.

Justement, la question financière inquiète beaucoup les élus locaux. Que leur répondez-vous ?

Leur inquiétude est légitime. La décentralisation sans moyens financiers sécurisés est vouée à l'échec. Certes, le décret prévoit une dotation spéciale annuelle et un Fonds de péréquation, ce qui est positif. Mais tant que les montants, les délais et les mécanismes de versement ne sont pas clairement garantis, les collectivités resteront dépendantes des arbitrages du pouvoir central. Or, on ne peut pas bâtir une gouvernance locale efficace sur l'incertitude budgétaire.

Quels risques concrets voyez-vous si ces faiblesses ne sont pas corrigées ?

Le principal risque est une décentralisation de façade, purement administrative. Les collectivités auraient des responsabilités sur le papier, mais peu de marges de manœuvre dans la réalité. Cela pourrait aussi entraîner des conflits de compétences entre l'État et les collectivités, ralentir l'action publique et générer une frustration compréhensible des populations si les résultats tardent à se faire sentir.

En tant que Députée, quelles sont vos recommandations prioritaires ?

Je plaide pour plusieurs mesures concrètes :

• la fixation d'un pourcentage ferme et garanti de la dotation financière,
• la publication d'un calendrier public des prochaines phases de transfert,
• l'adoption rapide de textes d'application clairs et précis,
• la mise en place d'un contrôle parlementaire régulier de la décentralisation,
• le renforcement de la formation des élus et cadres locaux,
• et une clarification juridique des domaines de collaboration entre l'État et les collectivités.

Un dernier mot pour les citoyens qui nous écoutent ?

La décentralisation ne doit pas rester un slogan. Elle doit se traduire par des écoles mieux gérées, des routes entretenues, un accès plus fiable à l'eau et à l'électricité, des services publics plus proches et plus efficaces. Ce décret ouvre une opportunité historique, mais une opportunité n'a de valeur que si elle est pleinement concrétisée. En tant que Députée, je resterai vigilante, engagée et à l'écoute, pour que cette réforme améliore réellement votre quotidien.

Propos recueillis par LJJ/MT



Source : https://www.gabonews.com/fr/actus/politique/articl...