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Hommage à Mohamed Ndiaye “ROBERT DIOUF”: La légende de la lutte tire sa révérence à 83 ans

L’émotion est grande que je ne sais par où commencer pour rendre un hommage mérité à un grand homme. Mohamed Ndiaye était comme un père pour moi et cela, du fait des rapports qu’il entretenait avec mon père. J’ai eu la chance aussi de l’avoir interviewé lors de la rédaction de mon livre sur la lutte “Au-delà des millions et des passions” où j’ai découvert une autre facette de sa personne. Je tais les autres confidences que j’ai eues avec lui et publie un extrait de son entretien dans le livre. Cette légende du terroir du Sine tire sa révérence à 83 ans. Qu’Allah SWT l’accueille au Paradis. Amine


Rédigé par leral.net le Samedi 30 Août 2025 à 13:59 | | 0 commentaire(s)|

MOHAMED NDIAYE ALIAS ROBERT DIOUF, LE PREMIER « MILLIONNAIRE » DE L’ARENE

Hommage à Mohamed Ndiaye “ROBERT DIOUF”: La légende de la lutte tire sa révérence à 83 ans
Les fruits de son intense activité physique, durant près de deux décennies restent visibles pour Mohamed Ndiaye « Robert Diouf ». A 68 ans, l’ancien champion sérère est toujours alerte et dans son Joal natal, redécouvre ses anciennes passions : les champs, tout en se rappelant le magnifique parcours qui est sien.

« Les champs, la pêche et le pâturage étaient les principales activités de Robert Diouf. Même quand il travaillait dans la police, il n’arrêtait pas de s’y consacrer quand il revenait à Joal. Il aime ce qu’il fait et il y va avec une réelle détermination », témoigne Serigne Ndiaye alias « Boy Ndiaye », bras droit du légendaire champion sérère. C’est ce dernier qui l’a découvert et conduit à Dakar avant de confier ses destinées à Cheikh Diop qui l’a géré jusqu’ à la fin de sa carrière.

A 16-17 ans, il fit le tour de la question dans sa localité, engrangeant les bœufs, les titres. Sa renommée vient jusqu’à Dakar qui avait déjà adopté Double Less, Mbaye Guèye et les autres. « Je voulais toujours être le meilleur dans tout ce que je faisais, c’est pourquoi je me tuais aux entraînements. Personne ne pouvait me contenir. Il m’arrivait de faire un footing de plusieurs kilomètres, de revenir à la maison me recoucher avant le réveil de mes parents. Ensuite, après les travaux champêtres, la pêche et le traitement des bêtes, je retournais aux entraînements », fait savoir Mohamed Ndiaye, de retour… des champs, à près de 70 ans.

Son statut de « bête du travail » va crescendo quand il sera enrôlé à la police aussi comme moniteur sportif. « Avant de me rendre à l’École de police, je faisais un footing matinal et à 10 h, je prenais en main mes éléments au niveau de l’École. A midi, je me rendais en salle pour parfaire ma musculation, mais ce n’est pas de la même façon que les lutteurs actuels. L’après-midi, je me rendais à l’écurie sérère et les séances finissaient après la dernière prière du soir », se rappelle Robert Diouf, nostalgique.

ANONYME, MAIS AMBITIEUX

Ses débuts à Dakar furent assez laborieux, surtout en notoriété. Pas grand de taille, ni assez costaud, Robert Diouf n’a jamais dépassé 100 kg, mais était résistant. « On me snobait lors des séances de « mbapatt», car on ne me connaissait pas assez à Dakar. Il me fallait jouer de subterfuge pour lutter avec des adversaires plus lourds que moi et avec un vécu plus conséquent. C’est fort de cela que j’ai eu à affronter Double Less qui me toisait. De même que mes amis qui ne voulaient pas entendre parler d’un quelconque combat. Au finish, je l’ai battu deux fois et fait match nul avec lui. C’est à partir de ce « mbapatt» que les amateurs m’ont découvert agréablement », dit-il. Son parcours dans la lutte avec frappe est l’un des plus riches de l’histoire avec 118 victoires à son actif.

SEQUELLES DU COMBAT CONTRE MAME GORGUI

Faire monter les cachets de la lutte pour la première fois à un million et perdre un combat qu’il ne fallait pas prendre. C’est l’un des plus douloureux souvenirs de Robert Diouf, battu par Mbaye Guèye de Fass dans un combat « bizarre et mystique».

