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Gabon I Suspension des droits et taxes : Réaction de la députée Justine Judith Lekogo

Rédigé par leral.net le Lundi 16 Février 2026 à 08:09 | | 0 commentaire(s)|

Droits et taxes suspendus, la réaction de la députée Justine Judith Lekogo ne s'est pas fait attendre. Dans une interview accordée à notre rédaction, elle donne son point de vue à cette actualité et dit avoir pris acte de cette décision, qui constitue une mesure conjoncturelle forte, visant à préserver le pouvoir d'achat des ménages, en particulier les plus vulnérables.
Madame la Députée, le Ministère de l'Économie vient d'annoncer la suspension pour six mois des droits et taxes sur (...)

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Droits et taxes suspendus, la réaction de la députée Justine Judith Lekogo ne s'est pas fait attendre. Dans une interview accordée à notre rédaction, elle donne son point de vue à cette actualité et dit avoir pris acte de cette décision qui constitue une mesure conjoncturelle forte visant à préserver le pouvoir d'achat des ménages, en particulier les plus vulnérables.

Madame la Députée, le Ministère de l'Économie vient d'annoncer la suspension pour six mois des droits et taxes sur certains produits de grande consommation et matériaux de construction. Quelle est votre première réaction ?

Justine Judith Lekogo :

Je prends acte de cette décision qui constitue une mesure conjoncturelle forte visant à préserver le pouvoir d'achat des ménages, en particulier les plus vulnérables. Dans un contexte marqué par des pressions inflationnistes importées et par une sensibilité accrue aux prix des denrées alimentaires et des matériaux de construction, cette suspension fiscale peut jouer un rôle d'amortisseur immédiat.

Il s'agit d'un instrument classique de politique économique à court terme. En réduisant la composante fiscale du prix d'entrée des produits importés, l'État agit directement sur la formation des prix. Sur le principe, la logique économique est cohérente.

Pensez-vous que cette mesure sera réellement efficace ?

Justine Judith Lekogo :

Son efficacité dépendra essentiellement de la transmission effective de la baisse fiscale vers le consommateur final. Théoriquement, si l'on supprime les droits d'importation, la TVA et la redevance de scanning, le coût unitaire d'entrée baisse. Mais en pratique, tout dépendra de la structure du marché.

Si les circuits d'importation et de distribution sont concentrés, une partie de la baisse peut être captée sous forme de marges supplémentaires. C'est ce qu'on appelle en économie un effet d'aubaine.

La mesure sera efficace si :
• Les contrôles sont rigoureux,
• Les marges sont transparentes,
• Les prix sont effectivement ajustés à la baisse.

Certains observateurs rappellent que ce type de mesure a déjà été appliqué par le passé. Qu'en pensez-vous ?

Justine Judith Lekogo :

C'est un point essentiel. Depuis 2013, le Gabon a eu recours à plusieurs reprises à des exonérations fiscales ou à des dispositifs similaires pour lutter contre la vie chère. En 2014, 2015, 2016, puis plus récemment avec la mercuriale des prix, l'objectif était le même : contenir la hausse des prix.

Le constat est que ces mesures reviennent de manière cyclique. Cela signifie qu'elles apportent un soulagement temporaire, mais qu'elles ne résolvent pas les causes structurelles du problème.

Une mesure fiscale de ce type est, par nature, exceptionnelle et limitée dans le temps. Elle ne devrait pas devenir un mécanisme récurrent, au risque de créer des distorsions et d'affaiblir la cohérence budgétaire.

Vous semblez prudente sur la durée annoncée de six mois ?

Justine Judith Lekogo :

Oui, parce que l'expérience nous enseigne que certaines mesures temporaires ont parfois été prolongées ou reconduites.

La question que nous devons nous poser collectivement est la suivante :
Sommes-nous certains que cette suspension restera strictement limitée à six mois ?

Une fiscalité exceptionnelle doit rester exceptionnelle. Sinon, elle perd sa nature corrective et peut encourager des stratégies de contournement.

Justement, vous évoquez des contournements. Pouvez-vous préciser ?

Justine Judith Lekogo :

Dans les expériences précédentes, nous avons observé :
• L'apparition de circuits parallèles,
• Des pratiques de stockage spéculatif,
• Des stratégies permettant à certains opérateurs de préserver leurs marges,
• Une concentration des bénéfices entre les mains des acteurs dominants.

C'est pourquoi le contrôle ne doit pas être uniquement administratif. Il faut aussi renforcer la concurrence, la transparence et la traçabilité des prix.

Que faudrait-il faire pour que cette mesure produise réellement des effets durables ?

Justine Judith Lekogo :

Il faut articuler court terme et long terme.

À court terme :
• Mettre en place un tableau public de suivi des prix,
• Publier les marges indicatives,
• Clarifier les sanctions en cas de non-répercussion de la baisse.

À long terme :
• Renforcer la production locale,
• Réduire notre dépendance aux importations,
• Améliorer la logistique et les infrastructures,
• Encourager une véritable politique de concurrence.

Tant que nous resterons structurellement dépendants des importations, nous serons exposés aux chocs internationaux, et nous devrons sans cesse recourir à des exonérations fiscales.

La mesure a aussi un impact budgétaire. Est-ce un risque ?

Justine Judith Lekogo :

Évidemment, suspendre des droits d'importation et la TVA représente un manque à gagner pour l'État. Il faut donc s'assurer que cet effort budgétaire est soutenable.

Il s'agit d'un arbitrage : soutenir immédiatement le pouvoir d'achat sans fragiliser l'équilibre macroéconomique à moyen terme.

La transparence sur l'impact financier de la mesure serait un signal important.

En conclusion, soutenez-vous cette décision ?

Justine Judith Lekogo :

Je soutiens toute initiative visant à protéger les ménages face à la vie chère. C'est une priorité nationale.

Mais je considère également que nous devons dépasser le cycle des mesures temporaires répétitives. La suspension fiscale est un outil, pas une solution définitive.

Le véritable défi est de construire une économie plus résiliente, capable d'assurer la stabilité des prix sans dépendre régulièrement d'exonérations exceptionnelles.

Si cette mesure s'inscrit dans une stratégie globale de transformation économique, alors elle peut être un levier utile. Si elle reste isolée, elle ne sera qu'un soulagement provisoire.

Propos recueillis par MT/LJ



Source : https://www.gabonews.com/fr/actus/economie/article...