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Hommage: Amath Dansokho et ses leçons d’outre-tombe

Deux ans que disparaissait, à 82 ans, le charismatique leader du Parti de l’indépendance et du travail (PIT) Amath Dansokho. Il laisse une place qui reste inoccupée, tant son rôle de médiateur politique et social a été crucial…


Rédigé par leral.net le Mardi 24 Août 2021 à 09:57 | | 0 commentaire(s)|

Hommage: Amath Dansokho et ses leçons d’outre-tombe
C’est un constat bien ancré que la scène politique manque de personnalités capables de gommer les différences/différends politiques et idéologiques, pour jouer le rôle de rassembleur. Autant ces 30 dernières années ont été marquées par des prises d’initiatives dans le sens de chercher des solutions aux problèmes politiques lorsqu’ils se posent, autant ce réflexe qui symbolisait bien quelque part le génie politique sénégalais, s’est, comme qui dirait, atrophié.

Les dernières émeutes consécutives à l’affaire Ousmane Sonko ont donné la preuve que la marge de manœuvre des politiques, dans la prise en charge des crises majeures, s’est dépréciée. Ce sont les voix des grandes familles religieuses – Touba et Tivaouane surtout – qui se sont fait entendre. C’est une situation bien nouvelle, qui découle sans doute d’une inertie des politiques qui ont laissé la place à d’autres forces, la nature ayant horreur du vide.

Cette perte de pouvoir est la conséquence d’une perte de crédibilité, de l’absence d’initiatives et d’une désertion de l’intelligence politique de l’espace public. Le tableau n’est plus le même, lorsqu’on remonte juste à… 10 ans.

Preuve que la prise de hauteur, lorsqu’il s’agit de créer les rapports de force nécessaires, était une réalité bien de chez nous, le salon d’Amath Dansokho a été, pendant de très longues années, le lieu où pouvait cohabiter Moustapha Niasse, feu Ousmane Tanor Dieng et le regretté Djibo Kâ. Ces trois personnalités se sont pourtant combattues sans concession, engendrant dans le même élan, la chute du régime socialiste en 2000.
Qu’Amath Dansokho et Abdoulaye Bathily, d’un côté, les anciens ténors du régime socialiste déchu puissent se retrouver quelques années seulement après que les premiers cités ont expédié, avec Me Abdoulaye Wade, le régime socialiste dans l’opposition, renseigne, à souhait, sur la capacité de ces acteurs à prendre de la hauteur.

‘’i[Nous privilégions la discussion. Tant que Me Abdoulaye Wade respectera la volonté souveraine des Sénégalais à se choisir le président qu’ils veulent, nous jouerons le jeu. Nous sommes prêts à faire le sacrifice de l’accompagner [Abdoulaye Wade] jusqu’à la fin de son mandat, s’il ne se représente pas. S’il choisit une autre voie, nous lui ferons face ensemble]i’’, confiait Dansokho lors d’une gigantesque manifestation organisée à la place de l’Obélisque, le 23 juillet 2011, un mois après les émeutes ayant accompagné le projet de modification de la Constitution.

Même dans les moments les plus troubles, le fil n’a jamais été rompu entre les acteurs politiques. Opposition et pouvoir se parlaient. Non pas pour comploter sur le dos du peuple, mais pour éviter que le chaos ne s’installe. Malgré leurs discours qui pouvaient être va-t-en-guerre par moments, Amath Dansokho et ses camarades ont toujours compris que les équilibres sont fragiles. Et que l’anarchie pouvait s’installer, si les politiques ne se parlent pas.

Or, le tableau actuel est aux antipodes de la fin du règne de Wade. Le dialogue est intra-parti. Tout se fait en vase clos. Et les passerelles de communication entre les leaders politiques, au pouvoir ou aspirant à y accéder, sont rompues. Chaque camp semble affûter ses armes, non pas seulement pour aller aux élections, mais surtout pour ce qui semble ressembler à une confrontation finale.

Et là encore, l’esprit d’Amath Dansokho, qui aimait bien convoquer l’exemple de la Côte d’Ivoire, nous parle. ‘’Il nous faut éviter que le pays ne sombre dans la violence. Nous savons qu’il y a des forces qui peuvent, à chaque instant, installer le chaos. Nous sommes encore des démocraties jeunes et donc fragiles. Ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire, nous parle’’ (‘’EnQuête’’ du 12 juillet 2011). On pourrait aujourd’hui remplacer Côte d’Ivoire par… Mali.




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