«J’avais fini de battre Mame Gorgui Ndiaye, alors porte étendard de Fass à l’époque et cette défaite avait fini de faire des dégâts. La bataille mystique avait fait rage, car Mame Gorgui était soutenu par les douze «pinthie» de la Médina et les Lébous dans leur ensemble. Fass savait que mystiquement, Mame Gorgui a laissé des traces dans mon corps et ils ont voulu coûte que coûte me faire lutter contre Mbaye Guèye. Je voulais l’affronter, mais pas si tôt. On m’a forcé la main dont des supporteurs qui m’étaient très proches et qui habitaient au cœur de Fass. Je sentais le piège, mais je ne pouvais plus reculer. Je me suis battu avec mes armes, mais la charge mystique avait laissé des traces », insiste ce dernier.

DUEL FRATRICIDE CONTRE MOUSSA DIAME


Un autre fait qui marquera l’ancien champion sérère, ses deux combats contre Moussa Diamé qui est un parent. Pour l’ancien manager Cheikh Diop, cet événement a laissé des séquelles dans l’écurie sérère. « C’est Robert qui a formé Moussa Diamé et lui a appris beaucoup de choses. Mais les promoteurs ont fait croire à Moussa Diamé qu’il est plus fort que Robert Diouf et lui ont proposé de l’argent. Robert a refusé de l’affronter et n’a pas voulu répondre aux provocations de ce dernier.

Les Sérères se sont mobilisés pour que ce combat n’ait pas lieu, mais Moussa Diamé ne voulait rien entendre. Pour leur première confrontation, Robert n’a pas voulu forcer son talent et a contraint Moussa Diamé au match nul. Uniquement pour préserver les liens. Mais les attaques frontales étaient plus agressives et il le battra lors de leur deuxième opposition », regrette l’ancien manager de Manga 2. L’histoire ne dira pas cependant si c’est à cause de ce combat que les Sérères s’affrontent dès fois quand ils sont dans des écuries ou écoles de lutte différentes.

HERITIERS

Avec le palmarès qui est sien, l’on peut dire sans hésiter que ses dignes héritiers sont… Yékini (fils spirituel) et Abdoulaye Ndiaye, son fils cadet, sociétaire de l’Écurie Ndakaru. Pourtant, Mbagnick et Mamady Ndiaye avaient toutes les qualités techniques pour réussir dans la lutte. «En sport, il faut être sérieux pour arriver à ses fins. Être fils d’un tel ou tel ne garantit absolument rien. Seul le travail paye. Je peux dire que Yékini qui est un neveu et Abdoulaye Ndiaye, mon fils cadet suivent à la lettre ce que je leur dis. Le résultat du premier nommé ne surprend guère, car il a été « Roi des arènes » et l’autre, qui n’a pas encore fait de combat officiel en lutte avec frappe sera peut-être un grand champion. S’il est toujours dans les mêmes dispositions, car il a les qualités techniques, physiques pour réussir », prévient Mohamed Ndiaye qui s’est reconverti à l’Islam aux derniers moments de sa carrière.

«JE VOULAIS TOUJOURS ETRE LE MEILLEUR »

UN PALMARES ELOQUANT


« J’ai fait 137 combats pour 7 défaites, 12 nuls et 118 victoires. Tous des combats dans l’arène. Ce n’est pas la même chose ! On est différent sur tous les plans. En ce qui me concerne, si un lutteur me bat, je n’aurai de paix intérieure qu’une fois après avoir pris ma revanche. Je prenais le soin d’avertir mon adversaire par le biais de ses proches. Qu’il n’utilise pas son argent pour sa préparation mystique, car je le vaincrai. C’est cette force mentale qui m’habitait et toutes mes revanches, je les ai remportées. Et puis, nous on avait l’habitude de reprendre des combats quand la chute était litigieuse. Tant que ce n’est pas limpide, on ne peut considérer une chute. On avait cet esprit sportif et les lutteurs n’avaient pas peur de perdre, car chacun était sûr de ses qualités. Il arrivait qu’on se rencontre deux, trois, voire à quatre reprises. J’étais très doué et ce don était renforcé par un travail acharné. Je voulais être le meilleur partout. »

MEILLEUR SOUVENIR

« C’était pendant un voyage en Europe, en France, en compagnie de Double Less. On était dans la même chambre. Je tiens à souligner aussi que nos rapports avec nos adversaires étaient au beau fixe, seuls les combats nous opposaient. Double Less me dit : « Tu resteras la tâche noire de ma carrière. J’ai terrassé tout le monde, sauf toi. Comment tu fais ? Cela me fait tellement mal », ne cessait-il de me demander. « Il ne faut pas t’en faire, c’est du ressort de Dieu. Je sais que tu es fort comme un taureau, puissant, mais je suis meilleur que toi. Tactiquement et techniquement, tu ne fais pas le poids » (rires). Et s’il se déplaçait normalement comme les autres, ses défaites seraient plus nombreuses. Je le chambre chaque fois que l’on se rencontre, mais sans plus.»

