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Hausse des recettes douanières: 1 000 milliards de questions sur une performance

L’augmentation sensible des recettes douanières, en ces temps de morosité économique, a suscité engouement et interrogations. Comment l’Administration douanière a pu réussir son record de 1 000 milliards ? Quels sont les secteurs et les mesures sur lesquels reposent ces performances ? Cela traduit-il un échec du PSE, qui misait sur une transformation structurelle de l’économie ? Eléments de réponse avec les économistes Meïssa Babou et Khadim Bamba Diagne.


Rédigé par leral.net le Lundi 11 Janvier 2021 à 08:31 | | 0 commentaire(s)|

Hausse des recettes douanières: 1 000 milliards de questions sur une performance
C’est des performances qui suscitent pas mal de curiosité, d’interrogations, mais aussi de satisfaction, de l’admiration. Pour certains, c’est bravo aux soldats de l’économie ! Pour d’autres, c’est plutôt l’étonnement qui domine. Comment la Douane sénégalaise a pu mobiliser plus de 1 000 milliards FCfa en 2020, dans un contexte d’arrêt quasi généralisé de l’économie, d’exonération de certains opérateurs de l’économie, de rééchelonnement des délais de paiement, de renonciation à certaines pénalités ?

Une certaine dose de rationalité recommande de l’expliquer par une hausse des importations. Parce que comme l’indique le professeur Khadim Bamba Diagne, enseignant à la faculté des Sciences économiques et de Gestion de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, ‘’une augmentation des recettes douanières se justifie généralement par une hausse des importations. Plus on importe, plus les recettes douanières augmentent’’.

Mais, signale toujours l’économiste, cette augmentation pose quand même problème, dans ce contexte de pandémie mondiale. ‘’Collecter 1 000 milliards FCfa au titre des recettes douanières, pour un pays qui traverse des moments aussi difficiles, cela peut poser problème. Mais cela montre tout simplement que la transformation structurelle de l’économie tant chantée depuis des années, laisse encore à désirer’’, argue le spécialiste.

En effet, hormis le commerce de masques, de thermo-flashs et d’autres équipements sanitaires, difficile de trouver des produits qui ont connu, en 2020, plus de santé que durant les années précédentes. Encore que pour ces derniers produits, pas mal de facilitations avaient été édictées pour les rendre disponibles.

Cependant, fait remarquer le Dr. Khadim Bamba Diagne, il ne faut pas oublier les biens d’équipement qui sont utilisés dans certains grands chantiers de l’Etat et qui sont souvent importés. ‘’Peut-être, ce sont ces biens d’équipements... Mais il faudra attendre pour en avoir une idée précise. Mais, d’habitude, ces grands chantiers nécessitent des investissements lourds, et la plupart des matériaux viennent de l’étranger. Je peux citer le BRT, le Ter, les lampadaires sur le péage…. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas eu une hausse de la démographie, de nature à justifier cette explosion des recettes’’.

Joint par téléphone, l’économiste Meïssa Babou exprime également sa grande surprise provoquée par cette annonce et apporte son analyse. Il déclare : ‘’C’est vrai que j’étais quand même surpris, parce que nous sommes dans un marasme économique. On s’attendait plutôt à une baisse des recettes fiscales, globalement. Cette hausse pourrait s’expliquer par la révision de la facturation. Il y a peut-être l’augmentation des droits de porte qui est à la base de cette augmentation des recettes douanières’’.

De l’avis de l’enseignant à la faculté des Sciences économiques et de Gestion de l’Ucad, il est difficilement compréhensible que cette augmentation soit justifiée par une hausse des importations. ‘’Du point de vue de la quantité des importations, je continue de croire à une baisse. Maintenant, puisque c’est forcément prix fois quantité, je pense que les autorités douanières ont plus agi sur le prix, en l’augmentant. Cela peut aussi s’expliquer par un élargissement de l’assiette’’.

En langage moins codé, des gens qui passaient entre les mailles du filet, sont passés à la caisse pour l’exercice écoulé. L’économiste persiste : ‘’Pour 2020, j’imagine mal une hausse des importations qui pourrait expliquer de telles recettes. Il faut rappeler que l’économie était à l’arrêt pour une bonne partie de l’année. Je ne vois pas comment, sur les derniers mois, on peut rattraper tout le temps perdu. On ne peut pas importer en 6 mois, la valeur d’une année. Encore que les restrictions sont encore là et elles transcendent notre pays ’’.





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