PIRE SOUVENIR

« Ce que je déplore, cela concerne mes anciens collègues lutteurs. Il arrive qu’on en interroge certains et ils citent mon nom parmi ceux qu’ils ont battus. Il s’agit de Pape Diop « Boston» de Pikine et Boy Bambara. Ils ne m’ont jamais battu, alors que les ai terrassés. (Il montre sa main gauche avec une cicatrice) Cette blessure, je l’ai contractée face à Boy Bambara. Après lui avoir donné un coup, sa dent a percuté ma main. Je regrette, mais sa mère avait dit que son fils ne lutterait plus dans l’arène avant de se faire tuer. Je reconnais que Mbaye Guèye, Pape Kane, Mame Gorgui m’ont battu et je les ai terrassés aussi. Et pas une seule fois. Et celle concédée face à Mbaye Guèye était presque préméditée ».

CACHETS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI

« Les lutteurs d’aujourd’hui doivent nous féliciter et nous honorer, car si on parle de millions, c’est grâce à Mbaye Guèye et à moi-même. Nos collègues, malgré leur talent, cumulaient à 300, 400 ou 500 000 F. Maintenant, c’est une véritable industrie et quand on sérieux, on peut réussir sa vie socialement. »

YEKINI ET ABDOULAYE NDIAYE

« Mon côté rangé, une bonne hygiène de vie, un mental de fer, car il ne répond pas aux provocations. Il a pris sur moi ma capacité de dépassement, le sens du partage. Yahya Diop « Yékini » est un modèle et sa principale qualité, il n’est pas têtu. Il répète à la lettre tout ce que je lui dis et il n’a pas besoin de se le faire répéter.

« Ce sont les mêmes conseils que je donne à tout le monde. Quand on est en âge de vouloir des choses positives, il faut s’occuper de ses parents, les écouter et les respecter. Un lutteur doit être un peu jaloux de sa personne. Ne pas manger n’importe où, ne pas aller partout. Je pense qu’il est assez jeune et il est très réceptif. Il s’entraîne dur et je pense qu’avec Yahya, il progressera. Si ce n’était pas ma blessure à la hanche, je les aurais encadrés, car à Joal, il y a un vivier extraordinaire de lutteurs. Quand j’étais à Joal, il m’arrivait de courir plusieurs kilomètres, jusqu’à Mbodiène, dès l’aurore, sans que mes parents ne s’en rendent compte.»

*Ce texte du reste raccourci est tiré du livre du journaliste écrivain Omar Sharif NDAO, « Au-delà des millions et des passions »

MOHAMED NDIAYE « ROBERT DIOUF » DIGEST
VICTOIRES

Faga N°1, Modou Diène de Thiaroye, Ndiol Sène (3 fois), Mour de Diender, Daouda Guèye, Thiaw Mbao, Assurance Diop,Boy NIAGUE (4 fois),Mbar Mbaye (3 fois),Mbaye Dia Diop (2 fois),Malick Niang de Yoff, Mame Gorgui Ndiaye (2 fois), Bécaye N°3 (4 fois), Ousmane Ngom (6 fois),Souleymane Diaw (3 fois),Gormack Faye, Papa Touré, Yacou Sarr (2 fois), Ousmane Diop (5 fois), Modou Fall, Bécaye N°2, Poulo de Diourbel, Ndiobeu Mbaye, Diongue n°1, Diongue N°2,Sow Faye, Madiop Ndiaye, Songane n°2, Singuily Sankharé, Sa Ndiambour,Boy Bambara,
Samba Diaw (2 fois), Mbaye Guèye (2 fois), Double Less (1 fois), Boy Sérère de Darème, Moussa Diamé, Mbaye Fall, Ass Dialla, Mbaye Faye semaine nationale, Papa Kane, Ngoumbane Khoulé

DEFAITES

Falaye Baldé, Allé Fall, Samba Diaw, Ousmane Ngom, Mame Gorgui Ndiaye, Boy Niague

MATCHES NULS

Madiop Ndiaye, Bécaye N°3, Falaye Baldé, Ousmane Diop,
Yacou Sarr, Boy Bambara, Boy Nar Fall (2 fois), Gormack Faye,
Bécaye n°2, Moussa Diamé, Sow Faye, Mbor Mbaye, Samba Diaw,
Allé Fall, Souleymane Diaw, Double Less

Lutte Internationale

Championnats Internationaux 1963 et 1972
Médaillé d’Argent à la Rau,
Médaillé d’Or au Maroc


Ousseynou Wade